15/05/2010 - CR brevet 400km Râches

400km, pourquoi ce choix?

Je suis en pleine préparation pour les 6 jours d'Antibes et donc toute occasion de faire un peu de sport est la bienvenue. Course à pied, vélo, natation, roller, peu importe, du moment que ça fait tourner la machine, une sortie est la bienvenue. Or donc ma charmante épouse revenant des 100km de Steenwerck dans le Nord, où elle a accompagné Vivien Ramon je décide d'y aller aussi, dans le Nord, pour un parcours de 400km à vélo qui passe par les Ardennes et la Belgique. 400km, hum, c'est moins que les 540km de Lensahn mais ici c'est un brevet de randonnée cyclotouriste, donc pas d'assistance aux petits oignons, je suis censé me débrouiller tout seul. Il y a une feuille de route, il suffit de suivre les instructions...

Le matos

Question matériel, ce sera l'occasion de faire une petite vérification avant Bordeaux-Paris. J'aime bien toujours me servir d'un événement pour en préparer un autre. Je rebondis d'une "course" à l'autre. Or donc j'ai opté pour un sac-à-dos, mon vieux Karrimor 20 litres, le même qui a fait le Grand Raid en 2004 et qui semble décidément increvable... Normalement en vélo c'est un très mauvais choix de se charger le dos mais à court terme je n'avais pas d'autre solution n'y envie d'investir, et puis à force de courir des kilomètres et des kilomètres avec ce sac, j'y suis habitué. Je l'aime bien ce sac, je crois. Un jour, je casserai ma tirelire pour une belle sacoche Chapak étanche. Un jour. Et puis c'est pas très facile à fixer sur les cadres carbones, ces accessoires. Bon, bref, voilà pour le sac, dedans j'ai mis un pneu de rechange (de couleur rouge, assorti au cadre du vélo, merci Valérie!) 3 chambres à air, des rustines et de la dissolution (parmi mes partenaires pour le déca-Ironman il y a VELOX donc je n'ai tout simplement pas le droit de ne pas avoir de quoi réparer, impensable!), une veste étanche mais légère (capable de tenir un Raid 28 tout de même), 2 litres de soda, quelques barres de céréales, des gants courts, mes papiers, mes clés, un portable, du PQ, deux cartes Michelin qui couvrent l'intégralité du parcours, une boussole, des piles de rechange. Bref, ça pèse un âne mort. Heureusement j'ai les lombaires solides. J'ai tout de même du faire l'impasse sur certains articles, entre autres le dérive-chaîne et la pince. Ces deux outils semblent totalement superflus jusqu'au jour où on en a besoin, en pleine cambrousse. Et pour finir donc, quelques machins accrochés sur le vélo, en particulier mon GPS de poignet, qui n'a ni cartographie ni fonction invraisemblablement moderne, mais qui est le compagnon fidèle de toutes mes sorties autonomes.

Départ!

Parcours 400km Râches
Le parcours, au départ d'Allennes les Marais, qui va chercher la Meuse dans l'Est et revient par la Belgique.

Je suis tout fébrile à la maison, je me réveille en avance à 1h30. J'avais prévu 2h00. Je pars à 2h30. Je roule pas très vite. Je jardine un peu en arrivant. Je n'arrive pas à comprendre les indications GoogleMaps. J'allume le GPS mais il n'a que la trace vélo, pas le détail des routes depuis le péage jusqu'au départ, et puis l'écran est tout petit (pas fait pour la voiture...) et il capte pas bien à travers le pare-brise. J'ouvre donc ma fenêtre et tend le bras dehors. Ma main gauche se frigorifie, je mets le chauffage à fond, je roule à vue et finit par trouver le lieu de départ. Je pense à Valérie qui a du chercher des endroits improbables de nuit lorsqu'elle m'a accompagné sur la Ceinture Verte . Pas facile. Il est donc 4h55, je n'ai plus que 5 minutes avant le départ. Je vois un troupeau de cyclistes, je dirais une grosse vingtaine, prêts à partir. Je vais récupérer mon carton de pointage, reviens à ma voiture, commence à préparer mon vélo, les cyclistes sont déjà partis. Zut.

