Liste de chansons autoréférentes en français

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C'est difficile de trouver des illustrations à mon thème... Bref, on est plutôt dans le sujet, sans plus.

J'ai lu hier une information très intéressante, de celles qui me titillent. Surtout, ne me demandez pas dans quelles conditions j'ai eu accès à cette info. Imprégnez-vous, simplement. Il existe un site recensant de nombreuses chansons autoréférentes anglophones. Hahaha ! Déjà, c'est sympa ! Mais attention, il y a mieux. D'après mes infos et après une brève recherche je crois qu'il n'existe pas encore l'équivalent en français ! Oui j'ai conscience, en écrivant ceci dans une page nommée "Liste de chansons autoréférentes en français" de nager en plein paradoxe. Mais que voulez-vous, on ne change jamais complètement, après 5 ans de cours de natation et 3 ans de pratique de water-polo. Je continue à aimer le crawl. Et surtout les paradoxes.

Mais sortons du paradoxe, entrons dans l'autoréférence. Une chanson autoréférente est une chanson qui se réfère à elle-même, comme un mot autoréférent se réfère à lui-même. "Mot" est autoréférent, car c'est un mot. L'autoréférence est une manière agréable et astucieuse d'entrer dans le paradoxe. Par exemple, là, je suis en train de mentir. Non, ce n'est pas vrai, car je ne dis jamais la vérité. Mais revenons à nos moutons et nos chansons. La plupart des chansons autoréférentes ne sont pas paradoxales. Certaines chansons sont entièrement autoréférentes, d'autres ne contiennent qu'une phrase autoréférente. Et de toutes façons ma liste n'est issue que de mes connaissances musicales. Il se trouve que le périmètre d'investigation est assez typé. Qu'importe, c'est un début.

Dernière remarque, comme toute catégorisation, la catégorie des chansons autoréférentes est floue. La chanson se réfère-t-elle vraiment à elle-même ? Sur les bord, ça devient toujours compliqué. Alors vous ne serez peut-être pas toujours d'accord avec moi. Mais je suis ouverte à la discussion, dites-moi si une chanson vous semble de trop dans cette liste. Mais surtout, indiquez-moi celles qui manquent, mes connaissances sont limitées.

Visiblement, si j'en crois un chercheur en sciences sociales dont j'ai oublié tout sauf cette info, il y a eu une mode des chansons autoréférentes à l'époque des bals musettes. Nous pouvons citer par exemple La java bleue chantée par Fréhel :
C'est la java bleue
La java la plus belle
Celle qui ensorcelle...

Nous devons aussi à Fréhel la Valse à tout le monde, qui fonctionne sur le même principe :
C'est la valse à tout le monde
C'est la valse d'amour
Que l'on chante toujours à la ronde
Jusqu'au fin fond de nos vieux faubourgs

Et Georgius a écrit une java qui est en effet bien bath. Enfin, moi j'aime beaucoup les rimes approximatives. Oui, pour moi, c'est La plus bath des javas :
Je vais vous raconter
Une histoire arrivée
A Nana et Julot Gueule d'Acier.
Pour vous raconter ça,
Il fallait une java.
J'en ai fait une chouette, écoutez-là.
Mais je vous préviens surtout :
Je suis pas poète du tout.
Mes couplets ne riment pas bien
Mais je m'en fous.

Quand Julot et Nana
Sur un air de java (ndla : oui ça se chante sur un air de java)
S'connurent au bal musette
Sur un air de javette (ndla : en effet les couplets ni riment pas bien mais je m'en fous)
Elle lui dit "J'ai béguin"
Sur un air de javin
Il répondit "Tant mieux"
Sur un air déjà vieux

Ah ! Ah ! Ah ! Ah !
Écoutez ça c'est chouette !
Ah ! Ah ! Ah ! Ah !
C'est la plus bath' des javas.

Prenons maintenant des gars qui apprécient cette période musicale. Il y a les Frères Jacques par exemple. Ils ont chanté ce chef d'oeuvre de la chanson soporifique (eh, j'adore cette chanson, ce n'est pas une critique) : Chanson sans calcium. C'est aussi l'occasion de montrer qu'on peut être autoréférent et faux en même. Pointez-vous à la pharmacie pour vérifier.
C'est une chanson sans espoir qui raconte l'histoire d'une pauvre infirmière
Amoureuse à en crever d'un docteur diminué aux curieuses manières
C'est une chanson sans issue, qu'ira pas dans la rue car elle est désastreuse
C'est une chanson imbécile écrite par un bacille pour une intraveineuse

33,33,33,33,33,33

Le seul avantage qu'elle a cette chanson raplapla, il est sur la pochette
Vous ne risquez aucun risque, achetez donc ce disque découpez la vignette
Découpez-la soigneusement, postez-la sur le champ, faites-vous porter pâle
Et vous serez croyez-moi, tous remboursés par la Sécurité Sociale

Calcium
Complément alimentaire nécessaire après la suite de la lecture.

