CR Londres-Edimbourg-Londres

Le frère jumeau de Paris-Brest-Paris

Clairement, PBP et LEL sont liés. Le premier a lieu tous les 4 ans, le second aussi. Prochaine édition de PBP en 2015. Prochain LEL en 2017. Tous les deux ans, on a un bon brevet "plus de 1000" à ce mettre sous la dent. Sur le papier, les épreuves sont similaires, le dénivelé est sensiblement le même (environ 12 000 mètres), la distance est un peu plus longue pour la version UK, 1400 km contre 1200 km pour l'épreuve française. C'est différent mais cela semble rester dans la même catégorie. Niveau climat, on aurait tendance à dire qu'en France il fait meilleur, mais ceux qui ont fait PBP 2007 ne seront vraisemblablement pas d'accord.

Mais en pratique, il y a des différences remarquables. La première : il y a beaucoup moins de monde à LEL. Même si cette année ils ont refusé du monde (une première, pour un événement qui il n'y a pas si longtemps n'accueillait que 250 coureurs...) cela reste beaucoup moins l'usine que le "Brest". Petit détail important aussi : le parcours n'est pas fléché. Et si vous abandonnez, démerdez-vous pour rentrer à la maison. Dans l'ensemble, LEL, c'est davantage la solitude et l'autonomie, quand PBP c'est la fête populaire. Ça peut changer, mais pour l'instant, c'est ainsi.

En ce qui me concerne, PBP, c'est 2 nuits sur le vélo, tandis que LEL, c'est 3 nuits en selle. Et ça, c'est une différence de taille.

Préparation minimale, mais juste

Suite à mes déboires aux 6 jours du Luc je ne me suis pas entraîné comme je l'aurais souhaité. En gros, j'ai eu une seconde moitié du mois de mai et un mois de juin quasi à blanc, avec zéro kilomètre à pied (ce qui est rare, chez moi) et pas beaucoup en vélo, de peur de réveiller la blessure en train de cicatriser. Bon bref, le jour du départ, le 28 juillet, j'ai moins de 4 000 bornes au compteur (en vélo) depuis le 1er janvier. Pour s'aligner sur un 1 400, c'est limite. Limite mais jouable. De toutes façons je n'ai pas le choix, c'est ça ou rien.

Camp de base
Préparation au camping, à Debden. Ma bonne vieille tente, inusable. Avec deux 6 jours et moult fêtes de fanfare à son actif.

Niveau matériel, je pars avec mon bon vieux Cannondale Synapse, ma petite sacoche frontale de 7 litres (étanche!) et j'ai rempli mes deux "drop bags" (des sacs qu'on peut déposer à certains points de contrôle) de vêtements chauds.

Départ matinal

J'ai opté pour un départ très matinal, une option "5h30" qui nous a été proposée par mail et qui s'adressait aux coureurs visant "70 heures". Au moment où on me l'a proposé, j'ai estimé que je rentrais dans cette catégorie. Après ma tendinite carabinée contractée aux 6 jours, et mon entraînement amputé, je ne suis plus tout à fait certain d'être à la hauteur, mais j'ai prévu de faire des vacances en famille à Londres après la course, et je dois être de retour pour mercredi midi. Alors si je peux gratter 30 minutes, c'est toujours ça de pris.

Or donc, c'est le départ. Nous sommes une trentaine. Ça roule un peu fort pour moi, mais j'arrive à suivre sans me mettre dans le rouge, je décide de profiter de l'aspiration au moins jusqu'au prochain point de contrôle, situé à environ 100 km.

L'aventure est au coin de la route

Ce que j'aime dans les brevets cyclos, c'est qu'il y a toujours des imprévus. Vous partez pour 500 bornes ou plus à vélo, vous pouvez être certain qu'il va se passer "quelque chose". Crevaison, panne mécanique, rencontre fortuite, il y a *toujours* un imprévu.

