Marathon en 3h... et des brouettes

Dimanche 21 octobre 2007

Bon, ben voilà, autant le dire tout de suite, mon bel objectif de tomber en dessous de 3h00 sur 42,195 km est passé à la trappe. Pour cette fois.

Petit compte-rendu.

La préparation

Le contexte

Mon objectif ultime, il est en 2008. C'est le Spartathlon. En attendant de potasser le grand fond - domaine dans lequel j'ai déjà quelques bases - je décide d'arrêter un peu les ultras histoire 1) de me reposer un peu, 2) de passer un peu plus de temps avec ma petite famille et 3) d'avoir l'occasion de profiter d'autres aspects de la course à pied.

Donc voilà, je reviens sur Marathon. Certes j'ai couru un certain nombre de fois les fameux 42,195 km depuis mon premier, en 1994, mais à chaque fois c'était soit déguisé, soit dans le cadre d'un Ironman. Bref, ça faisait une paye (depuis 1994 en fait...) que je ne m'étais pas mesuré officiellement sur la distance mythique. C'est parfois aussi une forme de lâcheté - je parle pour moi - de se réfugier dans les trails et autres courses inclassables, car au moins on n'a pas ce couperet sans pitié, ce verdict qui vous fait tant plaisir ou qui vous vexe irrémédiablement parce que non, décidément, vous n'avez pas le niveau que vous pensez avoir.

Or donc je me mets la pression, je vise 3h. Et paf.

Et puis régler ses comptes sur Marathon avant d'aller affronter le Spartathlon, ça a un petit côté symbolique qui ne me déplaît pas.

Le régime

Une composante forte de ma préparation, c'est que j'ai fait un régime. Un putain de régime alimentaire. Maxi-efficace. Tel Sarkozy, "j'ai changé". Mais la ressemblance avec ce personnage s'arrête ici. J'ai perdu 10 kg en 10 mois. Je suis passé de 84 kg en janvier 2007 à 74 kg en octobre. Et encore je suis tombé à 71 kg mais c'est une autre affaire. La technique est simple : manger comme quelqu'un qui ne courerait pas - ce qui s'appelle, manger normalement - et courir. La différence est prise sur le gras. Vraisemblablement aussi un peu sur les muscles, mais quand on court 70 km par semaine, on n'en perd pas tant que ça. Et au final, je vous le garantis, j'ai gagné un bon km/h sur tous mes parcours de référence. Le seul défaut, c'est qu'on a presque tout le temps faim, et c'est fatiguant.

Je continue néanmoins à faire de la fanfare et refuse rarement une bonne vielle fiesta bien arrosée, comme il se doit, on est bitard (L.S.T.) où on ne l'est pas.

J-23

Dans la journée, je m'appuie 30 bornes le matin, 29 le soir, je note dans mon carnet pour le matin "Top banane, du beurre" et pour le soir "Petit coup de mou sur les derniers 9km (ça commence à faire long...) mais sinon bonnes sensations". Le tout à une vitesse d'environ 11km/h, mais avec sac-à-dos, et le parcours est valloné. J'ai du fond. La semaine suivante je remettrai le couvert, avec quelques séquelles mais ça passe.

J-9

Je boucle un parcours que j'estime à 14 km en 55'26". Je note dans mon carnet "Bien rapide, j'explose mon précédent record sur ce parcours d'environ 4 minutes, top patate". Côté vitesse donc, je suis, j'estime, paré. En tous cas j'ai sacrément progressé depuis 6 mois. 4 minutes sur 1 heure, ce n'est pas rien. J'estime qu'il n'y a plus rien à faire de ce côté là, la semaine prochaine je me repose avant la course.

J-6

Les ennuis commencent. Le soir je suis pris d'un méchant mal au bide. Ca fait glou glou glou et les petites bactéries et autres bestioles répondant au doux nom de "flore intestinale" répondent aux abonnés absent. Je visite les toilettes toutes les heures. Le pèse personne étant dans les chiottes, je constate qu'en une nuit j'ai perdu 2 kg. Le matin je pèse 71 kg. Pas vraiment ce que j'avais prévu. Je visais plutôt une reconstitution des réserves, des bons gueuletons bien sympas. Mais je n'ai pas faim, je suis en vrac.

Je pense simplement avoir pris froid... C'est ballot hein?

J-3

La situation ne s'arrange pas, ça continue, mes boyaux, à l'image des fonctionnaires, sont en grève. Pire, j'ai super mal aux jambes. C'est simple j'ai l'impression que je l'ai déjà couru, ce marathon. Je n'en trouve pas le sommeil. Valérie, mon épouse, m'informe qu'il est courant, quand on n'a eu de la fièvre, d'avoir des courbatures. C'est vraiment trop injuste. Il y a deux semaines je courait 110 bornes sans compter les extras type vélo ou piscine, et maintenant, alors que tout ce que j'ai fait dans la semaine c'est 10 bornes de roller lundi, je suis atomisé avec des douleurs dans les jambes comme si j'avais forcé comme une brute.

