GRP Ile de France

Ce week-end, j'accompagnais mon mari pour une sortie en banlieue. Une sortie un peu spéciale : le GRP Ile de France. 270 km de chemins de grande randonnée (de Pays, pour le P) D'une traite. A pied. Enfin lui le parcourait à pied, parce que moi j'étais en voiture.

Christian avait tout préparé. Un alphabet de points de rencontre, plus un petit bonus. En effet, nous devons nous rencontrer à 26 points, numérotés de A à Z, espacés de 10 km à pied environ. Mais c'est sans compter le point de départ, qui est également le point d'arrivée.

Mes passagers
Objectif : transporter mes passagers sur 26 points définis à l'avance. Mes passagers ? Les voici. Tous ne sont pas arrivés au bout du voyage...

Mon boulot : sac de secours ambulant. Christian doit être certain de trouver "pas trop loin" et à n'importe quelle heure des habits plus secs, plus chauds, de la nourriture et à boire. Il doit trouver un peu de réconfort, pouvoir poser des affaires. Cette fois-ci, il ne m'a pas spécialement briefé sur le temps qu'il souhaite faire, même s'il a indiqué un chrono de passage indicatif à chaque point. Pas non plus de directives strictes pour les photos. Il voudra des souvenirs. J'improviserai.

Départ de Christian à 7h d'Argenteuil. Départ de Bibi à 8h20. C'est parti !

A : il neige à gros flocons

Lise et Adèle sont dans leurs classes, je sors avec Garance et découvre deux choses :
1 - Il s'est remis à neiger, et ça tombe dru,
2 - J'ai oublié mes gants.
J'ai préparé beaucoup de choses ce matin : entassé toutes sortes de sacs et caisses dans la voiture, préparé les filles pour l'école, mis la maison un peu en ordre en prévision de notre retour. Il a neigé hier, il fait froid. Mais je comptais certainement sur le réchauffement climatique. Après le passage à l'école, Garance et moi sommes donc retournées à la maison pour une prise de gants express.

Enfin, vers 9h, Garance était à la crèche, moi dans ma voiture-ravito. En route pour la forêt de Saint Germain. Et ça trainasse. En ville la neige a fondu, mais devant, certains ne le savent pas. Au carrefour du Grand Cerf je reçois un SMS : "Passé point A". Bon.

B : on s'est encore loupés

Le deuxième point est de l'autre côté de la forêt de Saint Germain, au sud de Poissy. Un trajet que je connais très bien donc : de la crèche d'entreprise au site d'essais de mon travail, c'est presque un trajet professionnel. Au panneau "Poissy, 3km", on y est presque. Sauf qu'il y a une côte et que la route de la forêt est enneigée. Et que les camions ne peuvent pas monter. Et que j'attends une demi-heure. Quoi ? La fonte ? SMS de Christian : "Passé point B, RdV C ou D."

C : je ne l'ai même pas tenté

J'ai voulu répondre au SMS de Christian. Ah ? Mon téléphone n'a plus de batterie. J'ai négligé de le recharger hier pour l'excellente raison que comme je ne l'utilise presque pas, la batterie est certainement encore bien chargée. Alors là, l'anxiomètre grimpe dans le rouge. Je n'ai toujours pas rejoint Christian, je suis bloquée en forêt sur une route enneigée, je ne peux pas appeler. Et Christian a pris le minimum sur lui.

Décision double : 1) demi-tour. 2) je ne tente pas le point C. Il s'agit de ne pas louper Monsieur.

D : nous nous sommes retrouvés

Direct : cimetière
C'est rigolo parce que Christian était encore suffisamment frais à ce moment.

Me voilà donc à monter dans Marly-le-Roi. J'allume le GPS pour la première fois. Je trouve le point de rendez-vous. C'est dans un coin tout blanc et noir, en forêt, devant un panneau "Cimetière". Christian arrive de l'endroit prévu, légèrement avant le temps prévu par son road-book, mais tout à fait dans la continuité de ses passages précédents. Il est content de me retrouver et je dois déjà lui annoncer que je vais lui faire faux bond au point suivant : il me faut un chargeur de portable de voiture. Christian veut aussi des bananes, et à cette saison, peu de chances de trouver un bananier en fruits sur le GRP.