En l'occurence, après à peine 40 bornes de route, l'imprévu c'est ce Québequois qui m'informe que mon pneu arrière "est en train de se détacher". Bigre, je ne souhaite pas voir mon pneu éclater, je m'arrête aussitôt et le remercie. Je constate alors que mon pneu est nickel, rien à signaler. Et j'ai perdu le groupe. Ah, sympa l'humour du Québec, merci camarade! J'essaye toutefois de comprendre. En fait, il devait - je pense - parler du pneu de rechange que je loge sous ma selle "au cas où" et qui, il est vrai, est un peu de travers. De là à se détacher... Enfin, c'était plutôt sympa de sa part, l'intention était bonne. Bon, quitte à m'être arrêté, et pour garantir que je ne me ferai plus avoir, je décide de coincer ce pneu avec le petit antivol que je loge aussi sous la selle et qui me sert lorsque je fais des courses de 5 minutes dans une petite supérette de campagne.

Super bonne idée!

Mais attention, pour ce faire je dois détacher le cadenas, donc sortir la clé, qui est dans mon portefeuille, qui est dans une poche dans mon dos, poche dans laquelle il y a aussi mes lunettes de vue. En ce moment j'ai des lunettes correctrices, mais de soleil.

Bon, je repars.

J'en profite pour allumer le GPS que j'avais éteint pour économiser les piles. Ne prenant aucun relais eu égard à mon niveau faible par rapport au reste du groupe, je l'avais éteint.

Je roule tranquille, et vérifie, comme ça pour voir, que j'ai bien tout dans mes poches. Je vérifie souvent un tas de trucs, je suis limite à avoir un "TOC" et Valérie me chambre souvent à ce sujet. Mais pour le coup, je ne trouve plus mes lunettes. Très vite, j'imagine les conséquences. Pas de lunettes de vue "blanches" -> pas de vélo la nuit. Pas de vélo la nuit -> 4 à 8 heures de roulage perdues. Sur 3 jours, ça fait une vingtaine d'heure, soit presque une journée. Catastrophe!

Je fais demi-tour pour les chercher. Mon pari est le suivant : comme j'ai mis en marche le GPS à l'arrêt, ma trace doit commencer exactement à l'endroit où j'ai perdu mes lunettes. Et ça marche. Je les vois, dans le caniveau, prête à se faire aplatir par le prochain camion. J'ai du revenir en arrière de 500 mètres, et au final, je pense avoir perdu entre 10 et 15 minutes. C'est certain, je ne reverrai pas le groupe de tête, mais au moins, j'ai mes lunettes.

La solitude du cycliste de fond

Je me fais rattraper par un cyclo qui est parti aussi à 5h30 mais n'a pas souhaité suivre le rythme endiablé du groupe de tête. Nous causons. Je parle suffisamment bien anglais pour entamer la conversation avec à peu près n'importe quel anglophone. C'est un barroudeur. Je finis par le lâcher peu avant le point de contrôle.

Contrôle
J'entre seul au contrôle. J'ajouterais même, seul comme d'habitude.

À ce point de contrôle, super bonne surprise : il y a plein à boire, plein à manger, c'est le paradis du cycliste itinérant! Je n'avais pas vérifié ce point avant de partir, je me disais que j'aurais peut-être à trouver moi-même qui une boulangerie, qui une épicerie. Mais non, là, tout est prêt, et offert (petite différence avec PBP, ici, le ravitaillement, une fois l'inscription payée, est gratuit, tandis qu'à PBP c'est en supplément, n'allez plus raconter que les écossais sont radins!). J'en profite comme il faut mais pas trop, car il y a de la route à faire.

Ensuite, je roule essentiellement seul. Je ne sais pas comment j'aurais fait sans le GPS. Rien n'est indiqué sur la route, pas de fléchage - ça c'était prévu - mais parfois, dans certains recoins de campagne, il n'y pas non plus d'indication concernant le nom des routes. Et ça, c'est plus gênant. Enfin bon, le GPS, je l'ai, et j'en profite.

Le grand plat au milieu des canaux/marécages n'est pas mon passage préféré en revanche à partir de ce grand pont qui traverse une énorme rivière - comme un bon plouc de français, je n'ai aucune idée du nom de ce machin qui est un véritable bras de mer, plus d'un km pour le traverser, après recherche rapide je pense que c'est le Humber - c'est vraiment assez chouette. J'en profite.

