Sens dessus dessous
C'est donc en septembre 2010 que Valérie a fait son premier 100km, à Millau. Une fois n'est pas coutume, c'est elle qui courait et moi je jouais le second rôle, ou plutôt, le rôle de second, sur un vélo. J'ai découvert un tas de choses, j'ai passé un super week-end. Elle aussi je pense. Bon, bref, sans plus tarder, voici quelques enseignements que j'ai retenus de cette expérience.
Leçon 1 : le jaune fluo, c'est super, le vert pâle, c'est nul
Trouver son coureur (ou sa coureuse) à Millau demande des yeux d'aigle, la patience d'un photographe spécialisé dans le documentaire animalier, de la chance, et une bonne paire de cuisses. Combien de fois me suis-je posé la question « est-elle derrière ou devant? »... À la fin, j'avais le truc, je notais bien l'heure à laquelle je m'arrêtais au ravitaillement. Ensuite, je pouvais savoir jusqu'où elle ne pouvait pas être. Par exemple, si j'étais resté arrêté 7 minutes, elle ne pouvait pas avoir parcouru plus de 1100 mètres. En pédalant vite et en regardant bien, on arrive à ne plus avoir de doutes. Mais attention, les 42 premiers kilomètres, très denses en coureurs, et les derniers, très sombres surtout lorsqu'on a donné sa lampe à ladite coureuse, peuvent révéler des surprises!
J'ai beaucoup apprécié lorsque Valérie arborait un débardeur jaune canard. En revanche le maillot manches longues tout en pastel, d'un vert pâle discret, c'est inefficace. Du fluo sinon rien.
Leçon 2 : poser les bonnes questions
Dialogue type :
- Il faudrait boire un peu, tu vas te déshydrater. Un peu d'eau?
- Mmgrblmblmmgrmm.
- Du coca alors?
- Mgrblmmmchnon.
- Oh la la, y'a rien qui passe... Tu peux rien boire, c'est complètement bloqué, t'es sûre, même pas un petit essai?
- (silence, et hochement tête semblant dire « oui d'accord »)
Et alors je fais quoi? La question était mal posée. Je ne sais pas si elle a répondu « oui c'est complètement bloqué » ou « oui je veux bien faire un essai ». Je n'ai plus qu'à reposer ma question, au risque de l'agacer. Et pourtant, je le sais, que quand on est dans le dur, on a autre chose à faire que de répondre à l'autre, là, qui jacasse sur son vélo.
Leçon « 2 bis » : parle plus fort J'AI UNE BANANE DANS L'OREILLE!
Je le saurai pour la prochaine fois. Le coureur doit parler de manière audible. L'accompagnateur n'a pas le don de deviner ses pensées à partir de murmures discrets.
Leçon 3 : le matériel, ça change tout
Bien vu : le panier devant, c'est vraiment la super idée, idéal pour piocher dedans tout en roulant.
Mal pensé : pas de béquille sur mon vélo, le panier se vide lorsque je pose mon clou par terre, ce qui est inévitable si je veux me garer suffisamment près du ravito.
Inattendu : mon compteur kilométrique qui décide de multiplier la vitesse par deux lorsque celle-ci tombe en dessous de 15km/h. Je ne lui connaissais pas ce défaut. Exaspérant.
Si c'était à refaire : sans hésiter, je visse des porte-bidons autour du panier (ou de la caisse), ce qui permet de transporter jusqu'à 4 bidons en position verticale, à portée de main, et en laissant toute la place disponible pour « le reste ».
Leçon 4 : aucune marge
Je n'ai pas eu le temps de m'ennuyer. Il y a toujours quelque chose à faire, et quand je veux me changer et réorganiser un peu le panier et le sac-à-dos pour mieux retrouver mes affaires, il faut que je prévienne, planifie l'arrêt, et que je me dépêche! On n'imagine pas combien de temps on perd à un ravitaillement tant qu'on n'a pas été accompagnateur. Exemple:
- s'arrêter;
- poser le vélo;
- marcher jusqu'à la table;
- prendre à la volée deux petites tartines;
- demander une soupe;
- remplir le bidon d'eau en attendant;
- récupérer la soupe;
- échanger un sourire avec les bénévoles;
- se retourner pour voir si par hasard il n'y aurait pas du café?
- retourner au vélo;
- l'enfourcher;
- essayer de caler le verre de soupe dans le panier;
- repartir;
- s'arrêter et prendre le verre de soupe entre les dents, ça déborde sinon...
- repartir pour de bon!
Total : 5 grosses minutes.
Pendant ce temps, elle a fait 800 mètres. Le temps que je la rattrape, elle a dépassé le kilomètre. À ce tarif, si je m'étais arrêté à chaque ravito, j'aurais été absent 20% du temps.
Leçon 5 : frustré moi? Jamais!
Je n'ai jamais regretté de ne pas courir ce 100km. J'étais moi aussi dans la course. Différemment, mais dans la course tout de même. Et très fier de voir Valérie négocier superbement son retour depuis Saint-Affrique. Au fond, la position désagréable, ce n'est pas d'être sur le vélo, en plein parcours, à contempler le viaduc sous toutes ses coutures. C'est d'être à Paris, chez soi, condamné à suivre la course sur Internet...
La prochaine fois que vous voyez une offre du type « cherche accompagnateur 100km », foncez! Réfléchissez après.