CR Transpyrénéa

Août 2023

La Transpy, on l'aime, ou on l'aime pas. Moi, je l'aime. Car j'y étais en 2016 et ça été une sacré expérience. 17 jours de galères, de joies, de surprises, de a-gla-gla-y-fait-froid, de chaleurs torrides, de soif, de... bref, l'aventure.

Donc en 2023, comme ça se réorganise, je me suis inscrit.

La préparation a été complexe. J'ai bien tenté un début d'année dynamique avec un marathon , un Raid 28 , un Paris-Mantes et un maxi-cross mais depuis... plus rien. Rien, rien de rien de chez rien. Aucune compétition, des entraînements certes mais rien de transcendant. J'avais prévu d'aller dans les Pyrénées début juillet, j'ai pas pu y aller, je voulais aller à Steenwerck en mai, j'ai pas pu y aller, bref, la loose.

L'ours de Vielha
Vu à Vielha quand je suis allé acheté mes supers bâtons rafistolés.

Donc je me pointe sur la ligne de départ avec, en terme de dénivelé, quasi rien à l'entraînement, et en compétition, peut-être 2500 mètres en tout et pour tout, faits en janvier. Léger, léger. Même pas une seule journée de Transpy.

Bon mais bref, j'ai posé mes congés, je n'en suis pas à mon coup d'essai en mode "je suis préparé comme un guignol mais ça passe quand même", alors vous savez quoi, j'y vais.

On était en vacances en Espagne, dans une maison de famille dans les Pyrénées, dans la vallée de la Ribagorça, pas si loin du parcours, et au moment de vérifier mes affaires... nom de Zeus, j'ai oublié mes bâtons à Argenteuil ! Quel con, mais quel con, des super bâtons de compétition, jaunes fluos, super pratiques, achetés à Barèges lors de la Transpy 2016.

Que faire ? Je n'aime pas les téléscopiques, trop fragile. Donc on va à Vielha, la plus grosse ville "de montagne" proche, c'est une station de ski l'hiver, y'a des magasins de sport partout. J'achète des bâtons de rando classique, un seul brin, pas télescopiques, je coupe les dragonnes, j'enroule de la guidoline de vélo dessus, et hop, des bâtons comme j'aime. Appelez-moi Mc Gyver.

Le parcours
La zone rouge. Pardon, la zone verte. Oui, l'Ariège, c'est vert. Bien que le fer teinte tout en rouge. Mais bon, c'est vert. Mais juste.

Ce problème résolu, Valérie me dépose au Perthus, j'ai pris une petite chambre, c'est très bien, je vais faire mes courses, récupère mon dossard, passe au contrôle des sacs, discute un peu avec un autre concurrent qui élève des vaches dans le Jura. C'est génial ces courses, on croise des gens qu'on ne croiserait jamais sinon. Car moi, informaticien entre Paris et New-York, y'avait peu de chances, sinon, que je lui parle. Et on s'entend très bien.

Mardi 1er août, départ

Sur ces entrefaits, le lendemain, on part.

Il fait chaud. J'ai décidé de prendre la tente avec moi sur le premier tronçon. Il y a 7 ans ça avait été un bon calcul. J'avais pu bien dormir la première nuit, alors que ceux qui avaient essayé de dormir dans un refuge n'avaient pas fermé l'oeil à cause du bruit.

Le départ
Le départ, sous un soleil pétant, comme il se doit.

Mais c'est lourd. Et là, en plus, j'ai pris des kilos-covid en 2020, toujours pas perdus depuis, et certainement pas perdu avec mon entraînement de comique de 2023. Donc, j'avance pas vite. Mais, j'avance.

Au CP1, je demande à ce qu'on me prenne une scie. Mc Gyver reprends du service. Encore mes bâtons. Je scie la partie, en bas, autour de la pointe, le cercle en plastique qui se coince dans les pierres à chaque fois. Y'a pas de neige ici, ce gadget ne sert à rien.

Et c'est reparti.