E : Parly II

En route pour le fameux triangle de Rocquencourt. J'ai trouvé Parly II. J'ai trouvé un magasin de téléphones portables. J'ai bien poireauté aussi, parce que les options de téléphone, c'est long à choisir. Euh, moi, je veux juste un pauvre chargeur. Et des bananes aussi. Mais je suis prête à les chercher ailleurs dans le centre com. Alors j'ai cherché ailleurs. Et bien, je vous l'annonce : il n'y a pas de bananes à Parly II. A Versailles, on ne mange pas. On déguste juste parfois quelques mets achetés au Lafayette Gourmet (non, il n'y a pas de bananes au Lafayette Gourmet.)

Bon, je suis pressée de savoir où en est Christian. Vite, je branche le téléphone sur l'allume-cigare. Rien. J'essaie en roulant, en rebranchant. Rien. Et si j'essayais simplement de faire chauffer l'allume-cigare ? Rien. D'où la proposition suivante : dans un véhicule de non-fumeurs, l'allume-cigare ne fonctionne plus après 7 ans de non utilisation. Dans ce cas, il s'agit de ne pas rater Christian au prochain rendez-vous.

F : les étangs de Ville d'Avray

Je suis arrivée là un peu avant l'horaire prévu par le road-book. Mais pas trop. D'ailleurs avec le stress, je n'ai pas écrit les horaires de passage de Christian. Je pense que je ne vais pas le faire. Après tout, Christian n'y tient pas et moi je suis un peu déboussolée par ce début de course.

C'est très joli ici. Il y a deux étangs, l'un à gauche l'autre à droite. L'un gelé l'autre pas. Quelques passants promènent leurs chiens. Je demande à l'un s'il a vu un coureur. Si Christian venait de passer, il l'aurait croisé. Il n'a vu personne. J'espère que Christian n'a pas pris d'avance.

En faisant le tour d'un étang, j'ai réfléchi à mon problème de téléphone. Ce n'est pas possible de se demander à chaque point de rencontre si par hasard Christian n'est pas déjà passé. Ce n'est pas possible de laisser Christian, ni de l'attendre à un point qu'il a déjà dépassé. Je dois donc charger mon téléphone. J'ai préparé son sac à dos au cas où. Je vais lui refiler, et rendez-vous dans 4h. Mon espoir : le rejoindre dès que la nuit tombera. A propos, il m'a peut-être doublé en contournant l'étang par l'autre côté ?

Bon, Christian est arrivé. Je lui ai filé son sac et suis repartie plein nord, à Argenteuil.

G : partie recharger

La maison ! Priorité numéro 1 : brancher mon téléphone. En deux : les bananes. En bonus : un déjeuner pour moi, et pourquoi pas une sieste ? J'ai mal dormi la nuit dernière.

A Monoprix, j'ai acheté, après moultes hésitations, 2 régimes de bananes. Dans le parking, il y avait un mendiant. Je m'entends lui dire non, puis "A moins que vous ne vouliez une banane ?" Je lui en donne deux. Pourvu qu'il en reste assez pour Christian ensuite (1).

A la maison, je suis redevenue mère de famille pendant une heure : j'ai étendu du linge, rangé des affaires qui trainaient et mangé avec un lance-pierre. Le téléphone s'est vite chargé. J'ai des chances d'avoir le point H !

H : le GPS me lâche

Ou alors c'est moi qui le lâche ? Impossible de remettre la main dessus. Je vais devoir tout faire avec les cartes, ce qui au début ne m'inquiète pas trop : j'ai un road-book, le topoguide du GRP et 3 cartes d'Ile de France. Sans compter les trajets Google Maps que j'ai imprimés. J'arrive donc à Vauhallan sans encombre, la route est enneigée, mais ça roule. Un petit SMS à Christian : "Je suis au point H."

Il fait froid, mais j'ai préféré sortir de la voiture pour bien comprendre par où Christian arriverait. Je n'ai pas trouvé de marque jaune et rouge. Je regarde à nouveau les cartes, le lieu. Je dois me rendre à l'évidence : je ne suis pas au bon carrefour. 200 m pas plus. Mais Christian ne passera pas ici. J'ai donc repris la voiture (2).