Pfff...

J-2

Tant pis. Je fais le pari que je suis guéri. Je bois plein de café - j'avais arrêté, paraît que c'est pas digeste - et je vais courir le midi. 10 bornes, 39 minutes. OK, sur le papier ça colle. Mais faut voir dans quelles conditions. Les deux premiers kilomètres ont été horribles. J'ai super mal aux jambes, elles sont raides comme du bois, j'ai presque l'impression de boîter dès que je veux passer au dessus de 12km/h.

J-1

Je ne fais rien je reste au chaud, je dors avec un bonnet. Parce qu'hier, en courant, j'ai choppé mal à la gorge, j'ai du mal à avaler. En revanche j'ai de l'appétit. Je mange comme quatre, j'ai super faim, j'ai du retard à rattraper...

La course

Le départ

Rien à dire que l'organisation de ce Marathon des Yvelines, c'est efficace. Il fait froid mais le ciel est très dégagé. J'ai juste un short et un t-shirt léger (celui de l'UTMB 2006 ), et des gants cycliste pour m'éponger si je transpire, et aussi coincer mes clés de voiture et limiter le glaçage de mains sur les premiers kilomètres.

20 minutes avant le départ je fais la queue aux toilettes en entament "Conquérant de l'Impossible" de Mike Horn. Pour me chauffer mentalement. Ce type est vraiment incroyable.

5 minutes avant le départ je suis sur la ligne. Pas mieux que vendredi, j'ai encore super mal aux jambes. En sautillant pour me réchauffer je sens chaque fois que je retombe sur le sol une douleur qui part du long du fémur et remonte jusque dans les reins. Franchement désagréable. Enfin bon, la course, c'est aujourd'hui.

Top départ!

Km 1-15, méprise?

Je pars donc et heureusement le (pseudo) miracle de vendredi se reproduit. La douleur aux jambes va en diminuant. Je passe le premier kilo en 4'04". OK, un peu vite mais bon, je le sens bien. Au 5ème, ça va. Au 10ème c'est la débâcle, et ce jusqu'au 13ème. Je constate que j'ai ralenti et je cours à peine à 14km/h. Autant dire que pour 3h00 au marathon, c'est caramel. Merde. Et puis, coup de théâtre. Alors que je m'attends à voir le panneau "14ème". Je vois un panneau "15ème". 14 km en 1h01', c'était cuit. Mais 15 km en 1h01' c'est encore tout bon, ça voudrait dire que depuis le départ j'ai tenu 4'04" au km sans flancher? Je n'y comprends plus rien. J'en tire au moins une conclusion : ce matin, je manque de lucidité. J'ai connu des jours meilleurs. Enfin ce kilomètre offert est un cadeau des Dieux, je suis gonflé à bloc, je maintiens le rythme.

Le semi

Je passe au semi en un peu plus d'1h26'. OK. Pour l'instant c'est encore largement bon. J'ai certes les jambes un peu lourdes mais après tout, je n'ai pas amusé le terrain depuis le départ. Pour un type qui s'est vidé les tripes pendant une semaine et a accumulé les nuits de sommeil hâché par tronçons de 2h, je trouve que je m'en sors pas mal. Je continue!

Km 25-35, black-out

Au kilomètre 25, il se passe un truc. Comme dit précédemment, je "continue". Erreur grave. Pour maintenir le rythme, il ne faut pas "continuer", il faut "relancer". L'adage populaire dit que l'endurance, ça commence au deux tiers. Pour ne pas me l'être suffisamment martelé dans ma petite tête, j'en fais les frais.

Très concrètement, je vois des coureurs qui commencent à remonter de l'arrière et qui me doublent. Je pense d'abord que ce sont des relayeurs, car il y a une course en relai en même temps que le marathon. Mais très vite je vois que parmi eux, il y a beaucoup de dossards blancs, donc ils participent à la même course que moi, seuls. Je sais pour l'avoir lu dans la littérature, et désormais par expérience, que quand on voit beaucoup de coureurs remonter, quand on a l'impression que tous les autres accélèrent, cette impression est fausse. C'est moi qui ralentit.

Arrrrgh! Et pourant, j'ai l'impression d'aller aussi vite. Que faire? J'essaye de faire un point chrono, mais je me mélange les pinceaux. J'oublie les chiffres. Au bout de 5 km, j'arrive à estimer mon allure à 4'30" au km. Sauf qu'une fois ce point relevé, le km suivant est effectué en 4"35". Je n'ai pas faim, pas soif (pas de coca au ravito, que du glucose pas bon!), et je ne sais que faire. Je sais que j'ai vraiment l'impression d'être au taquet. Ce sont surtout mes jambes qui me limitent, je n'arrive pas à "enrouler".

Pour parachever le tableau, au 35ème j'ai l'impression d'émerger d'un demi-sommeil. Que s'est-il passé? Comment ai-je pu perdre autant de temps? Je ne sais pas.

