CR Flèche Cyclo Cherbourg

Vendredi 29 avril 2022

Or donc, la backyard d'Hossegor était le dernier "truc en course à pied" avant la RAAM et donc, maintenant, il s'agit de faire du vélo, du vélo, et du vélo.

Je suis désormais en télétravail, ça me laisse du temps libre, en revanche je fais (c'est logique...) moins de vélo pour aller au boulot. Donc il faut vraiment, vraiment, que je roule et fasse des sorties longues.

Et donc je décide d'ouvrir le feu avec une flèche cyclotouriste, en l'occurrence celle de Cherbourg, aller-retour. Au total, sur le papier, environ 2 fois 400 bornes, soit 800 km. Je ne cherche pas à valider la flèche, je me sers juste du fait que les parcours sont sympas et symboliques, et partent de Paris.

Je pars donc d'Argenteuil, un vendredi matin.

Ça pousse
Remplacez le colza par du tournesol, et on se croirait en Ukraine. Les bombardements en moins.

Assez rapidement, je me retrouve à la campagne, c'est sympa, bucolique, il fait beau, et j'ai je vent presque un peu dans le dos.

Au détour d'une petite bourgade, une voix m'interpelle. Christian ! Christian Mauduit ! Ah oui, c'est bien moi qu'on appelle. Mais qui donc, dans mes connaissances, habite ainsi à plusieurs dizaines de kilomètres à l'ouest de Paris. J'avoue, je ne vois pas... Donc, je m'arrête, et en vérité, il s'agit juste d'un coureur qui participé, donc, à la même backyard que moi il y a quelques semaines. Marrant. Il a fini avec 15 tours, de mémoire. Très honorable. Mais il est tombé das le piège du symbole des 100 km. Sur ces bonnes paroles, je repars.

Bertha
Mon fidèle destrier, ou plutôt ma fidèle destrière (le correcteur orthographique me dit que "destrière" ça n'existe pas).

Mon rythme n'est pas très impressionnant, à peine plus de 20 km/h en moyenne alors que je suis frais comme un gardon.

Mais... il y a une explication ! Je suis parti avec "la grosse Bertha", un VTT que j'ai équipé avec pneus route, sacoches, prolongateurs, cadenas de moto (ABUS Granit 58, pour un parking sécurisé, compter un peu plus de 2kg le joujou). L'idée était de me faire un vélo blindé pour l'aventure, pas un truc en carbone fragile et léger, mais un machin capable d'emmener des gros bagages pour plusieurs jours, sans moufter. Or donc, j'avais un VTT Lapierre de 2008, et j'ai fait les modifs ad hoc. Je l'avais préparé dès le printemps 2020 mais pour des raisons évidentes, je n'ai pas pu barouder avec à cette époque. Donc bref, vélo lourd, mais résolument solide, sans chichis.

Ça n'avance pas mais comme le but c'est de m'entraîner, c'est très bien ainsi.

En milieu d'après-midi, je stoppe dans un petit bar dans un tout aussi petit village, histoire de boire un verre au frais et remplir les bidons. Formidable adresse, le patron de l'établissement n'est pas à proprement parler le patron, ils ont repris l'affaire à 3 associés, après que, COVID oblige, le précédent proprio a jeté l'éponge. Donc, il est passé de client, à gérant. Je veux bien croire qu'à un moment dans son parcours de vie, il a été client et pilier de bistrot. Ceci étant, je ne peux que saluer la démarche, car grâce à lui, grâce à eux, il y a toujours un commerce ouvert dans le village. Merci les gars.

Et puis bon, à force de rouler, la nuit tombe. Mince, ma lampe est réglée trop bas, j'éclaire les 3 mètres de route devant moi, c'est tout. J'essaye de la régler mais je n'ai pas pris de clé de 10 ni de pince. J'ai la clé 6 pans qui va bien, mais pas la clé de 10 pour l'écrou en face. Zut. J'essaye de bouger le truc en forçant, à la main. Et ça y est, ça a bougé ! Ça a bougé car le plastique a complètement cassé, et maintenant la lampe pendouille dans le vide. J'essaye de bricoler un truc. Ça ne marche pas. Je fais un km ou deux dans l'obscurité à ne rien y voir, puis je jette l'éponge. Je ne vais pas risquer ma vie, après-tout personne ne m'attends à Cherbourg, donc je me pose dès que je trouve un coin potable pour dormir, au bord de la route. Il se trouve que l'abri que j'ai trouvé, et qui me protège du vent, sent bon la pisse. Amis du romantisme, passez votre chemin. Et j'attends que le jour se lève.

Dès qu'il fait jour, je repars, et tombe sur un bistrot ouvert de bonne heure. Je discute 10 bonnes minutes avec la patronne. Au moins autant pour me réchauffer que pour discuter. Mais la discussion est très sympa. On parle du dynamisme de la région. Pas simple, la campagne. Je lui demande si par hasard elle aurait des piles AA LR06 à vendre, pour mon GPS. Non, elle n'en vend pas. Mais elle m'en donne deux. Merci madame !