Le point exact fut trouvé. Je scrutai le chemin. Une lumière, une branche : j'ai vu pendant 1h un homme immobile, avec une casquette, le long d'une haie.

Christian est arrivé avec un quart de hot-dog. Il est entré dans la voiture pour se réchauffer. Il avait pris un quart d'heure de retard sur ses estimations.

I : entrée Villedieu

Entrée Villedieu : c'est ce qu'indiquait le road-book de Christian pour ce point. D'après mes recherches sur Google, c'était près de Saulx-les-Chartreux (capitale !) J'arrivai rapidement dans la zone. Il y avait des directions Villebon, Villejust, Ville-ta-mère. J'ai tourné dans le coin un bon bout de temps. Je suis passée à Saulx, j'ai tourné dans une rue qui me paraissait bonne. J'ai retrouvé la même entrée de Saulx quelques minutes plus tard. Consultation des cartes, reconsultation : ma boucle était la bonne. Enfin je pense. Tiens, là, le GPS... Mais je ne l'ai pas. Je retente la boucle (3) et m'arrête dans un lieu qui me semble pas mal. Et surtout : juste sous un lampadaire marqué du sceau jaune et rouge du GRP.

Le vrai point de rendez-vous était un peu avant, mais je crois que si je refais un petit tour dans Saulx, je vais rater Christian. Résultat : c'est Christian qui m'attend 5 min dans le froid, quelques dizaines de mètres derrière moi. Moi pendant ce temps, je mange tranquillement la fin de son hot-dog.

J : au Campanile

Ici, ça devient simple. Le rendez-vous est en dessous de la sortie d'autoroute, au niveau de chez mes beaux-parents. Bucolique à souhait : il y a un ruisseau, un hôtel Campanile. Il est 21h. Il n'y a pas de bas côté sur cette petite route. Je décide donc d'utiliser le parking de l'hôtel : sécurisé, visible sans hésitation depuis le GR, très éclairé. Trop éclairé. Un parking d'hôtel, le soir, c'est un lieu assez animé. Pas idéal pour le petit pipi discret. Avec le froid, c'est pipi tous les dix kilomètres. Je marque mon territoire tout autour de Paris.

Savigny sur Orge, c'est également le point auquel Paulo doit rejoindre Christian. Je l'ai appelé, en lui proposant de ne pas trop se dépêcher : Christian n'arrivera pas avant 22h, et l'attente est fraîche. Paulo est arrivé en courant tranquillement et nous n'avons pas attendu longtemps Christian. Heureusement, parce que j'avais mis le chauffage dans la voiture, bien que je répugne de faire tourner le moteur à l'arrêt. Mais je ne voulais pas frigorifier mon beau-père avant son départ non plus.

K : le parking dont les dormeurs font grand cas

Le rendez-vous suivant était à Draveil, dans un parking sous un pilier de pont. Il y avait un restaurant à côté, je ne m'étonnais donc pas du groupe de trois personnes se dirigeant vers leur voiture. Je fus plus étonnée de ne pas voir la voiture démarrer. Au bout d'une demi-heure, les jeunes gens ressortirent dans la neige et s'amusèrent à se lancer des boules. Ils partirent se promener un peu le long de la Seine. Moi, j'ai fait une photo du pont sans même sortir de la voiture. Le froid devenait mordant, je me promis de faire des photos extérieures quand les deux coureurs passeraient. La fatigue aidant, j'étais transie. Le froid montait par mes bottes de ville - décidément trop légères.

Draveil by night
Sur le parking des anges. Dodo interdit.

Les trois personnages retournèrent à leur voiture, qui ne démarra pas plus. D'une autre, à la vitre cassée remplacée par un plastique scotché, sortit un couple qui passa deux minutes à farfouiller dans le coffre avant de rentrer. Je gelais. Je pris ma couverture et me couvris jusqu'aux épaules. C'est alors que de l'autre bout du parking surgit une voiture de police (je pensais que le parking était sans issue ?) et s'arrêta à mon niveau.
- Vous voulez dormir ici ?
- Euh, non, j'attends simplement mon mari, qui fait le tour d'Ile de France en courant.
- Ah, tant mieux.

