Chansons grivoises

Apprendre des chansons grivoises à ses enfants est un passe-temps très répandu chez les parents modernes. La plus connue est sans doute "Au clair de la lune".

Au clair de la lune
Prête-moi ta plume, je te préterai ma chandelle

Au clair de la lune

Au clair de la lune, mon ami Pierrot
Prête-moi ta plume, pour écrire un mot.
Ma chandelle est morte, je n'ai plus de feu.
Ouvre-moi ta porte, pour l'amour de Dieu.

Au clair de la lune, Pierrot répondit :
- Je n'ai pas de plume, je suis dans mon lit.
Va chez la voisine, je crois qu'elle y est
Car dans sa cuisine, on bat le briquet.

Au clair de la lune, l'aimable lubin
Frappe chez la brune, elle répond soudain
- Qui frappe de la sorte ?, il dit à son tour
- Ouvrez votre porte pour le Dieu d'Amour.

Au clair de la lune, on n'y voit qu'un peu
On chercha la plume, on chercha le feu
En cherchant d'la sorte je n'sais c'qu'on trouva
Mais je sais qu'la porte sur eux se ferma.

Pour moi, la prise de conscience a commencé quand j'ai découvert, pour le dire pudiquement, que "battre le briquet" signifiait l'acte sexuel. On se demande alors quelle plume le chanteur aimerait se faire prêter, et pour quelle lune. Sa chandelle morte se rallume à la vue de la voisine.

Une belle histoire sur la multiplicité des partenaires et orientations sexuelles. Le lubin désigne par ailleurs un moine dépravé, leçon de religion pour nos chers bambins.


J'ai trois filles, il me paraît donc important de les préparer dès maintenant à leur rôle d'épouse modèle.(1)

Mon père m'a donné un mari

Mon père m'a donné un mari
Mon Dieu, quel petit kiki !

Mon père m'a donné un mari
Mon Dieu, quel homme quel petit homme
Mon père m'a donné un mari
Mon Dieu quel homme qu'il est petit !

D'une feuille on fit son habit
Mon Dieu, quel homme, quel petit homme
D'une feuille on fit son habit
Mon Dieu quel homme, qu'il est petit.

Je l'ai perdu dans mon grand lit

J'pris une chandelle et le cherchis

A la paillasse le feu a pris

Je trouvai mon mari rôti

Sur une assiette je le mis

Le chat l'a pris pour une souris

Au chat, au chat, c'est mon mari

Fillette qui prenez un mari

Ne le prenez pas si petit

La chanson m'a paru bien innocente pendant bien longtemps. Si elle date d'une époque où, en effet, le père choisissait le mari de sa fille, je me sentais bien éloignée de ce modèle. Puis j'entendis un jour à la radio une historienne rappeler qu'en général, le cher père préfère choisir pour sa fille un homme bien trop vieux mais suffisamment argenté. Et les vieux, c'est connu, ça se ratatine. Voilà le calvaire de cette pauvre demoiselle : son mari a perdu de sa vigueur et elle le perd dans son lit.

La prochaine fois, n'en déplaise à son père, elle essaiera la marchandise avant de dire oui devant le maire.


De nos jours, on ne fait plus l'apologie du tabac à non enfants. Sauf quand il s'agit d'une petite chanson innocente. Qui, de toute façon, ne parle pas vraiment de ce produit cancérogène.

J'ai du bon tabac

J'ai du bon tabac
Eh, c'est MA culotte !

J'ai du bon tabac dans ma tabatière,
J'ai du bon tabac, tu n'en auras pas.
J'en ai du fin et du bien râpé,
Mais ce n'est pas pour ton vilain nez !
J'ai du bon tabac dans ma tabatière,
J'ai du bon tabac, tu n'en auras pas.

Eh bien, que les parents se rassurent, la chanson n'incite pas à la prise de tabac. La tabatière que la jeune femme ne souhaite pas exposer au nez de son interlocuteur se trouve sous ses jupes. C'est du moins l'explication que j'ai lue un jour dans un magazine.

Mes nombreux lecteurs s'en doutent : je me documente énormément avant d'écrire les articles de mon site. Je ne résiste pas ici à vous faire partager ce que j'ai découvert aujourd'hui. "J'ai du bon tabac" a été écrit par l'Abbé de l'Attaignant (2) à Vaudoy en Brie ! Quand je dis Vaudoy, je parle bien sûr de ce village limitrophe de Saints (la commune de mes frères) et de Touquin. Le village de ma copine de collège Nathalie. Le Vaudoy du canton de Rozay en Brie (3), quoi. Incroyable n'est-ce pas ?


Mais la chanson qui a été une découverte pour moi est "La boulangère a des écus". Le père Noël a offert à mes filles, une fameuse nuit de décembre, un DVD de chanson enfantines. Je ne saurais que le déconseiller : mauvaises interprétations, animation des images quasi inexistante... Mais le choix de chansons m'a permis de découvrir, au milieu de "Cadet Rousselle", "Les prisons de Nantes", "Un éléphant ça trompe" (4), cette perle de la chanson grivoise pour enfants :

La boulangère a des écus

La boulangère a des écus
Ah, tu ne seras pas déçue !

La boulangère a des écus
Qui ne lui coûtent guère.
La boulangère a des écus
Qui ne lui coûtent guère.
Elle en a, je les ai vus,
J'ai vu la boulangère
Aux écus,
J'ai vu la boulangère.

D'où viennent tous ces écus,
Charmante boulangère ? (bis)
Ils me viennent d'un gros Crésus Dont je fais bien l'affaire, Vois-tu

Je passe quelques couplets qui parlent des galants militaires, des petits maîtres et des abbés coquets venus faire leur cour à la belle. Mais arrive enfin le prétendant idéal :

- Moi, je ne suis pas un Crésus,
Abbé, ni militaire,
Moi, je ne suis pas un Crésus,
Abbé, ni militaire,
Mais mes talents sont bien connus ;
Boulanger de Cythère,
Vois-tu
Boulanger de Cythère.

- Je pétrirai le jour venu,
Une pâte légère. (bis)
Et la nuit, au four assidu,
J'enfournerai, ma chère,
Vois-tu,

- Eh bien ! épouse ma vertu,
Travaill' de bonn' manière. (bis)
Et tu ne seras pas déçu
Avec moi boulangère
Aux écus !
Avec moi boulangère.

Puisque je ne veux pas enseigner à mes filles l'art d'être une bonne épouse, le père Noël a décidé pour moi : elles se prostitueront à un riche monsieur, jusqu'au jour où le successeur de Rocco Siffredi viendra les cueillir. Si ses talents pour pétrir la pâte et enfourner sa miche sont si grands, que puis-je y redire ?

Mais vous savez le mieux ? C'est que les illustrateurs réussissent à dessiner des petites choses innocentes à côté de telles paroles !


Notes :

(1) : euh, là c'est une antiphrase. A ceux qui ne me connaissent pas : non ! Hors de question de préparer mes filles à un rôle dans la vie. Et encore moins à un rôle de femme soumise.

(2) Un abbé, indice supplémentaire, s'il en fallait, de la connotation licencieuse de la chanson.

(3) Tout le monde sait que Rozay en Brie est la commune dans laquelle j'ai vécu mes années collège.

(4) Non, je ne vous dirai pas ce que j'entends dans ces divers textes.

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Mis à jour le samedi 24 juillet 2010.