J'ai fait connaissance avec Loïc, que je reverrai tout au long du parcours, et avec qui je discute beaucoup. Il a passé beaucoup de temps à la Réunion, il y habite, même. De mon côté je lui raconte des histoires de Barkley. Il est curieux et sympa.

On avance tranquillement, et on arrive à Arles sur Tech dans la nuit. Loïc décide de dormir. Mais moi, je vois bien qu'on va pas si vite, et je sais qu'en 2016, j'ai fini ras-du-cul juste en dessous de la barrière horaire. Donc, pas de marge. Et en plus, cette année, pas question de "finir en solo, tranquille". Je reprends le boulot le lundi 21 août, et même, je suis d'astreinte à partir du dimanche 20 après-midi. Donc bref, faut que je me magne.

Je me ravitaille au CP2, et repars.

Le plan, c'est monter au CP3, Batère, et y dormir. Mais la fatigue me gagne. Je me dis qu'à Batère, va y avoir foule. Ça va être le bordel. Donc je décide de planter la tente un peu avant, dans un petit replat herbeux.

Mercredi 2 août, J+1

Je dors bien. Genre 3h, mais bien. J'ai décidé d'expérimenter un truc: souvent, je dors le minimum possible, à l'arrache, nuits de 2h00, 1h30, à la dure, mais là, à force de lire des CRs de personnes qui disent "je dors 3h ou 4h et là c'est hyper efficace je vais plus vite le jour", je décide de tenter le coup. Mais je perds du temps. Sur une course "normale" mon comportement type, le premier jour, c'est "tu dors pas" ou alors juste "on se pose 45 minutes, on repart". Là, j'innove.

Bon mais bref, une fois reparti et arrivé à Batère, y'a du monde, c'est blindé, la patronne du refuge est fâchée (on fait du bruit...) et donc voilà, j'ai peut-être bien fait de dormir avant. Je repars au petit jour, c'est magnifique.

Au petit matin
C'est beau la montagne le matin. Mais ça se mérite.

Et donc on entre maintenant dans le secteur du Canigou. Et pour ceux qui ne connaissent pas, c'est toujours une sacré surprise. Parceque ce secteur, il "tabasse". C'est blindé de cailloux, des cailloux pas sympa, du pierrier en veux-tu en voilà, et si t'as des chaussures en carton, elles vont pas très loin. Moi j'ai visé chaussures de rando, de toutes façons c'est sans appel, sans elles mes chevilles seraient mortes, c'est pas avec le peu de trail que je fais qu'elles vont se renforcer.

J'essaye de comparer un peu mes temps avec 2016, j'ai un peu de retard, mais pour l'instant, ça va.

J'arrive à Py assez tard, la nuit tombe. On me propose une douche. Je refuse, pas le temps. Il paraît qu'il y a un Patou (le chien local) sur le parcours. Effectivement je dois faire un petit peu gaffe, faut pas perdre le chemin. Car là, on est hors GR10, le vrai GR10, on peut pas le suivre, il est interdit pour nous car "réserve naturelle". C'est un peu con, on fait le GR10, sauf les coins jolis. Bof. Mais bon, c'est ainsi.

Arrive le milieu de la nuit. Finalement ce parcours n'est pas si vilain, un peu aérien, de jour ça doit être sympa. Je suis fatigué. Ma "grande nuit" avant Batère n'a pas été si efficace. Je décide de dormir à la belle étoile, sans monter la tente, ça sert à rien il fait beau, et on est à basse altitude.

Je repars au milieu de la nuit.

Jeudi 3 août, J+2

Après une petite descente, on se retrouve à longer une voie ferrée. Et là, un coup en haut, un coup en bas... On suit une conduite d'eau chaude, ça a l'air d'être un truc de géothermie ou je-ne-sais-quoi. Ça pue.

À un moment, impossible de trouver le chemin, on jardine à 1, 2, 3, 4 concurrents et puis finalement après 20 minutes on trouve. Pas évident.

