CR Big Dog Backyard

Samedi 21 - Dimanche 22 octobre 2023

Bon alors, résumé des épisodes précédents. En 2020, je m'étais qualifié pour la finale des backyards, et donc je devais aller aux États-Unis en 2021. Problème, COVID-19, fin du monde, panique, ça n'a pas pu se faire. En 2022, je me suis à nouveau qualifié pour la même finale.

Donc, en 2023, j'y vais. Ça se passe dans le Tennessee. Le principe est toujours le même, 6,7km à faire, chaque heure, départ à l'heure pile, le dernier homme (ou la dernière femme, ça arrive souvent) à finir un tour a gagné.

Problème, en 2023, j'ai fait 40 000 autres trucs que de la course à pied, je me suis pris une pilée à la Transpy bref, les indicateurs ne sont pas au beau fixe. Mais qu'importe, je ne peux pas rater une occasion de faire ça. Ça n'arrive pas tous les ans. Deux fois qualifiés, je dois au moins montrer ma gueule une fois là-bas. Tout de même, un peu de respect.

The Incline
Le train à crémaillère de Chattanooga.

Sur place, j'arrive en mode super-méga-l'arrache. Le jeudi soir, j'étais à un concert de Shaka Ponk, le vendredi matin je prends l'avion, le vendredi midi j'arrive aux USA, l'après-midi je roule jusqu'à un motel pas trop loin de la course, on dort, et le lendemain on fait le reste de la route pour arriver sur place.

Valérie est venue avec moi, elle fera mon assistance.

Je suis littéralement le dernier à récupérer mon dossard, environ une heure avant le départ. Sur place, ambiance calme, les tentes sont judicieusement agencées, la mienne est plutôt proche du bord, je suis avec un asiatique, parlent pas très bien anglais, de toutes façons on va pas beaucoup parler.

The Yellow Gate
La fameuse "Yellow Gate". Le départ de la Barkley.

Les autres français, c'est Claire, Christophe que je ne connais pas encore, Philippe et Fabrice. Tous ont des records désormais supérieurs au mien, ils sont dans les 60 ou mieux, moi avec mes 51 tours, je suis le petit dernier. Mais bon, je ne me démonte pas, on verra bien.

Premier tour. Évidemment, je n'ai pas reconnu le parcours, je viens d'arriver il y a une heure, donc hein, faut être raisonnable. Honnêtement, ç'aurait pu être pire. Ça monte, mais jamais trop raide. Et c'est pas vraiment technique. Mais c'est blindé de petites racines et autres cailloux, et surtout, dès que le soleil est rasant, ou intense, c'est difficile de distinguer le relief, faut vraiment se concentrer.

Passerelle
Passerelle en verre à Gatlinburg. Attraction locale.

Dès les premiers tours donc, je remarque que je mets, à niveau de fatigue équivalent, environ 5 minutes de plus que "normalement".

La journée se passe. Ça va bien. Je fais tout de même quelques magnifiques galipettes sur le parcours. De vraies vilaines chutes liées aux petits pièges du parcours. Je n'ai pas, je n'ai plus, l'habitude du trail, j'ai pris le mauvais pli, je rase le sol avec mes pieds, et attrape tout ce qui dépasse.

Enfin vient la première nuit. J'avais pas mal discuté avec Christophe le premier jour, mais là on passe vraiment beaucoup de temps ensemble. Je crois qu'on a tourné toute la nuit ensemble. Car oui, le truc, dans cette backyard, c'est que le parcours de jour, c'est trail "chemin dans les bois" et la nuit c'est route "aller retour sur le bitume, plat". Donc très facile de discuter la nuit.

Autant dire que moi, je préfère nettement la nuit. Et je ne suis pas le seul.

Arrive donc le jour. Et là, sans surprise, c'est compliqué. Compliqué car sur backyard, je tourne souvant à 50, 52 minutes le tour. Mais là, avec le relief et le léger dénivelé, ça passe à 55, 57 minutes. Donc, aucune marge. Et ce qui doit arriver arrive. À un moment, je dois forcer pour boucler un tour en 58 minutes. Je suis au bout de ma vie. Je repars pour un tour, et là re-belote.

En gros au début ça va à peu près, mais au bout de 10 ou 15 minutes wooof j'explose et je dois ralentir, et du coup même en trotti-marchant du plus vite que je peux, je termine en 57 ou 58 ou 59 minutes. Et moins on a de répit, plus on est cramé pour le tour suivant, donc moins on a de chances de le finir comme il faut. L'enfer.

Ça dure deux ou trois tours, et à la fin, caramba, je suis tellement en retard que lorsque j'arrive dans la zone de départ il me reste quelques dizaines de secondes. Je re-signe pour un tour, tous les autres coureurs et coureuses m'encouragent. Le parcours est fait de telle façon qu'on repasse au stand 5 minutes après le départ. Je crie à Valérie qu'il va me falloir du sucre pour le tour d'après, peut-être que je fais simplement une hypo-glycémie.

Couleurs d'automne
Couleurs de saison dans les Smokies. Superbe. En photo ça rend pas. Sur place, c'était incroyable.

Mais rien n'y fait. Je fais 10 minutes en courant avec les autres, puis dans la descente, je décroche. Impossible de me concentrer suffisamment sur le parcours sans tomber, impossible de relancer. Bordel. Sur du plat, je me serais juste fait violence, un bon coup de pied au cul et hop tu pars en mode zombie, en débranchant le cerveau. Mais là c'est pas possible.

Je m'apprête à finir mon tour en 70 minutes ou un truc du genre. Mais comme sur cette portion le chemin est le même à l'aller ou au retour, on croise ceux qui partent et ont fini leur tour dans les temps. Donc je mets encore plus de temps car je dois les laisser passer. Ils sont gentils avec moi, très solidaires, me félicitent. Bon c'est déjà ça, au moins j'ai passé 28 tours avec des gens sympas et bien intentionés, dans un lieu qui s'il n'est pas déjà mythique, va le devenir.

La suite donc, je plie mes bagages, tape une petite discussion avec Laz, et avec Valérie on rentre tranquillement en voiture vers Atlanta, en faisant un peu de tourisme au passage. Frozen Head State Park, les Smoky Moutains, c'est assez joli en cette saison, dans le secteur. Et c'est pour ça que les photos de ce CR n'ont rien à voir avec le sujet. C'est juste des photos de notre road-trip, après la course.

Lorsque je pars, Fabrice (qui était blessé) et Philippe ont déjà arrêté, mais Christophe et Claire sont encore en course, ils vont tout exploser, records de France, super distances, la classe.

J'aurais envie de vous dire "I'll be back" mais encore va-t-il falloir se faire sélectionner. Et c'est pas simple, car le niveau monte. Mais on verra.

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Mis à jour le jeudi 29 février 2024.