05/02/2010 - Tests à l'INSEP

Un test sur piste... pourquoi pas?

En zonant sur le forum UFO j'apprends que l'INSEP recherche des coureurs à pied pour participer à une étude sur la fatigue. Je constate rapidement que je remplis les critères nécessaires donc, je m'inscris. Le rendez-vous est pris rapidement, je bloque deux 1/2 journées de RTT pour avoir le champ libre, et c'est parti.

Étape 1 : test VAMEVAL

Ce test permet entre autres d'estimer la VO2 MAX ainsi que la VMA et fait partie du paysage de la course à pied, c'est vraiment le test de référence. Si j'ai bien suivi il faut que je passe ce test pour que l'équipe de l'INSEP puisse cibler précisément mon niveau et calibrer au mieux le test suivant.

Bâtiment à l'INSEP
En plein au milieu du bois de Vincennes, le cadre est plutôt chouette.

Je découvre avec plaisir les locaux de l'INSEP. Pfiouuuu c'est bien aménagé dites-voir, c'est grand, il y a des équipements partout, ça ne plaisante pas. Je galère un peu à me déplacer avec mon armure de motard, mais bon, les choses s'annoncent bien. Mes interlocuteurs sont particulièrement sympathiques, tout roule comme sur des roulettes.

Pour ce premier test, j'enfile tout un barda avec surtout un masque qui permettra de savoir ce que je respire. C'est surtout la consommation d'oxygène qui est intéressante, si j'ai bien suivi. Je connais un peu la nature du test, mais je reste stressé car je ne sais pas comment je vais bien pouvoir faire pour maintenir une allure précise qui suive les paliers imposés... Pour le coup, c'est très simple, une espèce de mécanique infernale délivre un biiIIIIp toutes les X secondes, et à chaque biiIIIIp je dois être au plot suivant. Il y a des plots tous les 20 mètres. C'est vraiment facile à viser, au moins tant qu'on a le niveau pour suivre. Le biiIIIIp résonne très fort, je suis dans un stade couvert, il faudrait être sourd ou particilièrement distrait pour le rater.

C'est parti.

8 km/h. Du beurre. Je pars un peu trop vite évidemment, c'est pas très grave à ce stade. À 10 km/h, je suis super bien réglé, dans ma petite bulle, tout baigne. Je suis particulièrement à l'écoute de moi-même entre le 12 km/h et le 15 km/h. Ce sont les vitesses qui m'intéressent le plus, en particulier pour ma préparation marathon. J'essaye d'y aller à l'économie autant que faire se peut, j'ai pas envie de "rater" le test.

A partir de ce qui doit être 16 km/h, je perds le fil des allures, je n'écoute plus ce qu'on me dit, je me concentre sur ces biiIIIIps obsédants. Bizarrement, j'en viens à croire qu'un "truc" se déplace avec moi autour du stade. Comme le son résonne sur la voute, je ne peux en effet pas savoir d'où vient le son. Il vient de partout, il vient de nulle part. Au bout d'un moment, je finis par croire qu'il vient du plot lui-même. Je suis donc une bipper invisible, qui se déplace de plot en plot à mes côtés. Je m'accroche, j'ai encore un peu de marge, mais mes tours sont comptés, je le sens. J'allonge la foulée. Je ravale un bon vieux glaviot immonde qui traîne dans ma gorge - j'ai un rhume qui traîne depuis quelques jours - et je sais que c'est la dernière fois que je peux le faire avant la fin du test. Je dois sacrément ventiler pour tenir le rythme. Oups, mince, ça a encore accéléré, je dois réappuyer sur le champignon.

C'est curieux, j'ai remarqué que chaque fois que je "lâche le morceau" en course à pied, c'est quand je relève la tête et que je mesure ce qui reste à parcourir. C'est un petit peu ce qui m'est arrivé à la Ceinture Verte il y a bientôt 2 mois. Ici, je commence à essayer de me représenter combien de tours je vais encore bien pouvoir tenir. C'est idiot, le savoir ne me fera pas avancer plus vite... Je ventile, je ventile, je m'arrache tant que je peux, mais le bip s'accroche lui aussi. Saleté de saloperie de saleté va, j'ai pas dit mon dernier mot! Je ne réféchis pas au fait - inéluctable - que mon concurrent virtuel ne connais pas de limite et saurait, si on le programmait pour, dépasser les 40 km/h. J'en chie grave, je commence à pester contre ce test qui dure trop longtemps, et pis d'abord si j'étais parti plus vite, si j'avais pas gaspillé mes piles à 13km/h... Bon, c'est facile de râler contre le protocole mal foutu, c'est plus dur de tenir la cadence. Je décroche un peu. Rhaaa, zut! J'en remets un petit coup et me rattrape à peu près. Puis c'est l'ultime dégringolade, je vois le bip qui s'éloigne, petit à petit. Un mètre, deux mètres, cinq mètres, je sais que c'est foutu. Je lève le pied. 3 secondes plus tard, je regrette. P*tain Christian t'es trop con! T'avais encore du jus, c'est sûr. Au fond de moi-même, je sais que c'est faux, les trois mètres que j'ai rendus gratuitement m'ont permis, justement, de récupérer le peu de marge qui me manquait pour suivre ce rythme infernal, mais il ne faut pas se bercer d'illusions, j'ai touché la limite. J'étais à environ 19 km/h quand j'ai jeté l'éponge.