Le final

Restent quelques kilomètres. C'est un peu vallonné. Je l'avais appris en achetant mes pompes au Marathonien et j'ai pu le constater au départ, car le parcours passe au même endroit en sens inverse.

J'agonise dans les descentes, impossible d'allonger la foulée. C'est dommage j'avais justement bossé cet aspect, mais entre ma douleur du départ qui ne s'est pas complètement remise et le fait que bon, aux alentours du 40ème il n'est tout de même pas rare d'avoir les jambes un peu dures, bof bof.

Je vois un coureur marcher. Ironiquement il me dépose car quand il court, il me laisse sur place. Je dois être "tombé" à une allure à peine plus rapide que 12 km/h. On ne peut pas dire que j'ai explosé. Je suis toujours dans la course, je vends chèrement ma peau, mais bon, là je vois bien que 3h c'est foutu, il faudrait que je remonte à 15km/h, voire plus, et j'en suis incapable.

Je constate sur le cardio que j'ai même commencé à rendre des pulsations, je descend vers 150 alors que j'ai fait la plupart du parcours à 160. Mais les jambes ne suivent pas. Quelque part, je limite tout de même la casse et je pense que c'est grâce à mon expérience en ultra que je résiste bien aux sirènes du "c'est foutu allez tant pis je lâche l'affaire". Je poursuis jusqu'au bout. Certes je perds des places, je me fais enrhumer, mais j'en ai vu d'autre. J'ai déjà fait 2 km en 35 minutes sur du bitume, tout plat, je sais ce qu'exploser veut dire, et je n'en suis pas là.

Arrivée donc en 3h03'09". Je manque même le 3h03'03" qui aurait eu du panache. Ce n'est pas si mal. Mais ce n'était pas mon objectif.

Et maintenant?

Nouvel objectif

Clairement, je ne vais pas en rester là. Soit je resigne pour moins de 3h dans les mois qui viennent, soit je repousse l'échéance à plus d'un an, auquel cas j'irai chercher le 2h50' voire le 2h48' (15 km/h). Je ne vais clairement pas te laisser tranquille, Môsieur le Marathon. J'aurais ma revanche, et elle sera terrible!

Plan de bataille

Déjà, c'est important, considérer que cette course est une mine d'enseignements pour... la prochaine. Au moins, je ne serai plus dans le grand flou.

Si j'ai bien appris quelque chose ces dix dernières années, c'est que pour progresser, il faut s'en donner les moyens. Donc si je mets 3h03'09" au marathon et que je veux passer à 2h59'59", par exemple, il faut que je fasse "quelque chose". Si je fais pareil, j'aurais le même résultat.

Donc, à faire:

  • ne pas tomber malade la semaine qui précède la course. J'aurais vraisemblablement du faire un peu plus gaffe, je savais pourtant qu'on est vulnérable à ce genre de période;
  • réduire la part d'entraînement foncier, au profit de séances VMA. OK j'aime courir longtemps mais là faut courir vite. Le fait est que courir à 4'10" au km me coûte actuellement "trop cher". Il faut que je gagne 0,5 km/h sur mes parcours de référence à l'entraînement;
  • me plonger dans la littérature pour voir de quoi retournent les "vrais" plans d'entraînement marathon. Là j'ai bricolé un truc à ma façon. L'avantage est que je me connais bien donc j'évite bien les blessures. Et par ailleurs, je suis un peu obligé de faire ça car je dois sans cesse, au dernier moment, adapter mon entraînement aux contraintes familiales et professionnelles. Mais bon, je vais potasser;
  • planifier des temps de passage pour éviter de se raconter n'importe quoi...
  • acheter une clé USB/MP3 (OGG?) 1er prix pour me motiver à grands coups de rythmes endiablés;
  • prendre l'objectif plus au sérieux, j'ai peut-être sous-estimé l'effort de volonté nécessaire pour maintenier le rythme au 30ème kilo, arriver gonglé à bloc!

Parmi les choses qui étaient par contre bien réussies, je garde:

  • continuer la piste "régime de fou-furieux", éventuellement jusqu'à 69kg. Après, s'arrêter. Je mesure 1m83, faut pas non plus que je donne l'impression de revenir d'un camp allemand;
  • les fringues, l'alimentation, tout ça c'était bon, refaire pareil, ne rien changer.

Evidemment il y a quelques contraintes à gérer:

  • participation au Raid 28 en janvier 2008. Faudrait pas faire le marathon la semaine qui suit...
  • l'objectif ultime reste bien évidemment une petite sauterie de 246km en Grèce, il s'agirait de ne pas l'oublier. Et par ailleurs il faudra que je fasse bientôt un 100 km en moins de 10h30' pour m'y inscrire.

Voilà, yapluka.

PS:

Ah oui, j'oubliais, mais c'est important: le parcours est très chouette, il donne tord à ceux qui pense que la forêt n'appartient qu'aux traileurs, j'ai pris beaucoup de plaisir à cette charmante ballade en forêt de Rambouillet.

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Mis à jour le lundi 22 octobre 2007.