En plus j'ai une irrésistible envie d'aller aux toilettes, ça commence fort. Je me dis qu'il serait de bon goût de prendre quelques photos, et puis j'aimerais bien vérifier que ma Campsports Nano fonctionne bien. J'attache cette dernière sur le cadre. Et je pars. Il doit être 5h15. Premier virage à gauche, enfin la campagne, je verifie que... et mince alors! La caméra a disparu. Pourtant je l'avais strappée comme il faut? Demi-tour, je cherche. Pratique de chercher une caméra grande comme mon pouce, de couleur noire, en peine nuit, dans la rue. J'arrive à la voiture, rien vu. Je repars sur le parcours. Je croise un retardataire, balbutie quelques paroles incompréhensibles, je suis vert d'avoir perdu mon nouveau jouet tout neuf. De dépit, je m'apprête à refaire demi-tour quand je m'aperçois que la caméra a juste glissé sur le tube du cadre, et pendouille joyeusement près de ma tige de selle. Ouf, la blague m'a coûté un bon quart d'heure, mais c'est sans conséquences.

Maintenant, suite des opérations, j'ai toujours une sacré envie d'aller me soulager. Je profite d'un coin de campagne, et de la nuit, pour faire ça discrètement, tous feux éteins. Dans ma précipitation, je néglige les orties qui me chatouillent les fesses. Très malin d'aller s'irriter le postérieur juste avant une sortie de 400 bornes. Bon, tant pis, le mal est fait, je repars, enfin, je vais pouvoir rouler. Il est 5h30 bien passées, j'ai définitivement raté le rendez-vous avec Bruno91 du forum Super Randonneur, tant pis.

L'aller

Sur les premiers kilos, je prends mes marques. J'ai très peu d'expérience en BRM (juste un 200km à Longjumeau en mars) donc je dois trouver le bon dosage entre l'utilisation de la feuille de route, du GPS, et de la carte. Je pense ne pas trop mal m'en sortir, je file assez vite, j'avance sans trop perdre de temps et je finis tant bien que mal par rattraper un autre participant, qui s'appelle Stéphane. Il aimerait bien, lui aussi, faire Paris-Brest-Paris en 2011. Il est bavard comme moi, c'est un régal. Nous nous faisons également rattraper par l'organisateur du brevet, Bernard Lebacq. Ce dernier nous évite quelques petites erreurs de navigation. L'avantage du GPS c'est que si je me trompe c'est jamais de beaucoup au pire si je m'éloigne de la trace j'y reviens plus tard avec un autre chemin. Stéphane semble plus prudent que moi et réfléchis davantage avant de s'engager dans une direction. C'est ainsi qu'on finit par se quitter. Moi j'ai envie de rouler un petit peu quand même, j'aimerais bien être de retour chez moi le plus vite possible, et bon, notre groupe de trois se dissout et je me retrouve seul au premier PC, à ANOR.

Là, je cherche un endroit pour faire tamponner mon carton, trouve une boucherie, tope-la, c'est parti! Je demande au boucher s'il a du saucisson. Il en a, mais pas du saucisson sec, seulement du saucisson frais, à l'ail. À ce tarif j'aurais peut-être plutôt pris du jambon mais va pour le saucisson à l'ail. Et tant pis pour le sec, après tout, c'est ça de faire du tourisme, ici c'est pas le pays des spécialités Corses, on pouvait s'en douter. Je sors de la ville en suivant vaguement la direction indiquée par le GPS, me souciant peu du numéro des routes.

Je me retrouve assez rapidement sur une grande route et je regarde ma feuille de route et vois "N8". Bon, nationale 8, pourquoi pas. Je file. Et puis à un moment je percute. Triple crétin, "N8" c'est la zone de la carte (colonne "N", ligne "8") la route est bien différente. C'est ainsi que je me retrouve à continuer sur une grande route qui n'est pas la bonne... Bon, dans mon insouciance j'ai eu du pot juste avant de me planter j'en ai profité pour faire le plein de victuailles à une station service. Station où je me suis aperçu que j'étais en Belgique. Stressé qu'on me fauche mon vélo pendant que je fais mes emplettes, j'achète un peu n'importe quoi au hasard, et repars avec du coca et des chips. Le coca, très bien. Les chips, bof. À force de manger des légumes bios à gogo je perds le goût pour ce genre de "malbouffe" et je me force presque à finir le paquet. Heureusement j'arrive à les manger en roulant, je perds moins de temps. Je téléphone à mon épouse alors que je suis dans un magnifique bois près d'un étang, en train de couper au petit bonheur la chance pour récupérer le parcours officiel. C'est magique, je ne comprends pas comment on peut ne pas aimer le vélo dans ces conditions. Je croise des promeneurs, j'ai le sourire, il fait beau, je suis heureux. Point.