Bon appétit

La nuit finit par tomber. Je vais de point de contrôle en point de contrôle. J'ai nettement ralenti, la fatigue - je ne suis pas épuisé, mais après 300 bornes, on se tasse un peu, c'est normal - et le profil qui devient un peu plus exigeant ne me font pas de cadeaux.

Je pense que c'est à peu près à ce moment que je profite d'un ravitaillement - contexte typique, école réquisitionnée pour nous, cantine à disposition - pour titiller une des dames charger de nous servir. Elle me propose quelque chose d'assez insiginifiant mais aussi et surtout du "Chinese chicken" (poulet chinois). Je m'apprête à lui en demander mais au dernier moment me ravise : "qu'est-ce qui me prouve que ce poulet est vraiment chinois?". Devant ma logique implacable elle capitule et m'avoue que non, ce poulet n'est pas vraiment chinois, c'est un poulet anglais (quelle arnaque!) cuisinée à la chinoise. Ce qui n'est pas exactement pareil, vous en conviendrez. Ceci étant, ce poulet est très bon, d'une manière générale je me suis régalé, et en double.

Je marque un bref arrêt pour faire un "petit" dodo, je demande à ce qu'on me réveille à 2h30, soit une vingtaine de minutes plus tard. Il n'y personne, je suis encore aux avant-postes (mon départ matinal...) et beaucoup, je pense, tentent de faire cette première nuit sans dormir. Bon, je dors un peu, et repart.

Cette seconde journée sera marquée par deux faits remarquables. Un : il pleut. Il bruine, il pleut des hallebardes, on voit parfois, miraculeusement, un coin de ciel bleu. Mais pas trop. Le lever du jour a été superbe. Le soleil s'est levé dans la brume, dans un coin assez élevé, juste avant Brampton, perdu au milieu des nuages. Ce n'est pas encore l'Écosse, mais c'est déjà fichtrement beau. Je suis accompagné pendant une trentaine de km par un Russe qui a des problèmes de foie (personne ne rit!) et ne va pas aussi vite qu'il le souhaiterait. Il va déjà trop vite pour moi, ha ha ha.

Les détails, le diable se cache dans les détails

Tout irait bien, la pluie, OK, le revêtement pourri, OK, en revanche je commence à avoir des problèmes de frottement. Comme un bon boulet, j'ai oublié mes crèmes en France. J'ai bien acheté vaguement un truc avant le départ en pharmacie mais bof, pas terrible. Et puis là, après 30 heures, c'est un peu évaporé, je suis sec, ou plutôt, j'ai les fesses humides avec la transpiration, la pluie, je me vois mal faire encore 800 bornes comme ça. Tout se fait, c'est certain, en serrant les dents (ou, pour le coup, les fesses) on peut accomplir des miracles, mais la souffrance et moi, ça fait deux. Au moment où je passe devant une épicerie paumée au milieu de nulle part et qui fait aussi "Post-Office" (c'est vous dire la densité des commerces dans la région...) je tente le coup, et m'arrête. Vous avez de la vaseline? Il en a! J'en achète 3 petits pots, fais 10 mètres, me tartine abondament l'entrejambe. Ouf, je vais mieux. Allez, en selle Marcel!

Salut la compagnie

En m'arrêtant, je me suis fait rattraper par un anglais, Chris, qui décide de rouler un peu avec moi. On se lâche de temps à autre mais on roule une bonne vingtaine de km ensemble. Il est sympa.

Puis je me retrouve à nouveau seul. Les derniers kilomètres avant Edimbourg ne sont pas vilains, bien au contraire, c'est très joli, en revanche la route est blindée de voitures et de camions, et le revêtement "gratte", je veux dire par là que ça tremble assez fort. Mon cadre est assez amortissant et filtre plutôt bien mais niveau rendement, ça avance des clopinettes. Fort heureusement, nous avons le vent dans le dos depuis le départ. Je n'ose imaginer ce que ça va donner au retour. Pluie + vent dans le nez + 700 bornes au compteur = paye ton 17 km/h de moyenne. Enfin on verra bien, si ça se trouve le vent tombera ou changera de sens, on ne sait jamais.

