15/08/2010 - CR EmbrunMan

Embrun, mes premières amours...

Vacances en famille
Mes 3 petites filles au pré de Mme Carle, décor superbe, génial pour s'initier aux joies de l'escalade. Rien à voir avec le triathlon, c'est juste pour dire qu'on n'est pas obligé de rester à Embrun entre le plan d'eau et Super U, la région ne manque pas de bons p'tits coins pour se ballader.

Embrun, c'est historiquement une des premières courses longue « longue » que j'ai faite. En 1998 j'avais 23 ans. J'y suis revenu plus tard en 2004 et 2006 avec à chaque fois un chrono similaire, une course toujours très sympathique. Cette année j'y vais, une fois n'est pas coutume, avec un entraînement relativement béton, j'ai (en gros), depuis janvier, 5000 bornes de vélo au compteur, et 3000 à pied. Un peu de natation pour pas perdre le coup de main, et voili voilo, c'est parti, c'est ma dernière course de l'été. 2 semaines avant j'étais au triple ironman de Lensahn, c'est quitte ou double. Soit je surfe sur une vague de bonne forme et je fais un bon temps, soit j'ai pas eu le temps de récupérer et je me casse la figure. Je suis joueur.

La pluie, ça mouille

La veille du départ, il pleut il mouille. Bof. J'apprends que Manu Conraux est juste à côté de moi dans le parc à vélo, il était écrit qu'on devait se rencontrer, a priori il y avait peu de chances que ça arrive, nous ne sommes pourtant pas du tout dans le même club. On a le temps de causer de nos courses passées et à venir. Tiens, en parlant de club, le Tri 91 est bien représenté cette année, belle délégation, pour beaucoup d'entre eux (tous?) ce sera le 1er Embrun, il y en a aussi d'inscrits sur le « A » (je ne dis pas CD, na, bouh, je suis d'une autre époque), j'espère qu'on va bien s'amuser.

Avec le sourire
Voltaire a dit « j'ai décidé d'être heureux parce que c'est bon pour la santé ». Je suis convaincu qu'il a raison.

Le matin du départ, il fait un temps potable. Pourri pour des vacances mais pour faire du sport, c'est nickel. La natation est une formalité. Quoique, j'ai bien failli vivre mon pire cauchemar, je m'aperçois in-extremis que je suis placé bien trop devant sur la plage lors du départ. Au signal, je marche le plus lentement possible, laisse les autres courir et me dépasser. Je plonge mollement dans l'eau, en prenant tout mon temps. Je me fait quand même copieusement défoncer l'arrière de la tête jusqu'à la petite avancée de terre sur la droite, et là, enfin, je dégage définitivement sur le côté droit. Désormais je nage seul à 10 mètres à droite de tout le monde, je suis peinard, ouf. Je sors en 1h12 je crois, le temps m'importe peu, disons qu'en moins d'1h15 j'estime que le contrat est rempli.

En selle!

Je m'habille bien chaud. J'entends à la sono le commentateur qui dit qu'une des 1ères filles est partie en trifonction. Oula, très peu pour moi, moi c'est manches longues. Ma transition est assez médiocre, j'essaye de faire au plus vite et lâche tout de même 5 à 6 bonnes minutes dans l'affaire. J'y survivrai.

Je roule et me fait plaisir dans ce brouillard-nuage du côté de Puy-Sanières. Je remonte doucement le peloton, y'a pas le feu. Mais bon, je ne dors pas non plus, par rapport aux autres années, j'appuie un peu plus sur les pédales. Je compte un peu sur mon expérience concluante à Bordeaux-Paris cyclo pour tenir bon jusqu'au bout et ne pas exploser, même si je force un peu au début. Je croise Stéphane et lui souhaite bonne route.

L'ambiance est bonne. Je fais une fixation sur les habits rayés noirs et blancs des arbitres, je fais suffisamment peu de triathlons « normaux » pour que leur présence m'inspire un certain exotisme. Valérie me faisait remarquer que ça doit être chouette, en tant que motard, de transporter un arbitre sur une course. C'est pas faux. Je ferai ça quand je serai trop vermoulu pour courir. Avec un peu de chance c'est pas pour tout de suite.

Je suis consterné de voir qu'une fois de plus un coureur s'est gauffré dans le dernier virage avant le pont de Savines. Bon sang mais c'est pas possible j'ai l'impression que chaque année un coureur s'y colle et va se vautrer là, exactement au même endroit, à 10 mètres près.

Je file. J'essaye de jauger ma progression en regardant ma montre et mon compteur kilométrique. Bon, je n'en déduis pas grand chose mais au moins ça m'occupe. Oh tiens, on est déjà sur les traverses en route vers Guillestre? Fichtre, c'est rapide! À force de m'aligner sur des courses de 24h ou plus, ma perception du temps évolue. L'âge doit aider aussi. En tout cas j'ai l'impression que je suis à peine parti. Je discute avec la Tortue du Zoo. Puis je pars devant, j'ai envie de voir si j'ai des jambes. Je croise Jérôme, je manque de ne pas le reconnaître tout en vert qu'il est.