Renaud aussi s'est inspiré des chansons réalistes (il en a également chantées.) Y a eu le Tango de Massy-Palaiseau :
Y a eu le tango des fauvettes
Y a eu le tango de Manon
L' tango des bouchers d'la Villette
Et le tango des papillons.
Mais moi et mes copains d'bistrot
Celui qu'on aime par-dessus tout
Celui qui nous rend vraiment fous
C'est le plus grand, c'est le plus beau
C'est la tango de Massy-Palaiseau

Mais aussi la Java sans joie :
Ecoutez-la, ma java sans joie,
c'est la java d'un p'tit gars,
écoutez-la, ma java sans joie,
la java d'un p'tit gars qu'était sans foi ni loi.

Et puis finalement, même quand il ne s'inspire pas directement des chansons entre deux guerres, Renaud continue à apprécier l'autoréférence, dans Ma chanson leur a pas plu :
Alors je m' suis dit "Basta !"
J'fais plus qu'des chansons pour moi
J'm'en suis écrit une aussi sec
Qui raconte l'histoire d'un mec
Amoureux de sa mobylette
Mais leur amour est impossible
Elle aime une clé à molette
Qui est d'une jalousie terrible, horrible
A la fin le mec y meurt
En mangeant une canette de bière
La mobylette se suicide
En s'faisant couler une bielle
La clé à molette finit en taule
Elle qui s'croyait en acier
Et c'est sur cette fin pas drôle
Que s' termine ma chanson pas gaie
Pis si elle vous a pas plu
Vous savez où j'me la mets

D'ailleurs, comme me l'a signalé un copain, Renaud rempile dans l'autoréférence dans Laisse béton :
Quand à la fin d'une chanson
Tu t'retrouve à poil sans tes bottes
Faut avoir d'l'imagination
Pour trouver une chute rigolote.

Et maintenant, mais pas jusqu'à la fin, je vais lister par ordre alphabétique d'interprète. Ca me permet de commencer par Anne Sylvestre, et c'est tant mieux. Ecrire pour ne pas mourir :
Qu'on m'écoute en passant, d'une oreille distraite
Ou qu'on ait l'impression de trop me ressembler
Je voudrais que ces mots qui me sont une fête
On ne se dépêche pas d'aller les oublier

Mais aussi Il me manquait une chanson :
Il me manquait une chanson
Je sais, je vous l'ai déjà faite
Et pardon si je me répète
Quatre fois si mon compte est bon (...)

- Enfin m'est venue une idée
Je vous donne tout, pêle-mêle
Les mots, le cœur, la ritournelle
Et c'est vous qui vous la ferez
Elle sera comme vous l'aimez
Elle aura tout ce qui lui manque
Et moi, j'aurai trouvé ma planque
Et je pourrai me reposer
Enfin, m'est venue une idée
Et ma chanson était trouvée

Anne Sylvestre a aussi fai cette Chansonnette franco-québécoise :
J'ai fait cette chansonnette
Pour me reposer
Elle est, réflexion faite,
Tout comme ses pieds
Un peu bancale, un peu moche
Un peu de guingois
Un peu bizarre, un peu croche
Comme on dit au Canada

Au tour maintenant d'Alain Souchon (je sais, j'aurais dû le placer avant Anne Sylvestre mais, quoi, la raison du coeur est un peu plus forte que l'ordre alphabétique), avec J'veux du cuir :
Am'nez les jartelles, les bas résilles,
Les sexy dentelles, les talons aiguilles.
(refrain) Mais si j'dis ça, je casse mon image.
Ce s'rait dommage. Ce s'rait dommage.
Mais si j'dis ça, je casse mon image.
Ce s'rait dommage d'être au chômage à mon âge.
J'veux du cuir : pas du peep show, du vécu.
J'veux des gros seins, des gros culs.