Edimbourg

Il y a longtemps (plusieurs mois...) j'avais imaginé faire du rab et profiter de mon passage à Edimbourg pour faire un crochet et aller voir Alan Young, l'accompagnateur de choc de William Sichel. C'est vraiment une idée débile. D'autant que le point de contrôle d'Edimbourg, comment dire, "il se mérite". Ceux qui y sont allés comprendront je pense.

Bon, je ne m'attarde pas, je fais demi-tour et repars vers Londres. Je pense m'être arrêté, en moyenne, environ 25 minutes à chaque ravito. C'est long et en même temps c'est plus court que la moyenne des coureurs. La preuve : je n'ai jamais doublé personne en roulant, en revanche sur le parcours je n'ai pas arrêté de me faire dépasser, mais toujours par les mêmes personnes... ;)

L'Écosse, c'est beau

Retour donc sous la pluie, comme il se doit. Il paraît qu'il y avait une canicule là-bas en juillet, moi j'ai rien vu de tout cela, en Écosse, j'ai vu : pluie et vent. Et températures clémentes, je le reconnais. Avec 10 degrés de moins j'aurais moins rigolé. Bon bref, ça monte, il pleut, j'ai le vent dans le nez. J'ai connu des jours meilleurs. À ce stade, je suis résigné à subir la pluie et le vent de face jusqu'à Londres, je me suis fait une raison. Tant pis, c'est la vie.

Je croise souvent Yves, un français qui avance fichtrement bien, me dépose sur le parcours - mais je gratte un peu de temps aux arrêts... - et nous bavardons un peu. Ce retour depuis Édimbourg est vraiment splendide, les conditions sont pourries mais c'est magnifique. D'autant plus magnifique qu'après avoir quitté, la mort dans l'âme, un ravito sous des hallebardes, la pluie s'arrête. Et le soleil pointe le bout de son nez. Un magnifique soleil qui éclaire ces vallées avec les conifères, le petit torrent qui serpente au milieu de l'herbe mouillée et d'un petit marécage qui brille de partout. C'est une vraie carte postale, ce début de soirée est tout simplement magique. Rien que pour cet instant, ça valait le coup d'y être.

Bon, mais c'est pas le tout, faut rentrer à la maison...

Night in white satin

Sur le retour, je profite de la compagnie d'Yves, que j'ai rencontré en Écosse, et nous arrivons à Brampton aux alentours de minuit. Nous croisons des cyclistes qui sont sur le chemin aller. Bon courage les gars!

Là, je décide de dormir. La nuit est belle, limite étoilée, je me dis que finalement, le beau temps est revenu, laissons la flotte aux écossais, à nous le soleil anglais!

Je prends une douche - rare, mais vu mes problèmes de frottement, j'essaye d'avoir un minimum d'hygiène - je me bourre de bouffe et je vais me coucher. Il y a la queue. Misère. J'attends 10 minutes qu'un lit se libère (avec le chassé-croisé avec ceux qui montent vers Édimbourg, je pense m'être arrêté au plus mauvais moment, tel le vacancier en voiture le 15 août sur les routes de France) et enfin je me couche. Je demande à ce qu'on me réveille à 2h30.

Et à 2h30, je ne sais plus où j'habite. Je dors comme un bébé. Le type qui tente de me réveiller doit mettre au moins 3 minutes à me faire comprendre ce qui se passe. Enfin, je percute. Ah oui. LEL. 2h30. Je fais du vélo. Il faut repartir. J'aurais préféré grasse matinée et croissants, mais ce sera pour plus tard.

Je me prépare et sors plein d'enthousiasme.

It's a long way

L'enthousiasme s'effrite un brin lorsque je constate que... la pluie est revenue! Saleté de temps anglais misérable, je pars donc, et c'est une longue côte interminable, avec au milieu une pépite mémorable, un secteur pavé, raide genre 15% ou plus, glissant (la pluie!), qui me faisait très peur, mais est finalement passé "tout seul".