Mon vélo tourne nickel (j'ai bien fait de l'acheter celui-là, ça change de mon VTT à Nice) et je me fais un peu plaisir. Je perds tout de même du temps à filmer quelques séquences, la caméra est fixée sur ma fourche, c'est parfois un peu casse-gueule de la mettre en marche, mais ce sont des souvenirs qui me tiennent à coeur

Juste avant Château Queyras je réalise que j'ai les cuisses assez douloureuses, en particulier la gauche. C'est sûr j'ai gagné des places mais je suis en train de passer à la caisse. Pas de panique, en vélo on récupère mieux qu'en course à pied, je diminue un peu l'allure avant d'entamer les premiers lacets, et ça passe tout seul.

Izoard
Ah elle est bien cette montée, hein... On s'en resservirait bien une petite part en plus, par gourmandise.

Je monte l'Izoard sans encombres, me régale du sourire de cette policière toute contente que je lui attrape du pain d'épice (mais que mangent les autres?) du côté d'Arvieux. Le triple plateau, dans l'Izoard, ça le fait. J'ai même pas eu besoin de la grosse couronne à l'arrière, du beurre, vous dis-je. Enfin presque, j'y laisse deux ou trois plumes, mais j'ai vu pire. Et puis les pom-pom girls à l'entrée de la casse déserte, ça vous ravigote en deux temps trois mouvements. Il y a de la neige en haut, pas au col même mais à 200 ou 300 mètres au dessus il reste des traces blanches, c'est tombé dans la nuit. Pierrot et des copains sont en haut du col, ils me reconnaissent (normal, je suis couleurs club, bleu et fushia, ça se voit!) et m'encouragent.

Moi j'ai fait une boulette, j'ai sorti le sandwich au fromage (beaufort d'été, un régal) avant celui au jambon. Du coup je fais mon repas à l'envers. À la guerre comme à la guerre. En haut du col je prends un bidon d'eau et c'est tout, je pars direct sur la descente mon 2ème sandwich (celui au jambon, donc) à la main. Sur une main, je ne descends pas trop vite. Ensuite il faut que je coupe la caméra sinon je vais bouffer les piles pour rien, et j'aimerais bien en garder pour la suite. Vous l'aurez compris, j'ai fait la descente en mode cyclotouriste, pas énervé pour deux ronds. Je prends un petit 70km/h au grand max.

La suite m'intéresse. Les autres années j'avais été mal... Fatigué, lassé. Cette année, pas de soucis. Franchement, les brevets cyclos, je le recommande vraiment, moi ça m'a beaucoup fait progresser, j'ai encore des jambes, je ne m'ennuie pas du tout, je commencerais même presque à rentrer dans la course, dis-donc. Au pied du mur après Argentière (côte de Pallon, c'est ça?) je me surprends à avoir m'écrier « chouette, ça au moins c'est du triathlon! », et finalement c'est tant mieux, autant rester positif.

Retour sur Embrun avec moins de vent que les autres années je trouve, dans l'ensemble j'ai l'impression que c'était pas une édition très dure (d'ailleurs, le record de l'épreuve va tomber), il en faut de toutes les couleurs.

Et puis enfin Chalvet. Ah, Chalvet. Heureusement, ma petite famille est là juste au pied de la côte pour m'encourager. Yes! Et puis devinez qui me rattrape au bout d'1km? Manu Conraux, lui-même. Alors on cause un peu. Normalement il devrait être une bonne heure devant moi mais bon pour diverses raisons il été ralenti alors cette fois-ci nous roulons ensemble. Finalement, Chalvet passe comme une lettre à la poste, à peine commencé on a déjà basculé, pouf!

Marathon

Pour la première fois de ma vie, je vais entrer dans le parc à vélo sans que les trois quarts des biclos soient déjà posés. Ça me fait bizarre. J'essaye de me changer rapidement. Ça foire. Je cherche ma casquette. Où c'est qu'j'ai foutu ma casquette nomdoudiou!!! Je tâche un beau maillot UFO tout propre à coup de petit pot à la carotte, je merdoie pendant de longues minutes et finalement, enfin, je trotte. Il est à peine plus de 15h00. Si je rentre le marathon en moins de 4h, je dois pouvoir faire moins de 13h au global. 4h, c'est jouable.

Mais faut pas traîner en route. Manu m'attend au ravito après le pont sur la Durance, mais je ne peux pas le suivre, il va trop vite. C'est gentil de sa part, mais je peux pas, trop dur. Il me collera 20 minutes. Autant en vélo j'en ai gardé un peu sous le pied, autant là je fais pas trop dans le détail, je me cale juste en dessous de la zone rouge et fais le pari que ça va tenir. Je rattrape du monde.

Tacatacatac
De l'avis de certains, il paraît que j'avais une « petite foulée ». Bon, peut-être. S'ils le disent.