Ce parking était plein de voitures pleines de gens, mais attention ! Interdit de dormir !

L : un rond point en bordure de forêt

Sortie de la forêt de Sénart : le point de rencontre est facile à trouver, un rond point (le seul) sur une nationale toute droite. Il y a deux voitures arrêtées au point qui me semble le plus judicieux. Un groupe discute à côté, l'une est sans doute en panne ? Seule, à minuit passé, j'hésite à faire connaissance. Je me gare plus loin. Mais je ne suis plus sur le trajet du GRP. Finalement, je refais un tour. Les voitures partent à ce moment, je prends donc leur place.

Le loisir créatif du moment, c'est le séchage des gants. Les gants de Christian sont trempés. Il a pris ses moufles et ses sous-gants. Mais j'aimerais un séchage express, pour parer à toute nécessité. Depuis plusieurs points, les gants sont posés sur l'aération du pare-brise, à droite. La buée sur la vitre m'informe que cela est utile. Mes mains dans les gants me confirment que ce n'est pas suffisant. C'est alors que mes saines lectures me reviennent à l'esprit. Un truc de magazine : on met une boule de papier journal en boule dans ses chaussures pour absorber l'humidité. Je décide donc d'introduire une chandelle d'essuie-tout dans chaque doigt de gant. Dix doigts, dix minutes. C'est fin, ça ne passe pas bien. Je ne sais plus quel doigt est déjà fait, je n'arrive pas à les faire dans l'ordre. Mais je constaterai 10 km plus loin l'efficacité du procédé.

M : on a passé le Réveillon

Le point M est dans un petit village. Depuis que Paulo a rejoint Christian, j'ai à nouveau un GPS. Il faut que je sorte quelques instants de la voiture pour le faire capter. Je profite de mon pipi pour cela. Mais Santeny, c'est vivant le vendredi soir : je croise deux jeunes et je serre bien fort pendant qu'ils passent, l'envie est pressante.

J'ai une bonne nouvelle pour les coureurs quand ils arrivent : "Vous êtes en avance ! Vous avez déjà passé le Réveillon alors que nous ne sommes que le 19 décembre." C'est en effet le nom du ruisseau qui passe à Santeny. Mon humour fait chou blanc.

De mon côté, je commence à me répéter l'alphabet. M = 13. Moitié de l'alphabêt. Enfin !

N : entre Pontault-Combault et le Plessis Trévise

Nous arrivons au point le plus difficile du parcours. D'après le road-book : à l'extrémité de la forêt. D'après la carte : à Pontault-Combault - à moins que ce ne soit au Plessis Trévise. D'après le topoguide du GRP : au bout de l'avenue de Combault. Bref, j'ai jardiné entre le Plessis Trévise et Pontault-Combault pendant une bonne heure, certainement. J'ai parcouru quatre ou cinq fois les mêmes rues, j'ai sorti le GPS, tenté de me diriger d'après la direction globale : entre sens interdits et rues barrées, c'était impossible. J'ai sorti ma botte secrète : une quatrième carte. Je me suis donné une règle : ne pas regarder ma montre tant que je n'aurais pas trouvé le point de rendez-vous. Ca ne m'aurait que stressé davantage.

Mes compagnons de voyage
Voilà mes compagnons de voyage. Je les ai consultés, ils m'ont guidée. Mêmes s'ils n'étaient pas toujours cohérents entre eux.

Enfin, au bout d'une rue pavillonnaire en impasse, j'ai trouvé un chemin en bordure de forêt. J'ai jeté un coup d'œil : il y avait la bande jaune et rouge du GR. Mais d'après mon GPS, je n'étais pas au bon point. Je ne savais même plus si j'étais avant ou après le rendez-vous prévu. Je décidai de trouver le point GPS précis, puis de revenir à la voiture à pied, mais par des rues. La boucle n'était pas courte, mais j'ai réussi à la refaire en voiture avant que les deux coureurs ne me rejoignent.

J'étais au bout d'une autre rue pavillonnaire anonyme, gelée, identique à la précédente, au nom près. Le jour s'est levé doucement.