Ceci étant, ayant pris le temps de me changer à Brampton, je suis, quoi qu'il en soit, à nouveau trempé, au moins en bas, au niveau du cuissard, et justement, cela pose problème, car j'ai enfilé un cuissard "bas de gamme", un vieux truc pas terrible, qui me semblait-il présentait l'avantage d'être sec, mais cet avantage a duré 5 minutes. Or donc je suis avec ce truc de qualité moyenne, trempé, et les ennuis commencent. Désolé de rentrer dans les détails, mais, pour expliquer un peu, j'ai les bourses (côté gauche surtout) qui frottent plein pot contre la cuisse. Tout cela est donc "boursouflé" (c'est le cas de le dire...), c'est rouge, gonflé, ça suinte, ça fait mal, c'est moche. Je m'en sors en pédalant les genoux légèrement écartés, je me décale un peu sur ma selle. Je ferai un arrêt plus tard dans une pharmacie pour acheter à nouveau de la crème. Je demande un truc "for chaffing problems". La crème est pas mal, mais je crois qu'il faut davantage qu'une pommade pour résoudre mon problème. Je pense que le cuissard propre et de meilleur qualité, plus ferme, qui m'attend à Pocklington, sera une bonne avancée. D'ici là, je prends sur moi, ça va être un moment difficile... Anecdote marrante : la fille de la pharmacie m'a donné un papier pour avoir une réduction la prochaine fois que je vais chez eux. C'est sympa mais d'ici 4 ans, j'ai le temps de le perdre.

Mais revenons à notre belle bosse, arrivé au sommet, je regarde en haut sur ma gauche et aperçois l'arrivée d'un téléski. Diable, ce n'est pas de la haute montagne, mais j'imagine qu'en hiver, le climat est rude. Pendant la descente, je suis déconcentré par un soleil rasant qui filtre à travers les arbres et fait un effet stroboscope qui m'hypnotise, j'ai peur de m'endormir et chuter. Plusieurs fois, je m'arrête. La bonne nouvelle c'est que maintenant, il fait beau, c'en est définitivement fini avec la pluie.

Peu après le km 1000, je croise Chris (l'anglais avec qui j'ai roulé un peu avant Edimbourg) qui vient de... casser son vélo! Cadre en titane "litespeed". Fissuré près de la boîte de pédalier. Fort heureusement il a une assistante et on lui amène un vélo de rechange. Heureusement que cette mésaventure ne m'est pas arrivée à moi, car le vélo de rechange, hum.

Puis un anglais, qui fait partie de l'organisation et est sur le parcours en vélo, m'accompagne. On cause on cause. On parle de courses originales. Ce gars connaît la Barkley! Quand je vous dis que les brevets, c'est bien fréquenté. C'est amusant car c'est un type qui vaut 85 heures sur PBP, et là, avec 1000 bornes dans les pattes, je le suis à peine. J'ai l'impression que c'est un grimpeur né. J'adore ce petit passage du parcours où l'on passe sous les arches des remparts d'un château. La classe!

Le vélo en carton

Je ne sais plus exactement à quel moment c'est arrivé, mais "à un moment" j'ai perdu l'usage de mon dérailleur arrière. Le câble a lâché. La bonne blague. Heureusement le plus dur était derrière mois. Quelques coups de tournevis sur la butée et j'ai bloqué la chaîne sur le 3ème pignon à l'arrière. Comme j'ai un triple plateau à l'avant, ça m'a fait 3 vitesses. J'ai serré les fesses pour que le câble du dérailleur avant tienne, parceque là, ça devenait tendu.

Autre avarie (moins grave) mon pédalier s'est mis à couiner. Bizarre, certaines pièces qui doivent servir de ressort côté gauche sont toutes distendues, limite cassées (montage un peu particulier lié à la boîte BBB de Cannondale). Je vite un petit tube d'huile là-dessus et ça s'arrête de geindre. Quelle misère, on peut pas faire 1000 bornes sans que ça craque de partout. Triste époque.

Retour en binôme

À environ 300 bornes du but, juste avant le passage sur le "pont géant" (et superbe), je me joins à Richard Léon - cyclotouriste au palmarès long comme un jour sans pain - qui est plus rapide que moi - il est parti plus de 4 heures après moi - mais après tout, nous sommes ensemble, et maintenant ni lui ni moi ne roulons très vite, et un peu de compagnie ne fait pas de mal.