Au Bonheur des Dames a une approche joyeuse de l'autoréférence dans Je bé-bégaie gaiment, à écouter sur Bide et Musique, c'est dire que c'est du bon !
Je je je je bébé bégaie
Je je bébé gaigaie gaiement
Gai gai gaiement je bégaie gaiment

Barbara a chanté Une petite cantate :
Une petite cantate
Du bout des doigts
Obsédante et maladroite
Monte vers toi
Une petite cantate
Que nous jouions autrefois
Seule, je la joue, maladroite
Si, mi, la, ré, sol, do, fa

Et Barbara avec Moustaki : La dame en noir :
Pour une longue dame brune
J'ai inventé
Une chanson au clair de la lune
Quelques couplets
Si jamais, elle l'entend, un jour
Elle saura
Que c'est une chanson d'amour
Pour elle et moi

Les Bérus passent juste légèrement par la case autoréférence dans Conte cruel de la jeunesse :
Cette nuit on gueule
On chante les chansons des Bérus

Merci à Christian pour cette suggestion. J'ai honte de ne pas y avoir pensé moi-même. Par Bobby Lapointe, Le tube de toilette :
Pour faire un tube de toilette
En chantant sur cet air bête
Avec des jeux de mots laids
Il faut pondre des couplets
- Permets que je te réponde
C'est sûr, faut que tu les pondes
- Bon, mais que dois-je pondre ?
Que ponds-je ? Que ponds-je ?
Pot podet pot pot
- Le dernier mot qui t'a servi était : "Ponds-je"
- Serviette éponge ! parfait !

Malgré tout, sa chanson la plus autoréférente (à Bobby, pas à Christian), c'est Léna, dont je donne la conclusion :
C'est malheureux je n'ai pas trouvé de thème - M
J'aurais fait un truc avec des rimes en M - M
Tu aurais compris que c'était un stratagème - M
Pour te dire que, te dire que je, te dire que je…

Mais la java reste une sacrée manne de chansons autoréférentes. Au tour de Boris Vian avec sa Java martienne :
C'est la java martienne
La java des amoureux
En fermant mes persiennes
Je revois tes trois grands yeux

Pendant ce temps Charles Trenet chante :
Je chante !
Je chante soir et matin.
Je chante sur mon chemin.

Claude François a écrit une Chanson populaire :
Ça s'en va et ça revient
C'est fait de tout petits riens
Ça se chante et ça se danse
Et ça revient, ça se retient
Comme une chanson populaire

Eddy Mitchell chante le Lèche-botte blues :
J'en rajoute, j'en fais des tonnes
Mais j'espère surtout que je n'oublie personne
Lèche-bottes blues
Je fais le lèche-bottes blues
Lèche-bottes blues

Georges Moustaki a fait Une petite chanson :
Je vais te faire une petite chanson
Pour que tu puisses la chanter a ton tour
Je la ferai simple comme bonjour
Tu pourras la chanter sur tous les tons

Henri Salvador chante Le loup, la biche et le chevalier. Et même si on l'appelle par son vrai titre, ça reste une chanson douce et autoréférente :
Une chanson douce, que me chantait ma maman
En suçant mon pouce, j'écoutais en m'endormant.
Cette chanson douce, je veux la chanter pour toi
Pour toi ma très douce, en te tenant dans mes bras

Leny Escudero ne dit jamais ton nom, mais Tu te reconnaîtras :
Sans jamais dire ton nom
Sans jamais parler de toi
Ecoute cette chanson
Et tu nous reconnaîtras

Michel Sardou, je ne connais pas son répertoire (enfin ce que je suis forcée de connaître ne m'incite pas du tout à connaître le reste) - mais Cette chanson-là est la seule que j'aie trouvée pour ma liste grâce à Google :
Cette chanson-là,
Tu ne l'entendras pas tout de suite
Mais sois certaine qu'elle te rattrapera
Quel que soit l'endroit de ta fuite
Tu la prendras pour toi...
Cette chanson, cette chanson, cette chanson-là…

J'ai l'idée d'avoir oublié (jusqu'à maintenant, car ce paragraphe est un ajout postérieur à la rédaction initiale) cette chanson de Nino Ferrer : Oh hé hein bon !
Qu'est-ce que j'ai fait des paroles
De cette satanée chanson
Je les ai oubliées
Elles doivent être à la maison
Oui je sais, je perds tout, mais ce que j'veux pas
C'est qu'on se moque de moi.