Christian n'était franchement pas frais quand il est arrivé. Ils ont tous deux dormi vingt minutes avant de repartir dans le froid.

O : Arrivée sur la Marne

A Gournay sur Marne, le rendez-vous était près d'une passerelle. Nous étions samedi matin, le long d'une promenade. Tous les coureurs de l'USO Chelles étaient de sortie. L'air se réchauffait, le point avait été facile à trouver. Il n'y avait toujours pas d'autres voitures sur ces routes enneigées. Point noir : depuis cette nuit, Christian et Paulo perdaient nettement plus d'un quart d'heure par point de passage, par rapport au timing prévu. J'ai donc attendu très longtemps leur arrivée. La radio avait annoncé un retour des chutes de neige pour la nuit de samedi à dimanche. Je commençais à calculer qu'il faudrait une bonne accélération pour les éviter.

Je ne regardai plus du tout les temps de passage de Christian et Paulo : ils étaient trop loin des temps du road-book pour avoir la moindre valeur indicative, à moins de les noter vraiment sérieusement, ce que je n'avais pas fait au début. J'ai mis une croix sur mon souhait de faire des estimations. J'espérai simplement que le retour du jour les ferait accélérer.

Je commençais à m'habituer à la conduite sur neige et ne pris pas vraiment garde lorsque je quittais les mon point d'arrêt pour le suivant. Un virage pris un peu trop vite, et la voiture partit en dérapage contre le trottoir. J'essayai d'avancer : impossible. Personne dans cette petite rue pavillonnaire. Je sortis de la voiture : trois roues étaient sur la glace, et l'une sur la neige pilée, derrière un tas de neige poussé par un riverain. Je reculai un peu. Reprenais en marche avant. Je mis plusieurs minutes à atteindre une zone d'adhérence constituée de neige tassée. Personne ne passa dans la rue pendant ce temps.

P : une petite hantise

Le point suivant était à Montfermeil. Depuis la préparation de la course, j'avais craint cet arrêt. M'arrêter à un horaire bizarre dans ce coin mal famé... Ouf, nous étions en fin de matinée. Ce qui m'inquiéta le plus c'est la grande côte pour arriver au point de rendez-vous. Et aussi, égoïstement, le manque d'endroit tranquille pour faire pipi.

Je me plaçai devant un accès pompier, déjà en partie bloqué par une autre voiture. Puis par deux autres de l'autre côté. Il y avait une boulangerie à côté, je pris trois croissants et une baguette. Par contre, quand Christian me demanda du jambon, je dus réfréner ses envies : à la quantité de femmes voilées, je ne pouvais croire que les charcuteries pullulent dans le coin.

Il était déjà midi.

Après avoir laissé les coureurs, je trouvai un Simply Market. Une salade piémontaise, un taboulé, deux fourchettes, et même du jambon. Difficile de trouver une alimentation de type repas à fournir à mes coureurs. J'aurais bien voulu du déjà chaud, un poulet rôti par exemple. Tant pis.

Q : souvenirs, souvenirs

Sevran
Le champ de Sevran existe. Le voici.

Le point suivant, toujours en pleine banlieue, était d'après Christian à la bordure d'un champ. C'était un point historique : celui où il avait décidé d'arrêter lors de sa précédente tentative. Le point auquel il avait déclaré sa flamme à mon petit frère. En effet, c'est un grand champ, entouré de ville.

Christian est en forme en passant à ce point. Paulo accuse plus le coup et commence à penser qu'il ralentit Christian. La décision est prise : je le ramène à la gare d'Aulnay, Christian continue seul.

R : la sortie du parc Ballanger

Le parc Ballanger est un petit crochet à faire rien que pour le plaisir. D'ailleurs, le GRP ce n'est que ça : des petits crochets rien que pour le plaisir. En ligne circulaire à cette distance de Paris, le trajet ne prendrait que 170 km. Le GRP en fait 270.

Le parc Ballanger est beau comme une station de ski : des panneaux en bois au milieu des traces dans la neige, des grands arbres sur le bord des pentes. A l'entrée du parc : il y a déjà deux voitures, dont une brûlée depuis longtemps. Je sors de la voiture pour vérifier que le parc est ouvert : dans le cas contraire, il faudrait que je trouve un emplacement plus en vue pour Christian, parce qu'il ne passerait pas par le parking.