Il roule sans GPS avec simplement les indications du road-book. Il n'a même pas de compteur kilométrique. Ça c'est un puriste. Je suis bluffé, car il ne perd pas une minute, il est *hyper* efficace, et il fait ça très naturellement. J'ai moi aussi navigué avec des road-books à l'ancienne, mais pas avec cette rapidité, nous ne jouons définitivement pas dans la même catégorie. Ceci étant le GPS nous sauvera la mise 2 ou 3 fois, je pense qu'il aurait fini par trouver la bonne route, mais avec l'électronique, et surtout en étant deux à suivre la route en parralèle et à vérifier les choix de l'autre, on fait bien moins d'erreurs.

Arrive la nuit. J'ai réussi à changer de cuissard à Pocklington donc je suis désormais un peu plus en mode "confort" même si ça reste rustique. Comprendre, j'ai mal partout au niveau de l'entrejambe et je sais que je vais marcher comme un cowboy pendant trois jours. En Irlande, faudra gérer ça un peu plus intelligemment. Nous décidons de ne pas dormir au point de contrôle car quand nous y sommes, nous ne sommes pas assez fatigués. Je propose de continuer et de nous arrêter "en mode l'arrache" comme sur un brevet de base, là où nous trouverons (abri-bus ou autre). Top-la, c'est parti, il ne pleut pas, profitons-en pour aller plus vite.

Nous essaierons donc trois spots différents. D'abord une station service, un peu glauque, gigantesque, mais avec des bancs. Puis des bancs publics sur une pelouse en centre-ville. Déjà mieux, mais nous en repartons... dans le mauvais sens! Heureusement le GPS m'informe rapidement de notre méprise. Il faut toujours se méfier quand on repart la nuit au radar après 15 minutes de sommeil à moitié réparateur. Enfin, le dernier, de somptueux bancs, immenses, abrités sous un toit genre marché couvert. Le nec plus ultra du dormeur itinérant. Bon, j'avais mal réglé mon réveil, pensant l'avoir programmé pour 10 minutes, il ne sonnera jamais. Coup de chance, je me suis réveillé tout seul au bout de 9 minutes. De la chance, parfois, il en faut un peu. Richard, lui, dormait comme un bébé, je le tire de sa rêverie et on s'arrache. La nuit a été dure, j'ai tout de même été, à un moment, réveillé par mon vélo qui s'est mis à trembler parce que je roulais dans l'herbe. Rassurant... Mais heureusement, la nuit, la dernière nuit, est finie.

Montagnes russes

La fin fût, ma foi, moins monotone que la nuit, avec quelques bon petits "coups de cul" dans les derniers kilomètres. Je croise un polonais avec qui j'avais commencé à causer dans les tous premiers kilomètres. Il parle français, mais pas anglais! Richard a eu un coup de pas bien en début de matinée mais il s'est ressaisit. Moi, avec mes 3 vitesses, je n'en mène pas trop large mais j'avance mon petit bonhomme de chemin. Il est surpris que j'avance aussi bien avec seulement 4 000 bornes au compteur depuis janvier. Je lui explique que les 2 500 bornes à pied participent tout de même, aussi, à ma condition physique, et pas qu'un peu.

L'arrivée est non pas une délivrance, mais un franc plaisir. Je rate le "moins de 80h" mais on s'en fout, ici l'esprit n'est pas à la perfomance absolue. D'ailleurs le dernier ravito, avec ses victuailles délicieuses et provocantes étalées sous nos yeux n'y était pas pour rien. Nous sommes restés 20 minutes alors qu'on aurait pu le torcher en 2 minutes, mais c'était tout simplement trop bon, trop tentant, impossible de le snober.

Je suis bien content de finir sous ce beau soleil. L'histoire se termine bien, une belle histoire, avec un parcours typé, de belles rencontres, de l'imprévu comme je l'aime. Rien à changer, c'était parfait!

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Mis à jour le lundi 19 août 2013.