Alors, vraie limite ou pas vraie limite? En regardant a posteriori les données du cardio, je trouve que ma FC était finalement assez basse (169) alors bon, si ça se trouve, je suis vraiment mou du genou ;) Mais le responsable de l'INSEP m'informe que j'avais atteint depuis un certain temps mon palier de consommation max d'oxygène. En clair, le test est bon, si j'ai décroché là, c'est que j'étais au bout du rouleau.

Ouais, bon, admettons.

Étape 2 : test de fatigue

C'était ça le vrai test. Je suis content d'y participer car j'ai lu un tas de bouquins et d'articles et de volontaires, et on lit souvent "un test effectué sur 20 coureurs tralali tralala tsoin-tsoin..." et bien aujourd'hui, je fais partie de l'échantillon. Le cobaye, c'est moi.

Stade
Le lieu du crime. Je trouve ce stade superbe, avec son énorme structure en bois, aérienne. C'est un plaisir de courir dessus, c'est feutré, calme, les conditions sont idéales.

Je profite de ce deuxième test pour goûter le cadre dans lequel il se déroule. Le stade est superbe. Il ferait taire ceux qui ne jurent que par la montagne ou la forêt et méprisent les pistards et leur tartan. Sans rire, c'est tout simplement exceptionnel. C'est une énorme et magnifique structure (piste de 340m, couverte, avec gradins) dans laquelle je me suis tout de suite senti à l'aise. Aucun poteau ou pylône pour gâcher cette superbe voute en bois, dans les tons acajou et qui tient d'un bloc, aérienne. Au centre, il y a même un anneau de vitesse pour faire du vélo. Lors du premier test j'y ai vu un cycliste tourner, accompagné par un 2 roues motorisé. C'est un véritable temple du sport, il y a des équipements partout, et la piste est un vrai régal. Du velours. Je regrette presque d'avoir mis des chaussures tant ça donne envie d'y aller pieds-nus. Alors bien sûr, le vent qui siffle dans les arbres, c'est très bien aussi, mais je vous garanti que courir quasiment seul dans un tel cadre, c'est une expérience qui, en soit, vaut le détour.

Pour ce test, je n'ai plus de masque (je vais pouvoir remettre mes lunettes, ouf!) en revanche ma jambe droite sera bardée d'électrodes. 8 paires en tout, posées sur des muscles aux noms si compliqués que j'ignorais moi-même en être pourvu. Lors du rasage, je m'aperçois que je suis très chatouilleux au niveau des ischios. Hi hi hi.

Je fais quelques tests de force max sur des machines de musculation - et au passage, ils ont un truc d'enfer pour faire des dips, je veux le même à la maison! - et je trottine mollement autour de la piste en attendant le test. J'ai essayé de me tenir à carreaux ces derniers jours, de ne pas faire d'entraînements trop épuisants. Hier j'ai fait 9,5 bornes de footing, avant-hier 2000m en piscine et 8km à pied. Je suis plutôt en bonne forme je trouve. Difficile de faire mieux à part s'affûter comme pour une compétition. Le test consistera à maintenir une allure constante pendant... aussi longtemps que possible! On m'a annoncé que je tiendrai au max 4 à 6 tours. Ah ouais, OK, ça doit être rapide alors.

Effectivement, c'est rapide. Les 50 premiers mètres sont simples à négocier, j'ai répété ce départ plusieurs fois, et à froid j'arrive à tenir à peu près l'allure, qui est aux alentours de 19km/h. Peut-être un peu plus, peut-être un peu moins, je m'en fiche un peu, je m'attache plus aux sensations que j'éprouve qu'au chrono lui-même. En tous cas je retrouve mon copain "le bipper fou qui turbine autour de la piste" et j'ai décidé de ne pas le laisser s'envoler.