Une voiture chaude
Cette voiture, sur le parking du parc Robert Ballanger, a certainement été (très) chaude. Je n'ai pas osé prendre une photo de celle qui était chaude pendant ma présence.

Quand je retourne à la voiture, deux autres sont en train de se garer. Sur toute cette longueur, les conducteurs ont choisi de se placer juste devant ma voiture. La fille sort de sa voiture sans permis, et entre dans le coupé de son copain. Ensuite je ne vois plus sa tête qu'occasionnellement. Lui a mis de la musique romantique. J'aurais préféré qu'ils se garent un peu plus loin, ce n'est pas la place qui manque. Je suis impatiente que Christian arrive.

S : à la jonction du Y

Christian me l'assure : ce point est évident. C'est à la jonction d'un gros Y. Autant dire que c'est franchement urbain. Le plus esprit campagne, ce sont les marques jaune et rouge sur les poteaux des panneaux indicateurs des voitures. En plus il n'y a pas de place pour se garer, je suis forcée de monter sur un trottoir. Heureusement, ce coin n'est pas charmant. Il y peu de piétons qui flânent. Le soir arrive.

S, 19ème lettre de l'alphabêt. L'alphabêt qui me paraît bien long aujourd'hui, quand je me répète les lettres qui suivent. D'habitude quand on arrive à la fin on se dit : T, U et puis V-W-X-Y-Z, les lettres qui ne servent jamais viennent d'un coup. Aujourd'hui, chacune représente 1h dans mes comptes les plus optimistes. Les lettres à 10 points du Scrabble me pèsent.

Jaune et rouge
J'ai pensé trop tard à photographier les marques du GRP aux points de rencontre. J'aurais eu une belle collection. Ici : le Blanc Mesnil

T : le Val d'Oise

Montmagny, c'est dans le Val d'Oise. Christian avait parlé de cette zone où nous approchons d'Argenteuil, alors que les kilomètres restants ne sont pas négligeables. La nuit tombe. J'arrive dans des zones que je connais. Je sais que j'en ai encore pour longtemps. J'ai le cafard. Heureusement, Montmagny a le charme champêtre de village qui manque à Montfermeil, Aulnay, Le Blanc-Mesnil et même Sevran et son champ (4).

J'ai l'impression que Christian va plus vite. De toute façon, je suis prête à truquer mes calculs prévisionnels, du moment que le résultat confirme mon souhait : récupérer mes filles chez leur grand-mère dimanche matin à 10h.

U : les sangliers de Montmorency

Je suis une direction Argenteuil pour atteindre le château de la Chasse. Je sais pourtant qu'il faudra faire demi-tour ensuite. Ce parking, je le connais bien, c'est un must go de la forêt de Montmorency. Le château de la Chasse lui-même, en pleine forêt, est habité. Mais il y a aussi une grosse propriété dont le portail donne sur le parking. Je me suis toujours demandé qui pouvait habiter cette immense demeure perdue. A 21h30, un monospace s'arrête devant le portail, avant de reculer vers moi. C'est vrai que je suis garée devant l'entrée, je gêne peut-être un peu. Je n'imaginais pas trouver du mouvement en pleine forêt le soir. Mais le jeune conducteur s'inquiète plutôt pour moi : "Vous avez un problème, je peux vous aider ?" Non, j'attends simplement mon mari, qui court. Nous discutons un peu. Je lui explique que je ne sais pas du tout vers quelle heure Christian va passer, parce qu'au bout de 200 km de course, le rythme est plutôt lent et pas très fiable. Le monsieur est très impressionné : "Il n'a pas peur des sangliers ? J'en ai croisé plusieurs fois en faisant mon jogging dans le coin." Je lui dis qu'il y a la fatigue, le froid, les douleurs. Il m'assure que le pire, c'est les sangliers.