Pierre Perret raconte La louve :
Cette histoire n'est pas pour vous
N'écoutez pas
D'ailleurs c'que je dis ne vous
Concerne pas

Sege Gainsbourg a écrit une chanson autoréférente par écrit, trop fort ! En relisant ta lettre :
En relisant ta lettre, je m’aperçois que l’orthographe et toi ça fait deux.
C’est toi que j’aimme (ne prend qu’un m) par-dessus tout
Ne me dis point (il en manque un) que tu t’en fous
Je t’en supplie (point sur le i), fais-moi confiance
Je suis l’èsclave (sans accent grave) des apparences
c’est ridicule (c majuscule), c’était si bien
Tout ça m’affecte (ça, c’est correct) au plus haut point
Si tu rennonces (comme ça s’prononce) à m’écouter
Avec la vi (comme ça s’écrit), j’en finirai
Pour me gardder (ne prend qu’un d) tant de rancune
T’as pas de cœur, y a pas d’ereur (là, y en a une)
J’en mourirai (n’est pas français), n’comprends-tu pas ?
Ça sera ta faute, ça sera ta faute (là, y en a pas)
Moi j’te signale que gardénale ne prend pas d’e
Mais n’en prends qu’un, cachet, au moins, n’en prends pas deux
Ça t’calmera, et tu verras, tout retombe à l’eau,
L’cafard, les pleurs, les peines de coeur (o, e dans l’o)...
J'ai deux soucis de typographie, alors allez la lire sur un super site.

Et finalement, je ne connais ni l'auteur ni l'interprète de cette chanson que j'aime vraiment pourtant. Mais on entend des trucs à la radio, on n'a pas la référence :
Il y a cent millions d'années
Cette chanson n'existait pas
Depuis les temps ont changé
Cette chanson a disparu

J'ai gardé pour la (presque) fin les chansons qui ne sont autoréférentes que dans leur interprétation. Bon, ici je ne copie que les textes, alors je vais ajouter les commentaires qui permettent de comprendre. Je vous laisse les écouter en vrai. Déjà Elise Caron chuchote sa Chanson chuchotée, dont les premières paroles sont :
Chanson chu... chanson chuchotée
Chanson mu... chanson murmurée

Anne Sylvestre chante sur l'air de la Lettre à Elise sa Lettre ouverte à Elise :
Comment croire qu'Élise écoutait
Sans arrêt, sans arrêt
Ce machin qui vraiment ne me fait
Pas marrer, pas marrer ?
Oui mais Élise
Elle aimait ça
Qu'on lui redise
Blablabla

Et Boris Vian a mis en musique la Valse turque dans Mozart avec nous :
Douce mélodie qui fit cent fois le tour du monde
Et que Mozart a négligé d'agrémenter de quelques cha cha cha
Sur ton rythme gai dansaient les brunes et les blondes
En oubliant le temps bien proche où pianotaient leurs petits doigts

Mais aussi la fameuse chanson de colonies de vacances (il en existe plein d'autres comme cela) où l'on chante :
Un jour en colonie
La si la sol
Un jour en colonie
La si la sol fa mi (je n'ai pas d'oreille, mais je crois bien que c'est autoréférent)

Aldebert
On t'adore, Aldebert !

Comme à la maison, on est tous fans d'Aldebert, je cite quelques autoréférences ponctuelles de ses chansons. Pépette est un chat qui mange n'importe quoi, un drôle de matou, qui mange un peu de tout
Parce qu'il mange :
Des clous, des choux, des poux
Des loups, du mou, des sioux
Des roues, du gnou, des canards
Des rasoirs, des cigares
Des motards, des frigos, des motos
Des mégots, des marmots
Des moutons, du savon, du carton
Du coton, des Bretons, du bison
Du poison, des Teutons, des chatons
Du houblon, Besançon, du saumon
Des violons, des camions
Des crayons, des wagons
Des oignons, ma maison
Des dindons, des croûtons
Et cette chanson

Et toujours Aldebert, Les questions. L'intro et la conclusion sont parlées par un enfant qui demande :
Pourquoi les enfants demandent toujours pourquoi ?
puis
C'est quoi une question ?

Et malgré Cette chanson-là Michel Sardou demeure le grand perdant de la chanson autoréférente, à cause de deux grossières erreurs : Chanteur de jazz (où est le jazz là-dedans ?) et La java de Broadway qui n'est pas une java et ne vient pas de Broadway. Ah bin zut alors.

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Mis à jour le lundi 04 juin 2012.