UTMB (26-28 Août 2005)

Vendredi 26 à 18h, j'arrive dans la zone de départ avec Val. Nous retrouvons Alain Champion et plein d'autres dont je ne me souviens plus. On me propose un morceau d'excellent Kokocake qui contribue à augmenter la « pêche » du départ.

Et c'est parti en foule compacte vers Les Houches en légère descente. C'est l'euphorie. Je cours un bon moment avec Julien (« Freestrailer » qui a eu droit à deux pages en fin de MAG N°24). Puis montée vers le col de Voza, on sort les bâtons et on arrache en regardant juste devant ses pieds. Erreur grave, c'est derrière qu'il faut regarder: le soleil couchant est sublime, il illumine les glaciers d'un doré magnifique. Je prends une photo, j'espère qu'elle sera réussie (Bruno, je te l'envoie).

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Première (et pas la dernière) grimpette
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Un décor de rêve.

Col de Voza, on traverse la voie de chemin de fer (ça peut surprendre), puis descente à bloc sur un chemin étroit mais assez sûr en direction des Contamines où Françoise et Jacques B nous applaudissent. Dans la voie romaine je rencontre Bruno (Le Troll) avec qui je vais faire un bon bout de chemin. Stratégie de course: assurer une bonne avance avant Courmayeur, ensuite les barrières horaires sont plus faciles, ne pas céder au chant des Sirènes et ne pas traîner aux ravitos. Je retiens la leçon qui s'avèrera efficace. Nous montons en discutant jusqu'à la Croix du Bonhomme (à noter un ravito sauvage très sympathique avec vin chaud, extra). Un peu frais mais je monte quand même sans les gants. Le serpent lumineux des lampes frontales derrière nous est magnifique.

Ensuite la descente sur les Chapieux. Val m'a prévenu que c'est un peu scabreux. Effectivement je me prends deux magnifiques gamelles, heureusement sans casse car amorties par la boue. Arrivée aux Chapieux (ravito sponsorisé par Petzl, c'est un minimum – 2 lampes x 2000 coureurs = 4000 lampes) à 3h17 (868ième en 8h15) avec environ 3h d'avance, objectif atteint. Col de la Seigne, on monte avec Bruno sans problème. Le jour nous accueille au début de la descente mais le temps se couvre. On peut admirer l'Aiguille des Glaciers et l'Aiguille Noire de Peuterey au dessus de la brume.

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Au petit matin, la vallée de Courmayeur sous la brume.

Belle descente vers le refuge Elisabetta, un peu plus raide ensuite vers le Lac Combal et après une longue ligne droite on remonte assez dur vers l'arête du Mont Favre. Ravito du Col Checrouit avec un excellent pain + fromage + vin. Descente vers Courmayeur et je rejoins l'étape à 9h48 (835ième en 14h 46mn). Recherche du sac qui prend un peu de temps et changement de tenue (les pieds sont en bon état). Repas (soupe, lasagnes, gâteau + café, tout cela est excellent) et c'est reparti au bout de 45 mn, on ne s'attarde pas car c'est maintenant que l'épreuve commence réellement.

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Fin de la descente sur Courmayeur-Dolonne.
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Dernières foulées dans les rues de Dolonne avant le ravito.

C'est comme un marathon au 30ième km ou l'Embrun-man quand on attaque le retour après Briançon.

La physionomie de la course devient différente: ciel couvert, rien à admirer, seulement le chemin à chercher. Montée raide vers le refuge Bertone où je croise une Ukrainienne, puis petites « montagnes russes » jusqu'au début de la descente vers Arnuva. Je me fais dépasser par Gilbert et Bastien.

Arnuva à 15h (661ième en 20h 01mn) soit 4h d'avance. Je me mets à rêver aux « moins de 40h » car mon avance augmente et je sais que la montée au Grand Col Ferret n'est pas très raide. La suite me confirmera qu'il ne faut pas rêver.

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Arrivée à Arnuva. Cool, 4h de marge.

Je m'assieds à côté d'un UFO (Stéphane G, qui n'est pas sur le forum car il est dans l'Ardèche où Internet n'a pas encore pénétré!!!!!!). On discute, puis je repars, prends mes bâtons « tiens ils ne sont plus là, mais il y en a une autre paire qui fera bien l'affaire ». Je lance quand même un appel au peuple, mais pas d'écho, donc je pars avec. Et maintenant c'est la flotte. Chiante mais pas trop froide, l'entraînement d'hiver en Bohême a payé. Par contre, plus mauvais: ma douleur récurrente au genou gauche réapparaît (suite à collision contre une voiture il y a bientôt 40 ans).

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La longue marche vers le Grand Col Ferret.
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Sous le glacier du Triolet.

Longue montée glissante vers le Grand Col ferret que j'atteins à 17h 14mn (689ième en 22h 12mn). Changement des piles du Foretrex 101; pour ceux que ça intéresse, les piles AAA lithium ont tenu 22h. Stéphane G me rejoint « Mais c'est mes bâtons!!!! », s'écrie-t-il. Ah bon, on échange et c'est reparti. Longue descente super glissante et casse gueule vers La Peulaz. Dommage car par temps sec on pourrait courir et abattre des kilomètres sans trop de peine. Cabane de la Peulaz: « attention à la poutre!! ». Mon avance commence à fondre, je ne peux plus courir en descente car c'est de plus en plus raide après La Peulaz. Un ou deux kilomètres de bitume et c'est La Fouly.