Au bout de 200m, je suis déjà dans le rouge. Incroyable, j'aurais jamais dit qu'on pouvait se fatiguer si vite. Moi qui suis habitué à courir des heures, voilà qu'en même pas une minute je suis au taquet. J'essaye de calmer le jeu et paf... ça loupe pas, je perds un peu de terrain. Vieux bip pervers va! Je raccroche discrètement. Oui je sais, normalement j'aurais pas du le faire, j'aurais du continuer à passer 2 mètres en retrait pendant la suite du test, mais on ne se refait pas. Ça doit être à force de faire du vélo ça, j'aime pas décrocher, j'aime pas décrocher, c'est tout. En route pour le tour suivant. Banzaï, ça va pas être facile. Tant pis, j'ouvre les vannes en grand, je sur-ventile, je sors le grand jeu, je sais que je n'aurai pas de deuxième essai, faut que ça tienne! Je passe pleine balle devant les stands.

Ah oui, j'ai oublié de décrire toute l'installation. En effet, ils ont mis les petits plats dans les grands. Les 8 paires d'électrodes sur ma jambes droite transmettent, à chacun de mes passages, des infos en Wi-Fi à tout un arsenal informatique qui enregistre aussi, en parallèle, l'intensité de mes impacts au sol sur quelques mètres. Il y a en effet plusieurs plates-formes au sol avec des capteurs de force. Je sais pas si j'ai été clair, en tous cas ils enregistrent plein de données de partout, et je me plais à penser qu'il ne faut pas les décevoir.

Je rempile donc pour un tour. Pour un peu je partais pas mais j'ai l'impression que j'ai fait tellement peu de passages qu'il faut vraiment absolument que j'en fasse un de plus. Sinon avec quelles données vont-ils bosser? Et puis moi, de quoi vais-je avoir l'air? Ah ouais, le coureur d'ultra, celui qui s'est arrêté au bout de deux tours. Bof, on n'a pas pu en tirer grand chose, pas assez d'infos. Finalement, ça confirme ce qu'on dit toujours, ces types font du long parce qu'ils n'arrivent pas à aller vite sur des distances normales... Non, ça va pas se passer comme ça.

A la sortie du 1er virage, des types en sur-vêtement m'applaudissent et m'encouragent. OK, je suis cuit, j'en ch*e, mais je ne peux pas dire que ce soit fondamentalement désagréable d'être ici, en plein effort, dans ce cadre si particulier, un vendredi après-midi. J'en profite. Pas longtemps. De nouveau le passage devant les capteurs. J'hésite à arrêter, mais me dis que ça ne me ressemble pas. Je continue. Et là, dans le premier virage, au même endroit que pour le VAMEVAL, je sens que c'est foutu. L'histoire se répète et j'arrive tout simplement pas à croire que je vais pouvoir remettre 300m de plus sur la table. Je capitule donc mollement. Je continue tout de même à courir à 15 km/h, c'est plus fort que moi, je ne peux pas me mettre à marcher tout de suite, même si je sais que c'est foutu, le test est fini.

J'ai fait à peine plus d'un kilomètre.

Bon, ceci dit, bonne nouvelle, l'équipe a bien enregistré toutes les données nécessaires, je n'aurai donc pas couru pour rien. Je suis content de l'apprendre!

Bilan

Le bilan de l'étude elle-même, je ne le connais pas (et pour cause, il y a encore d'autres données à collecter, et dépouiller tout ça) mais à titre personnel, j'ai trouvé cette petite expérience particulièrement enrichissante. J'ai appris que j'ai une VO2 MAX de 64,5 ce qui me fait, je vous le concède, une belle jambe.

Petit détail rigolo, on m'a demandé si j'avais des références sur 1500 mètres. À part ceux que j'ai pu faire au lycée il y a bientôt 20 ans, heu... non. Enfin si, je mets 10 minutes pour faire le tour de 1319 mètres au triple Ironman de Lenshan mais je ne pense pas que ce soit la réponse attendue ;) Il reste que c'est intéressant de voir ce qui se passe sur ces courtes distances, et ça recadre bien ma pratique. Au fond, quand j'y pense, 1500 mètres ou 100 kilomètres, il n'y en n'a pas un qui est plus difficile que l'autre. Si on respecte la règle du jeu qui consiste à aller le plus vite possible, ça revient au même.

Pour finir, les résultats du VAMEVAL confirment que mon objectif de 2h50 au marathon n'est pas trop farfelu. Il reste ambitieux mais raisonnable. Va falloir que je bosse un peu, mais ça se tente.

A suivre...

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Mis à jour le dimanche 07 février 2010.