On récupère ensuite le GR10, là, malencontreusement (sans déc' j'ai pas fait exprès) je coupe légèrement la trace officielle, et puis enfin, CP5, Bolquère.

J'y suis donc dans l'après-midi. La fois dernière, j'y étais plutôt dans la matinée. Bah, c'est comme ça.

Je me sens vidé, rincé. Je sais que derrière, on attaque un gros tronçon pas forcément simple et gentil pour les guiboles, et surtout assez haut, en altitude. Je crois même que c'est le point culminant du parcours. En plus, la météo est plutôt hostile. Donc je me dis "je fais une petite sieste, je fais le plein d'énergie, et je repars habillé pour la nuit".

Ce que je fais.

Et 10 minutes après avoir quitté le CP "merde j'ai oublié mes bâtons". Je fais demi-tour, les récupère, et repars.

Et donc j'attaque le secteur de Fond Romeux, tout ça, à la tombée de la nuit. Et dans la montée vers les Bouillouses, je m'endors, un truc de déglingo. Je me dis que ça sert à rien d'insister. Je plante ma tente dans les bois, dors 3h, repars. Ça y est, j'ai fait ma nuit.

Et donc je passe aux Bouillouses, le refuge, le lac, la nuit. Refuge auquel, 7 ans plus tôt, j'étais passé à l'heure de l'apéro, je me rappelle j'y avais mangé un bon sandwich.

Mais bref.

Je monte, je monte, et là, la météo devient, comment dirais-je, de moins en moins bonne. Y'a un vent à décorner les boeufs, ça souffle un truc de dingue. Et ça pleut. Je mets ma tenue "grand froid" qui pour le coup est adaptée, donc j'ai pas trop froid. Faudrait pas qu'il fasse 15 degrés de moins, mais pour l'instant ça va.

Problème, mon poncho, au demeurant très chaud, est un poil trop grand. En quoi est-ce gênant ? Je me prends, régulièrement, les pieds dedans. Donc dès que ça monte ou que c'est technique, je me casse la gueule. Insupportable.

Il y a plusieurs cols et autres hourquettes intermédiaires à passer.

Et là, franchement, c'est un petit peu l'enfer, il fait vraiment pas chaud, avec mes lunettes couvertes de pluie, ce vent, le brouillard, on y voit rien, et la trace GPS, au demeurant très précise, n'est pas si facile à suivre.

Je me démerde quand même pour sortir de ce traquenard. Certains concurrents passant après moi ont eu de la neige, paraît-il. Et la course a ensuite été neutralisée dans ce secteur. Par exemple, Loïc n'a pas pu passer. Certains ont fait demi-tour.

Vendredi 4 août, J+3

Et donc dans la matinée, j'arrive au refuge des Bésines. J'hésite à y manger, je suis tellement en retard, et BV1 n'est pas si loin.

Une dame cherche sa chèvre. Pas certain qu'elle la trouve.

Barkley box
Trop mimi, une boîte avec des messages personnalisés pour chaque coureur.

J'arrive à BV1 dans l'après-midi. J'aurais aimé y être avant, c'est sûr, mais j'ai l'impression que j'ai fait "au mieux" jusqu'ici. Après tout je suis encore sur le parcours, dans les temps "officiels" et j'ai rien de cassé, le bonhomme va bien.

Je récupère des vêtements secs, laisse la tente qui m'a fait davantage perdre de temps qu'autre chose, décide de "voyager plus léger", et c'est parti.

En 2016 je m'étais paumé dans cette montée (comme un débutant) mais là ça va, je prends la bonne route. Mais alors... la montée... Je suis cuit. Juste, mort, cuit. Plus de jus, un zombie. Je souffle, je... arf... arf... Ça monte pas. Il y a du vent, il pleut, commence à faire sombre, et cette montée interminable. Un concurrent me rattrape, c'est un ami mais je ne sais même plus qui, mon cerveau est débranché.

Par chance, quand il était encore branché, mon cerveau, j'ai eu la présence d'esprit d'appeler pour réserver un lit au refuge du Rhules, donc il me "suffit" de monter là haut, et je pourrai me refaire la cerise.