Je traverse ensuite, en cette belle matinée, une région qui semble s'appeler "la suisse Normande". Je pense comprendre pourquoi. La verdure, le dénivelé, les maisons cossues, y'a un truc. Je consulte ma montre et envisage la suite. Il est bientôt midi. J'ai ruiné toute la nuit à cause de mon problème de lampe. Depuis, j'ai acheté une pince, recollé le bout de plastique cassé, et tout remis en place. Mais le mal est fait, j'ai du perdre facile 4 ou 5 heures de roulage. Si je vais à Cherbourg, je vais me mettre un feu d'enfer pour revenir à l'heure chez moi. Dans quel but ? Cette sortie était là pour rouler, faire du km, et vérifier le matériel. La vérification du matériel, c'est fait, c'était pas au top, j'ai réparé, maintenant tout est OK. Pour ce qui est de faire du km, je décide de couper à Isigny, et fais donc demi-tour avant la presqu'île du Cotentin. Dommage, c'était certainement le plus joli.

Il se trouve que mon épouse est en ce moment dans le Perche, en train de passer un WE à la campagne. En faisant demi-tour tout de suite, je peux la rejoindre, et passer la nuit de samedi à dimanche "au chaud". On va faire ça.

J'arrête de suivre ma trace GPS, et décide de laisser Google Maps m'emmener dans mon lit. Bon, c'est pas une idée de génie. Par défaut, il essaye de me faire passer par tout ce qui ressemble à une piste cyclable. Je me retrouve aussi parfois sur des chemins de terre, heureusement pas boueux car il fait beau et sec. D'un autre côté mon VTT passe partout, malgré ses pneus route. Simplement, les sacoches ballottent pas mal, elles sont plutôt fixées "lâche" pour la route. Bon bref.

Le truc désagréable, c'est que ce parcours de dernière minute me fait passer par Caen. D'un certain point de vue j'évite les côtes de la Suisse Normande en revanche je me tape un centre-ville insupportable avec des pistes cyclables modèle "on a mis des pistes cyclables pas pour rendre service aux vélos mais plutôt pour que la route soit réservée aux voitures". Et puis ce passage mythique où carrément, Google Maps me fait prendre un escalier. Pas compris.

Le parcours, ensuite, redevient "normal". Avec une section de nuit en arrivant sur le sud de la Normandie, assez sympathique. Je garde un bon souvenir de La Loupe, que j'ai déjà traversé de nuit lors de brevets cyclos, mais peut-être jamais vu de jour. Et le final, avec un passage tout près de la source de l'Eure. J'arrive enfin à destination, et gare mon vélo sur le coup 3 ou 4 heures du matin, avant de rejoindre un bon lit confortable et chaud. Je ne mets pas de réveil pour le lendemain, je me lèverai quand je ne serai plus fatigué, voilà tout.

Repas champêtre
Repos avant la dernière étape.

Le lendemain, grasse matinée, bon déjeûner en famille, et puis un retour sur Argenteuil. Départ en début d'après-midi, j'ai un peu plus de 130 bornes à faire. Évidemment, le vent a viré est-nord-est donc, très logiquement, je l'ai "plein face" pendant tout le trajet.

M'enfin, il fait beau.

Et alors que la nuit commence à tomber doucement, je croise un cycliste, qui va en sens inverse, chargé comme une mule. Je m'arrête. Il s'arrête. On cause. Il a prévu d'aller dans le sud, il est vraiment en itinérance totale, il roule moins longtemps que moi chaque jour, mais il va s'offrir des semaines de ballade. Trop bien.

Il s'appelle Marco, son vélo a une valeur marchande d'environ 50 euros, tu mets des pneus neufs il prend 50%. Mais... détail important pour tous ceux qui se posent des questions sur "mais quel matériel pour faire du bikepacking ?" le vélo de Marco a un truc très particulier : il roule ! À l'inverse de tous ces vélos super équipés qui croupissent dans des garages ou des appartements parisiens.

Marco me recommande le bistrot du patelin juste après. Il y a passé un excellent moment, les gars sont sympa, et il y a une ristourne sur la 3ème bière. Oui bon, très bien je le note, mais là je vais juste rentrer chez moi, demain je bosse, s'agirait de pas trop déconner.

Bilan
3 jours productifs.

Et puis finalemnent, j'arrive en région parisienne, l'arrivée sur Poissy sonne la fin du séjour à la campagne. Une voiture avec 4 types hilares me double, et un des gars me crie "vas te faire enculer !" et le chauffeur appuie sur l'accélérateur, ils prennent le large. C'est bon, je suis vraiment de retour, ça c'est mon chez moi, je reconnais ma banlieue, le courage et la politesse légendaire de ses habitants.

Ça m'a pas trop manqué, j'étais bien en Normandie.

Vivement que je remette ça .

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Mis à jour le dimanche 17 juillet 2022.