Un type m'agace, il est suivi par un VTT et me gratte à chaque ravito. Je perds quoi, rien, 5 secondes, 10 secondes, à faire remplir mon gobelet. Le fameux gobelet écolo finalement très pratique, que j'ai calé dans mon shorty élastique. Ces 5 ou 10 secondes, je les rattrape à chaque fois et le redouble. Mais il me repasse au ravito, on joue à l'élastique comme ça pendant des kilomètres. Je ne sais plus s'il a fini par me larguer ou pas, peu importe, s'il préfère faire des courses avec assistance, il n'a qu'à faire un double, au moins c'est autorisé et personne ne ralera.

Fin du coup de gueule. J'apprécie beaucoup la boisson énergétique « maison », c'est du jus d'agrumes avec du sucre, ça passe tout seul. Comme il ne fait pas très chaud l'hydratation n'est pas un problème, je ne me fais pas de noeuds au cerveau, je bois un peu de tout mais pas trop, je mange des rondelles de patate, des amandes, ravitos nickel, rien à dire.

Sur ce, début du second tour. J'ai croisé Valérie et les filles plusieurs fois, j'espère qu'elles passent une bonne journée. Je fatigue. Je vois ma moyenne qui s'érode. Je ne tiens plus le 10km/h. 6 minutes « et des bananes » au kilomètre. Zut, flute, à ce train là je vais manquer le 13h de 5 minutes. Puis je réfléchis. Je le savais que moins de 4h au marathon, c'était juste. J'ai grapillé 5 petites minutes d'avance sur le 1er tour. C'est pas mal. C'est forcément juste, si ça passe ça sera ric-rac, je le savais dès le moment où j'ai enfilé mes chaussures. Alors j'essaie de ne rien lâcher, je ne marche pas sauf pour boire aux ravitos, je trottine au plus vite, j'essaye d'accélérer le rythme de mes foulées à défaut de pouvoir les allonger. Je ne veux pas rentrer dans mon rythme « 6 jours », un rythme de survie.

Dernier passage au p'tit Liou, les campeurs nous applaudissent, ça descend, je fais peut-être refaire mon retard. J'ai un peu moins de 30 minutes pour faire 5 kilomètres, ça peut passer. Alors j'appuie sur le champignon. Bon, il en sort pas grand chose je dois à peine démouler un 11km/h mais ça doit me suffire pour rentrer dans les temps. Surtout, ne pas exploser.

Encore du fan club sur la digue, Vincent, Pierre et Alain sont là. Je ne suis plus très sûr. Va falloir qu'on en finisse. Je zappe le dernier ravitaillement, et espère que je vais suffisamment vite, je ne regarde plus la montre, j'avance. Et puis le couperet tombe, il me reste 7 minutes et j'ai un 1 kilomètres 195 à faire, sachant que je n'ai pas démarré mon chrono au début de la course, sauf incident remarquable, en comptant un petit sprint final, c'est sûr, ça passe.

Plus viiite!
Dommage que je ne l'aie pas en vidéo celle-là, ça m'aurait fait un joli souvenir...

Alors, libéré de toute contrainte, n'ayant plus peur de rater mon objectif, je me libère et j'accélère sans peine. Alors que ces derniers temps j'ai pas mal pris l'habitude de perdre des places 100 mètres avant la ligne d'arrivée je décide que cette fois, non, je ne vais pas me laisser faire. Par chance, c'est bourré de monde juste devant moi et je gagne au moins 5 places sur les 500 derniers mètres. À 100 mètre du but, un coureur essaye de me doubler, mais je ne lâche pas l'affaire. Non, pas aujourd'hui. J'ai cherché ma femme et mes filles dans le public, elles ne sont pas là, j'ai tout le loisir de foncer comme il me plaît. J'aurais préféré franchir la ligne avec mes p'tites bichettes, c'est sûr. Enfin y'a pas moyen, Monsieur t'es gentil mais tu restes derrière!

Debriefing

Bon, bah voila, c'est fait. Moins de 13h. C'est pas exceptionnel mais pour moi qui n'étais jamais tombé sous les 15h, ça fait une progression correcte. Comme quoi l'entraînement, ça paye. J'ai certainement été aidé par les conditions favorables - en revanche ceux qui sont arrivés une heure après ont eu droit à la douche gratuite et à volonté et même quand tu veux pas.

Mont Guillaume
Quelques jours après la course, je m'offre un aller-retour au Mont Guillaume depuis Embrun. 1700 mètres de dénivelé, ça fait une bonne promenade. D'en haut on aperçoit Embrun, à travers la brume.

Si c'était à refaire? Aller plus vite, c'est sûr (quoique ça sera pas facile...) mais surtout profiter de ce cadre exceptionnel. C'est une belle course, ça ne se discute pas. Mais j'avoue que dans le même genre, l'Altriman m'intéresse beaucoup.

Dans tous les cas, mon objectif est et reste Monterrey , je vois toujours pas comment je vais faire pour faire 1800 bornes de vélo non-stop, mais bon, c'est pas en me grattant la tête derrière que je vais trouver la solution. Si c'était facile, ça m'intéresserait pas.

À bientôt!

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Mis à jour le samedi 04 septembre 2010.