Arrivé au refuge, il fait nuit noire depuis bien longtemps. Le pierrier pour le rejoindre m'a paru absolument, totalement interminable. Je suis rincé.

Je rencontre donc Tony, un copain que j'avais connu du côté de Bezons, et qui avait fait la Transpy en 2016. On discute un peu, je mange, je vais me coucher. Je dors comme un bébé. J'ai laissé d'autres Transpys partir avant moi, j'étais tellement cuit que je voulais *VRAIMENT* me reposer. Je repars juste avant le lever du jour, re-discute avec Tony, re-mange, et hop! En route.

Samedi 5 août, J+4

Portrait
Tu me prends en photo ? Je te prends en photo !

Je repars donc, parcours sur une petite crête, c'est très joli.

Et puis ensuite le plateau de Beille. J'y suis vers midi. Et je réalise. La dernière fois j'y étais l'après-midi, avant la tombée de la nuit. Ça veut dire que j'ai déjà perdu... 18h? Merde. Faut pas, faut pas traîner maintenant.

Je fais le plein d'eau sur un parking, une dame qui attendait son conjoint, Transpy lui aussi, me propose de l'eau car je ne trouve pas tout de suite le robinet. Merci à elle. C'est appréciable, cette entraide.

Ça grimpe
Joli sous-bois.

Je descends donc au fond de la vallée puis remonte ce qui, en 2016, avait été un enfer sous l'orage. Là c'est juste un sous-bois comme un autre, pas spécialement difficile.

Sorti du bois, je me retrouve au milieu de troupeaux, sur l'herbe, et croise d'autres concurrents. Ils me déposent. J'avance pas. Impossible de les suivre, im-pos-si-ble.

Arrivé au CP7 Siguer, je ne comprends pas, ça ne ressemble pas du tout à ce que j'imaginais. Je comprendrais plus tard que les CP, entre 2016 et 2023, ont légèrement changé, avant c'était Goulier, maintenant Siguer.

C'est le soir, je suis rincé. Je demande si on peut dormir. Oui, mais c'est un peu plus loin. Plus loin ou pas plus loin, je suis défoncé, je vais dormir. Il n'y a paraît-il plus de places dans le dortoir. On s'apprête avec un camarade à dormir dans la cuisine quand un lit se libère, un asiatique qui vient de partir. Je prends son lit et dors donc, genre 3h ou 4h, je sais plus mais "beaucoup" dans l'espoir de bien récupérer.

Quand je pars, le dortoir est déjà quasi vide. Ça sent la voiture balai.

Dimanche 6 août, J+5

Je passe donc à Goulier, reconnaît l'endroit, et ça enchaîne sur ce petit chemin à flanc de falaise, avec quelques petits passages pas techniques mais où comme on dit "faut pas tomber". Et avec bien sûr cette petite descente mémorable sur la droite, drêt dans le pentu.

En arrivant du côté de Marc, j'avais espoir de pouvoir trouver à manger, la dernière fois j'étais arrivé de nuit, impossible, mais là de jour ?

Marquage
Oui, le GR passe là.

Je joue de malchance, mauvaise pioche, j'aurais du m'arrêter un peu avant, y'avait un bistrot, apparemment, mais là c'est trop loin. Il y a un club de vacances, mais c'est pas là que je vais trouver un sandwich en début d'après-midi. Je trouve quand même le point d'eau. Je remplis mes gourdes, et repars.

S'en suit un long plat, sur des dalles en béton, dont je me rappelle très bien, et la montée vers Bassiès, bien casse-pattes. Encore une fois, je suis cuit. La nuit tombe, j'avance pas. Le plat entre la fin de la montée et Bassiès me paraît absolument interminables, et les temps annoncés totalement fantaisistes.