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C'est parti pour une deuxième nuit (La Fouly)

Ensuite un chemin de merde en rive gauche vers Praz de Fort qui me laissera le plus mauvais souvenir de la course. Je ne suis pas le seul à en baver car deux coureurs me rejoignent assez vite et je m'apprête à les laisser passer gentiment (et un peu découragé): « allez-y les gars, j'ai du mal à avancer », « non, non, on ne double pas, mais c'est plus sécurisant à plusieurs ». Je ne suis donc pas seul dans la merde et on continue tous les trois. Praz de Fort et ensuite l'horrible montée vers Champex-lac. Et là c'est bien confirmé, le genou va très mal. J'ai essayé d'accélérer pour rester en tête d'un petit groupe et je n'aurai jamais, mais jamais dû faire ça car je vais le payer un peu cher. On arrive au bord du lac sans doute très joli de jour. Descente en petites foulées vers Champex d'en bas où j'arrive à 23h 54mn (665ième en 28h 51mn) soit avec un peu plus de 3h d'avance.

Récupération du sac, changement de fringues et allègement du sac à dos pour l'ultime étape: tout ce qui n'est plus considéré comme vital (polaire, collant long – même s'il pleut il ne fait pas froid – , réserve alimentaire, appareil photo) est balancé dans le sac retour pour Chamonix. Embarquement d'un minimum d'eau, de toutes façons, on y baigne dans l'eau. Je rencontre un coureur qui me demande si je n'ai pas participé à la Diagonale des Fous l'an dernier, car il reconnaît mon short rose et bleu! Et bien oui, c'est moi. On discute un peu, mais je ne m'attarde pas, il faut garder la pression. Il faut souligner que les ravitaillements sont excellents, on n'a pas à toucher à la « réserve personnelle obligatoire » qui n'existe que pour satisfaire au règlement.

Bovine, j'ai bien retenu le parcours, ça démarre en pente douce, donc pas d'effort inconsidéré et on attaque le morceau. Très, très méchant. De la boue sur une cascade de pierres très raide et sous la pluie. Au sommet, un chemin horizontal que je suivrai au ralenti comme un zombie jusqu'au ravito. Ensuite on remonte encore et on attaque la descente vers La Forclaz et Trient. C'est là que je connaîtrai mon deuxième plus mauvais moment. J'ai mal mémorisé le parcours et je ne comprends plus rien. Et là, surprise, Bruno (Le Troll) me rejoint!!! Malheureusement, je ne peux plus le suivre. J'ai pourtant essayé pendant quelques minutes, mais non ce n'est pas raisonnable et je suis condamné à marcher en descente. Bonne chance Bruno! Passage au Col de le Forclaz puis arrivée à Trient (descente raide) avec une super animation au milieu de la nuit. Montée vers Les Tseppes, moins raide que Bovine, sur un chemin quasi agréable et c'est le petit jour qui nous accueille en haut. Ce dont je ne me doute pas encore c'est la galère qui va suivre dans la descente sur Vallorcine. De la boue, de la boue et encore de la boue. Quelques glissades, mais pas grave ça amortit bien. Le deuxième jeu de piles du Foretrex lâche au bout de 15h, je ne les change pas tout de suite car on est vraiment dans la merde, difficile de tenir debout. Je me fais doubler par une bonne vingtaine de coureurs mais enfin on en voit le bout.

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Col des Montets, on en voit le bout !!!!!

Vallorcine puis le joli chemin vers le Col des Montets (bonjour Monsieur Flash-sports) et arrivée à l'Argentière où l'on est chaleureusement accueilli par la population en ce début de matinée. J'ai de la peine à suivre les piétons en descente dans la rue principale, ce n'est pas très glorieux. Ça ne dure pas car on ré-attaque vite la côte vers la droite. Prendre son mal en patience. Descente, les bords de l'Arve (Les Tines) et ultime côte. C'est bien parce que c'est la dernière. Je ne m'esquinte pas les jambes, il faut en garder pour faire bonne figure à l'arrivée. Changement de tenue: je suis heureux de mettre un joli maillot UFO tout propre. La descente, j'essaie de courir et je me fous de la douleur car c'est bientôt la fin (ce qui me vaudra sur 5km de m'esquinter les pieds autant que sur tout le reste de la course). Le bitume, une charmante concurrente me dépasse d'une foulée élégante; « mais pourquoi suis-je aussi misérable? ». Enfin les barrières, le dernier virage à droite et les 50m de montée vers le portique d'arrivée sous un beau soleil. 42h 21mn, 658ième, c'est fini, c'était beau. Je suis content car je pense que je ne pouvais pas mieux faire. Sur le papier je visais 44h, donc raduc. Je n'imagine pas faire une telle course sans un « pépin », et cette fois là le pépin a été vraiment minimum, pas comme à La Réunion l'an dernier. Et Bruno avait bien raison, je suis arrivé avec l'avance que j'avais Aux Chapieux. Lui est arrivé une heure avant: bravo.

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Et l'arrivée sous le soleil !!!
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Dossard ayant survécu.

Par contre ce qui a marché à la perfection c'est l'alimentation (j'en reparlerai) et la gestion du sommeil. A l'arrivée je suis même allé au resto avec Michèle et encourager les derniers arrivants.

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Mis à jour le dimanche 25 septembre 2005.