Priorité !

Promenade en forêt
Je suis enceinte de six mois. Ca ne se voit pas, avec le blouson. Mais je suis aussi fatiguée que sans...

Me voici enceinte pour la troisième fois. A moi les nausées, la fatigue, le ventre lourd... et les places prioritaires.

Les places prioritaires, il y en a dans le bus. Il y a aussi les caisses prioritaires dans les magasins. Pourquoi ? Cf. mon premier paragraphe. Non, ce n'est pas un luxe. Trop de fatigue pour la maman, et c'est le bébé qui arrête de grossir. Etre enceinte, ce n'est pas que le bonheur d'avoir un petit être blotti au fond de son ventre.

Ma chance pour affronter ces périodes fut d'avoir lu un livre sur l'affirmation de soi. J'y ai appris à faire part de mes demandes, sans me sentir fautive. Comment appliquer ? Cela m'a pris du temps, pendant ma première grossesse. Des trajets et des trajets de bus, debout, balottée, fatiguée. Je prenais le bus 2 fois par jour, pour me rendre au travail.

Alors, je me suis entrainée mentalement. Penser : je vais aller voir les personnes assises sur les places prioritaires et leur dire avec le sourire : "Bonjour, je suis enceinte. Pourrais-je avoir une place s'il vous plait ?" Penser : mais oui, j'y ai droit. Relire le règlement du bus : "Les places prioritaires sont destinées, par ordre de priorité aux : aveugles, invalides de guerre, invalides civils, femmes enceintes, personnes accompagnées d'un enfant de moins de 4 ans, personnes âgées de 75 ans et plus". Penser encore que non, les gens ne sont pas égoïstes : ils n'ont tout simplement pas remarqué que j'étais enceinte.

Cette étape de maturation mentale a pris du temps. Et il m'a fallu avoir toujours sur moi mon certificat de grossesse, comme une assurance de ma légitimité. Et un jour, me voilà partie vers les places prioritaires. "Bonjour, je suis enceinte..." J'ai répété cette phrase des dizaines de fois en trois grossesses. Dans la très grande majorité des cas, les gens vous laissent la place.

  • Soit naturellement.
  • Soit l'air géné : "Je n'avais pas vu". Mais je ne vous en demandais pas tant ! Vous avez le droit de rêvasser, de lire, de regarder le paysage, même assis sur une place prioritaire.
  • Soit l'air choqué. "Mais pourquoi me demande-t-elle ma place à moi ?" Mais parce que vous êtes sur une place prioritaire... En général, dans ce cas, la cession de place est accompagnée d'un regard appuyé sur le ventre : "Est-elle tellement enceinte ?"

De temps en temps, le gens ne vous cèdent pas la place.

  • Rarement parce qu'ils sont eux-mêmes prioritaires. Cela arrive, bien sûr, et c'est naturel.
  • Souvent, ils n'entendent pas. Et quand on répête la demande, la personne se tourne ostensiblement vers la fenêtre ou parle encore plus fort à son voisin (je me suis permis d'interrompre la conversation !)

Voici le type de situation dans laquelle je me suis retrouvée :

  • Une dame d'une cinquantaine d'années m'a déclaré d'un air outré : "Oh, ce monsieur là-bas ne vous a pas laissé la place ! Mais quel malotru !" Sauf que le monsieur là-bas, n'était pas sur une place prioritaire, il était assis tranquillement au fond du bus et je ne lui avais rien demandé.
  • Un homme m'a demandé ma carte. J'ai sorti mon certificat de grossesse. Il a regardé vers la fenêtre et a refusé de tourner la tête vers mon papier. C'est finallement un autre monsieur qui m'a cédé sa place. Bien entendu, il y avait des regards désapprobateurs mais personne n'a dit son fait au premier monsieur.
  • Un dame a continué avec tant d'insistance à discuter avec son voisin, malgré mes demandes réitérées, que celui-ci, géné, a fini par se lever...
  • Une dame m'a assuré, courroucée : "Eh bien moi aussi je suis enceinte !" Sauf que nous prenions le bus tous les jours à la même heure. Que son ventre n'a jamais grossi. Que je l'ai vue dans ce bus, le ventre plat, jusqu'à mon dernier jour de travail et dès le premier jour de ma reprise... Et qu'elle aurait pu me le dire gentiment, je n'en aurais pas été choquée.

Voilà de quoi vous mettre mal à l'aise pour vos demandes. Et pourtant, nous avons besoin de nous assoir lorsque nous sommes dans cet état. Je ne peux pas faire deux fois trois quarts d'heure de bus debout par jour ! Pourtant, les jours où je ne suis pas assez forte psychologiquement, je le fais...

Je ne peux pas attendre qu'une personne bien intentionnée me cède sa place d'elle-même. Comment reconnait-on une femme enceinte ? Lorsqu'on ne connaissait pas la femme avant sa grossesse, ou en hiver avec de gros blousons, ce n'est pas si évident. Et puis il faut être juste à côté d'elle. Et je connais la situation inverse. Il m'est également arrivé de ne pas être enceinte. Dans ce cas, je préfère une personne qui me demande aimablement ma place à une pesonne qui me regarde le nez plissé ou les yeux larmoyants, le ventre en avant, en attendant que je réagisse.

Voilà pour les bus. La situation aux caisses des magasins est malheureusement similaire. Ce matin, j'ai usé de mon droit de priorité, en signalant "Je suis prioritaire, je vous remercie", souriante. La dame devant qui je me suis arrêtée a dit : "Je ne savais même pas que cette caisse était prioritaire."

- Je ne pense pas m'être trompée. Regardez, le panneau est juste au dessus de nous.

- Ah oui, a-t-elle gromelé. Puis elle s'est retournée vers l'homme qui l'accompagnait : "Elle pourrait au moins dire merci !"

Bah, dans ces conditions, je préfère aller au supermarché le plus incivil de mon coin. Les gens y sont tellement impolis que le gérant a été forcé d'instaurer la caisse RESERVEE aux personnes invalides. Plus besoin de demander, plus de froncement de sourcils. Mesdames et messieurs les incivils, vous pouvez toujours râler que la caisse est libre et qu'on vous refuse pourtant le passage.

PS : j'écrirai bientôt un article sur les comportements coopératifs sur ce site, j'espère qu'il permettra de comprendre pourquoi tout le monde gagne à un comportement coopératif et perd à un comportement égoïste.

Page générée par UWiKiCMS 1.1.8 le lundi 17 mai 2021.
Copyright © 2009 Valérie Mauduit. Document placé sous licence GNU FDL.
Mis à jour le jeudi 20 août 2009.