Arrivé à Bassiès, je mange. Je ne peux pas me permettre de dormir, j'ai trop perdu de temps. Je dormirai à Aulus les bains, CP8. Bassiès, je les aime bien, en 2016 ils m'avaient bien sauvé les miches, on était arrivés avec un copain au milieu de la nuit, on avait pu dormir. Mais c'était la nuit... d'avant. Là j'ai peut-être 18h00 de retard.

Une fois bien mangé, je repars et là, c'est à nouveau l'enfer. Un peu comme la nuit du côté des Bouillouses, mais en moins froid. Mais avec plus de brouillard. On y voit pas à 10 mètres. Parfois seulement 5. Et le parcours zig-zag dans l'herbe entre les pierres, impossible de voir les marques du GR. Sans GPS j'étais perdu, j'aurais du m'arrêter. J'ai mesuré avec le GPS, à un moment, en une heure, sur du plat, avec quasi aucun dénivelé, j'ai mis... une heure pour environ 1km. 1km/h, sur du plat. Quel bordel.

Je finis par rejoindre la descente zip-zip-zip dans la boue sur un petit chemin étroit au milieu des pâturages. C'est pas difficile mais c'est usant psychologiquement, on est sans cesse en train de faire attention où on met les pieds, ça glisse. Bref, pas drôle.

J'arrive à Aulus-Les-Bains en pleine nuit.

Dans le camping, je trouve pas le stand Transpy. J'en peux plus. Je suis les panneaux, puis les perds. Je jardine, j'appelle tous les numéros possibles et imaginables. J'en peux plus, je veux juste DOR-MIR.

Finalement je finis, avec des indications au téléphone, par trouver.

Je mange, discute avec les (charmants comme toujours) bénévoles, prends une douche, m'installe dans une tente, et dors comme un bébé. J'ai la tourista, mais bon, ça va, pour dormir 4h, c'est bon.

Lundi 7 août, J+6

Au matin, je pars au petit jour. Ou presque. Enfin je pars. Ça fait bien 20 minutes que je marche sur la route quand... Bordel. Mes bâtons. Oubliés au camping. Demi-tour. Je récupère les bâtons. Je repars. Quelle merde.

Je croise deux randonneurs qui cherchent le GR10, en sens inverse. Je leur explique la route.

En chemin, je me fais doubler par un italien, charmant. Il est du val d'Aoste. J'ai oublié son prénom. Il me dépose dans la montée sur la cascade d'Ars. Il me dé-po-se. Je suis incapable de le suivre. Je monte à mon petit rythme.

Je suis passé au même genre d'heure qu'en 2016, un peu plus tard, un peu plus tôt, peu importe, ce qu'il faut retenir c'est que j'ai 24h dans la vue. En 6 jours j'ai fait autant de distance qu'en 5 jours en 2016. Aïe, c'est pas bon. OK, je fais des conneries, j'oublie mes bâtons, j'ai pas de chance avec la météo, mais c'était plus ou moins pareil, en 2016. Bon bref, j'avance.

À table !
Là, les sardines, je crois que vous allez pas passer l'hiver.

Je passe la cascade, et m'arrête manger au soleil. Des sardines, mmm, c'est bon les sardines. Un des meilleurs moment de cette Transpy 2023, ces sardines.

Je me rappelle que cette section est assez compliquée à passer "rapidement". Sur le road-book ça a l'air plat, mais en vrai ça relance tout le temps.

Et puis enfin j'arrive en haut de la descente finale, je sais qu'on descend le long des pistes de ski, et que c'est bien raide.

Juste avant cette descente, je passe au milieu d'un troupeau de vache. La flemme de faire le tour, j'ai pas que ça à faire. Elles me regardent avec leur grands yeux. L'une d'elle tape le sol de ses pattes avant, façon taureau qui va charger. Je ne m'attarde pas, je file.

Et donc la descente, et le CP9, St Lizier, qui n'est pas exactement au même endroit que la dernière fois, mais c'est pas grave, on y est bien aussi.