J'avais l'impression d'avoir un acouphène depuis mon arrêt à ce point. Je me rends compte qu'il s'agit en réalité de l'interphone de la propriété. Le portail électrique ne s'est pas fermé complètement et en sortant pour aller prévenir le propriétaire, je constate que le sifflement est vraiment fort. Le monsieur ressort, ferme le portail manuellement, fait une remarque sur l'interphone, puis me demande :
- Votre mari n'est pas encore passé ?
- Non.
Il bricole un truc, réfléchit et se tourne pour me dire au revoir, puis "Vous êtes vraiment une gentille femme". Je reste surprise par cette formulation étrange pendant de longues minutes. Puis Christian arrive. Il est fatigué. Il repart si lentement que je peux croire qu'il progresse à 6 km/h.

V : Frépillon

Frépillon m'éloigne d'Argenteuil. Je commence à penser à l'état de Christian. Je m'étais interdit ce sujet de reflexion, avant tout source d'angoisse. Mais le départ de Christian en forêt de Montmorency était si raide qu'il devenait difficile d'occulter mes pensées. Je ne crois pas à l'abandon pour Christian. Mais je crois à la barrière horaire, et j'en ai une. Je veux voir mes filles ce week-end. Je veux les voir dimanche matin. Si Christian avance à 6 km/h, OK, ça va. Mais sinon, il faudra que je le laisse terminer seul son périple. J'y réfléchis et ma décision est prise : je lui annoncerai mon temps limite quand il arrivera.

En attendant, je profite de la fête de fin d'année des basketteurs de Frépillon. Ca entre, ça sort de la salle des associations. Je n'aurais pas cru gêner en me garant à moitié sur le trottoir de la place de l'hôtel de ville. En réalité, c'est la fièvre du samedi soir à Frépillon.

Christian appelle : il a décidé d'arrêter. Il a mal, il ne peut plus. Je lui annonce justement que je ne peux plus non plus lui promettre de l'accompagner jusqu'au bout. J'avais déjà étudié le parcours jusqu'au point suivant, sur le bord de l'Oise. Pourtant, je ne le connaitrai pas cette fois-ci. Nous rentrons directement à Argenteuil. Tristesse.

W, X, Y, Z : fin de l'histoire

Et souvenez-vous, après le Z, il restait encore un point.

La première planète était habitée par un roi (W : Ennery/Valhermeil, 232 km)
La seconde par un bureaucrate (X : Saint Ouen l'Aumône, 238 km)
La troisième par un ivrogne (Y : Jouy le Moutier, 252 km)
La quatrième surprit beaucoup le petit prince. Elle était habitée par un allumeur de réverbère (Z : Chanteloup les Vignes, 259 km)
Il atterrit enfin sur la Terre, en plein milieu du désert, à mille miles de tout lieu habité. (arrivée : Conflans Sainte Honorine, 267 km)

La semaine dernière, j'ai offert à nos filles le disque remasterisé d'Emilie Jolie. Elles connaissent déjà toutes les chansons par cœur.

Est-ce la fin du début
ou le début de la fin ?
Si vous ne comprenez plus,
Nous non plus on n'comprend rien.

- (...) Non, ne faites pas la fin
Mon ami a du chagrin.

Nous recommencerons. (Je sais, ça c'est presque du Arnold Schwarzenegger, mais ce n'est pas dans nos références familiales.)

Notes :

(1) Il restait une dizaine de banane dans la caisse à ravito à la fin de la virée
(2) Une difficulté pour moi était de toujours me poster presque en travers du chemin de Christian. Je ne pouvais pas l'attendre des heures dehors, j'étais susceptible de somnoler : il devait me trouver sans me chercher, comme une évidence. Cela malgré les bas-côtés enneigés (il faut pouvoir repartir), les autres voitures (qui prennent toujours les meilleures places, c'est connu), et les approximations sur les points de rencontre.
(3) Ce n'est pas la première fois que je me dis que je devrais regarder mon kilométrage voiture sur un accompagnement : c'est très nettement supérieur à la distance de Christian a réalisée.
(4) Souvenons-nous que Sevran est le lieu romantique que mon mari a choisi pour déclarer sa flamme à mon frère, un beau soir de 2005.

Et pour le compte-rendu du courageux coureur, c'est ici !

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Mis à jour le samedi 26 décembre 2009.