Je discute avec des bénévoles de la Protection Civile (entre collègues, on papotte), avec l'organisateur, Cyril, et fais une micro-sieste. Au réveil j'apprends qu'un des concurrents derrière moi... s'est fait charger par une vache ! Il a carrément été blessé. Et même, il a perdu sa casquette, casquette sur laquelle il y avait le stylo qu'il utilise pour réguler son taux de glucose (diabète...) et bon bref, il n'a vraiment pas de chance.

Y'a pire que moi. Je repars donc, achète une glace à l'épicerie du camping, et en avant Guingamp !

Assez rapidement, la nuit tombe. J'ai prévu de dormir, peut-être, à Couflens, comme en 2016, d'ailleurs. Je suis à peu près sur les mêmes horaires - avec rappelons-le 24h dans la vue - donc les endroits sympa pour dormir sont plus ou moins les mêmes.

Arrivé à Couflans, y'a pas photo, il faut que je dorme. Je suis rin-cé, à bout, je dors sur mes pieds. Je me pose exactement dans le même lavoir que la dernière fois. Mais cette fois-ci, je suis tout seul.

Entre le fait que je suis en retard, et qu'il y a beaucoup moins de participants...

Mardi 8 août, J+7

Je repars au lever du jour, et attaque ce que j'appellerais le "coeur Ariège". Là, on est dedans. C'est vert, c'est désert, y'a rien. Quand tu croises un humain, t'es content, ils sont pas nombreux.

Montée sur le secteur du Valier. Je croise, justement, au bord d'une route, un gars, dans son camion. Il connaît la Transpy, aimerait bien la faire, il fait du trail et tout ça. Mais bon, le boulot, la disponibilité... Pas facile. On se quitte sur un sourire. Belle rencontre.

Et je continue. Juste avant d'arriver à un col, je croise des touristes qui randonnent. J'ai du mal à les suivre. Ça craint.

Je monte au milieu des vaches. C'est joli, par ici, sauvage, mais magnifique. J'adore ce coin. C'est pas de la haute montagne, c'est pas de la montagne à ski, c'est juste des grands cônes verts, isolées, et des vallées avec un petit torrent au milieu.

Le désert vert
Mon sac posé quelque part pas loin du Mont Valier

Et devinez-quoi ? Je me plante de route. 15 minutes tout droit dans le pentu, dans la mauvaise direction. Demi-tour, 30 minutes de perdues. Encore. En plein jour, à l'endroit le plus simple du monde, y'a pas un obstacle, rien.

Enfin, je descends, et me rappelle qu'à la fin de cette interminable descente, y'a un bout de route, et ça serpente le long du ruisseau.

Curieusement, sur la route, j'y suis bien. J'ai a-do-ré le bitume autour du CP8, je me régale de ce bout de route qui sert, finalement, de transfert. Je me demande si je suis vraiment fait pour faire du trail. Je pense que non. Je suis certain que non.

La montée vers Aunac est assez pénible. Il fait chaud, j'en ai ma claque. Heureusement, la fin est bien à l'ombre.

À Aunac, CP10, je recharge mes batteries, mange copieusement, et Loïc, mon Loïc que j'avais laissé derrière il y a plusieurs jours, arrive alors que je m'apprête à partir. Ou c'est l'inverse ? Bon bref, on se croise. On discute un peu.

Il me dit que je me fais du mal de tout comparer à mes temps de 2016, lui il avance et voilà. Mais disons qu'on n'est pas dans la même situation, lui a été bloqué par la météo (course neutralisée...) il y a quelques jours et donc là il "remonte" à bloc. Il est dans une bonne dynamique. Moi, manifestement, je suis juste en train de dévisser. C'est pas psychologique, ce sont les faits, le chrono est formel.

Dans tous les cas, je repars seul. Un refuge est annoncé sur le parcours. Une fois que j'y suis, je décide de manger une glace. C'est très sympa, tu te sers dans le frigo, tu mets des sous dans la boîte, à la bonne franquette.

C'est déjà le soir, je regarde avec envie les randonneurs et randonneuses qui vont se reposer, bien manger en se racontant leurs aventures du jour. Moi je continue, faut y aller.

Refuge
J'y ai dormi. C'était bien.

Je me rappelle que le passage qui suit est, ouillouillouille, j'en n'ai pas des bons souvenirs. C'est un petit peu haut, et bien fatiguant. Et je titube de fatigue. Tout ce qui a des murs et un toit, j'essaye de voir si je peux m'y abriter. Je sais qu'il y a une cabane.

Enfin, je l'ai trouvée ! Je m'y installe très confortablement. Ça me rappelle un peu mes aventures aux USA . J'ai très bien dormi, encore un coup de 4h. Évidemment, me direz-vous, je suis en retard alors pourquoi je dors ? Je devrais avancer ! En même temps je tombe de sommeil et j'avance plus, donc à quoi bon insister, je vais juste rester en travers au milieu de la montagne, pas forcément malin.

Je pars donc de nuit et passe de nuit le passage entre le col de la Core et la maison du Valier. Pénible. Mais bon, au moins je suis à peu près frais, et tant mieux car j'aurais pas aimé faire un faux pas, ni pu dormir, c'est trop haut.

Mercredi 9 août, J+8

Arrivé à la maison du Valier, je me dis que je vais prendre un petit déjeuner ! Mais je suis arrivé un poil trop tôt. La patronne me dit que c'est impossible pour l'instant, et de toutes façons ceux qui ont dormi au refuge ont la priorité, bref, pas possible.

Diable.

Je fais demi-tour pour aller chercher de l'eau au point d'eau, puis repars.

J'avais (presque) oublié ce passage. Et ces deux montées mémorables. La première, bon, admettons, elle se gère. Mais la seconde, je l'aperçois alors que je descend de la première (faut suivre). Des lacets, bien raides, et surtout, en plein soleil. Vu le timing, je vais m'y retrouver... exactement à midi. Oh punaise.

Je suis en compagnie d'un autre Transpy, on discute, parfois on se perd un peu de vue, c'est compliqué de garder exactement le même rythme.

Canicule
Il fait chaud, bordel.

Et donc, dans la fameuse montée... wow, je cuis. Arrivé au milieu je suis juste à point, grillé comme il faut. Heureusement, en prenant un peu d'altitude, ça va légèrement mieux.

Et descente maintenant sur Eylie. Je m'en rappelle, celle-là, avec les installations minières désaffectées.

Évidemment, devinez-quoi, j'arrive à perdre le chemin, comme hier, en plein soleil, aucun obstacle, juste moi qui ne sait pas me concentrer ni lire une carte ou un GPS.

Myrtilles
Dommage que je n'aie pas le temps de faire une petite cueillette.

Dans ma malchance, je croise tout de même une promeneuse, pardon, une récolteuse, qui cueuille des myrtilles sauvages. Je suis super impressionné, elle a un truc exprès pour les filtrer, trop ingénieux !

N'empêche qu'il fait toujours une chaleur infernale, et je ne suis pas fâché de pouvoir me poser au CP11, Eylie. J'y suis bien tard dans l'après-midi. Maintenant ce n'est plus 24h de retard que j'ai sur mes temps de 2016, mais 24h "plus quelque chose".

Mine abandonnée
Toujours aussi poétique, les sites industriels désaffectés.

Bon, ça sert à rien de s'apitoyer, je mange, bois, bois, bois, et repars.

Le début de la montée est un peu athlétique, après ça se perd dans les alpages, et puis enfin, alors que la nuit va presque tomber, je bascule et vois le refuge d'Araing.

J'y mange, au refuge d'Araing, je me dis qu'il me faut des forces pour la nuit. Mais il ne servent plus à manger, il est trop tard. M'en fous, je commande des Nuts, bois 2 ou 3 cocas, et c'est reparti.

Mais dans la montée, doudiou, je cale. Je connais un peu le parcours et sais qu'après, dans l'autre vallée, c'est plus ou moins marécageux, moustiques et compagnie.

Donc, avant de me retrouver "trop haut", je dors à la belle étoile, sur le bord de la route. Je m'installe plus ou moins à l'abri du vent dominant, car... ça souffle ! Mon sommeil est agité, il me semble qu'un animal vient s'intéresser à moi (un chien ?) puis plus tard un randonneur (certainement un Transpy) passe pas loin, juste avant que mon réveil sonne.

Je pars au milieu de la nuit.

Je franchis le col, qui n'était pas loin, et entame la descente. Elle me paraît interminable mais... enfin ! Je touche le bitume. J'aime bien ça, la route, ça avance, c'est facile, la montagne au loin est toute aussi jolie, et de toutes façons, là, il fait nuit, alors...

Et c'est au petit jour que j'arrive au CP12, Fos

Mercredi 10 août, J+9

Au CP12, c'est petit, mais c'est pas grave car je suis tout seul quand j'y arrive. Je mange bien. Il me reste une bonne bordée avant d'arrivée à la BV2 de Luchon. En gros une grosse montée, du tricotage en moyenne altitude, et puis redescente sur Luchon. Et surtout, pas de point d'eau, faut tout porter. Et il va faire chaud. Je demande aux bénévoles combien de temps les autres ont mis. 7h pour les premiers, il me disent "toi, tu devrais mettre 11h ou 12h, un truc comme ça". Ah ouais.

Bon, on va pas se mentir, ça risque d'être tendu. Je pourrais partir de suite, mais je me dis "ce qui m'attend, ça va pas être du gâteau". Donc j'investi dans une petite grasse matinée d'une heure, histoire d'être bien d'attaque.

Et donc je pars vers 8h00 ou 9h00, je sais plus, mais matinée "bien entamée".

En 2016, j'étais parti en pleine nuit. Donc là j'ai au minimum 30h dans la vue par rapport à mes temps "historiques", à moins d'un miracle je vais arriver à Luchon à la tombée de la nuit.

Et donc le parcours, au début, c'est de la route. Là, ça va. Je trotinne un petit peu. Et puis au bout de 30 minutes, mon rythme se tasse un peu. Bon, pas la peine de s'épuiser avant la bosse, je marche.

Et enfin, j'oblique sur la gauche, rentre dans le chemin. Puis le chemin commence à monter.

Et là, plus rien.

Je fais quoi, 50 mètres, et pouf. Le blocage. Je regarde la côte, j'essaye d'avancer, j'ai plus de jus. Les jambes flagada, le souffle court. Je crois que c'est plié, là.

J'ai deux options, je continue coûte que coûte à monter, à mon rythme ralenti, et au pire je dors en haut. Ou, je rentre la queue entre les jambes à la maison.

Après la course
Après mon abandon, j'ai investi les jours des congés désormais inutiles dans une grande session bricolage. Là, je viens de piller le bricomarché local.

Bon, ça va malheureusement être la seconde option. Aucune chance que je voie l'arrivée de toutes façons. Régulièrement, de façon systématique, depuis le départ, il me manque 10 à 15% de vitesse, pour pouvoir finir dans les temps.

Certes, j'ai certainement fait "le plus dur" car l'Ariège, c'est pas le plus simple sur le GR10. Mais tout de même, c'est pas plat non plus, derrière.

Donc bref, tant pis, c'était bien tenté, mais ça passe pas. Dommage, car j'avais pas de problèmes de pieds, pas de problèmes d'estomac, pas de problèmes de frottement, rien de très grave. Juste, pas de jus.

Je téléphone à mon épouse, à l'organisateur, et je suis rapatrié sur Luchon, BV2, rapidement. Lorsque je fais demi-tour pour rejoindre la route, chaque pas me confirme que j'ai pris la bonne décision. Je suis juste tout ramollo, dégonflé. Pfffrrblblbl...

Le soir même, je suis rentré chez moi, en train.

Leçon à retenir : on ne prépare pas la Transpy avec 3000 mètres de dénivelé. Voilà, grâce à moi, vous le savez, suivez-moi pour plus de conseils.

Maintenant, je vais me reposer un peu.

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Mis à jour le jeudi 29 février 2024.