La belle ballade

Monthermé
Certainement le plus beau secteur du parcours, enfin, c'est mon avis.

Je roule je roule, j'arrête pas de rouler, et j'arrive enfin au PC2, Les Mazures. Avant d'arriver à ce point j'ai croisé un autre randonneur, nous avons joué à l'élastique (lui prenait tout le temps la bonne route et moi je me plantais de temps en temps, j'ai du le doubler 3 ou 4 fois) qui était souriant mais peu causant, j'ai pas chercher à forcer le lien, si ça passe pas tant pis.

Or donc au lieu-dit "Les Mazures" il y a un bistrot qu'on est *obligé* de s'y arrêter tellement il se dresse au bout de la route. Immanquable. Je m'arrête pour faire tamponner le carton, et m'achète un esquimau au chocolat. Le patron m'informe que je suis le 3ème à passer. Sont passés où les autres? J'ai peut-être du les doubler lorsque j'ai fait un détour? Bizarre. Ou alors ce sont eux qui se sont gourés? Bon, peu importe. Je suis un peu déçu car je roulais bien à l'idée de rattraper du monde devant et de pouvoir discuter un peu. Là s'il y a juste deux pélerins. Avant d'aller les chercher. Et sachant que j'en ai déjà raté 20. Hum hum, je crois que je vais rouler seul.

Sur ces entrefaits, je commence à comprendre pourquoi le parcours vient se perdre ici et pas ailleurs. C'est superbe. Les Ardennes, je connaissais pas plus que ça, mais la descente sur Monthermé était tout simplement géniale. Passage du pont, jolie ville, paysages superbes, j'en ai pris plein les mirettes. Et puis pour faire du vélo c'est un coin qu'il est chouette, y'a de la bosse! Je sais pas combien de temps j'ai mis à faire les 10km à la sortie de Monthermé, mais ça se rapproche plus de l'heure que des trente minutes.

La Belgique

Ensuite, le parcours écume la Belgique. Vraisemblablement j'ai du passer dans certains de ces coins en courant, chez nous les UFOs on appelle ça la Célestie et on trouve ça super chouette. En vélo ça passe plus vite, mais ça reste vallonné. Heureusement que j'ai le GPS car je m'aperçois que la feuille de route n'indique plus les numéros de route. Avec juste le nom des villages traversés, c'est un peu léger comme information, mais comme j'ai la trace GPS, pas de soucis, je file. Je commence à ralentir un petit peu, j'en profite pour faire une pause et manger mon saucisson à l'ail qui est resté dans le sac depuis Anor.

Cockpit
Et alors, qu'est-ce que je vois quand je roule. Bah, je vois mon guidon pardi! Et aussi je regarde un peu devant moi. Soyons sérieux.

Au point de contrôle à Philippeville, je panique car je ne vois pas de commerces en arrivant (c'est idiot de ma part, il y a des boutiques partout, simplement on arrive par un quartier résidentiel) et du coup je me jette sur le premier truc que je rencontre pour faire tamponner mon carton. Et devinez ce que c'est? Le commissariat de police! Stop la classe, je me fais faire un autographe par un sympathique agent, et repart tout content.

Je téléphone à mon épouse et mes filles sur les coups de 19h00. À ce stade je suis à peu près certain de pouvoir faire tous les contrôles sinon de jour, au moins à des heures "ouvrables". Mon rythme baisse un peu à cause du profil en yoyo et puis j'ai perdu un peu de temps avec le vent de travers lors de la remontée vers le nord. Enfin c'est pas très grave, j'ai un peu mal aux fesses, mais dans l'ensemble les indicateurs sont bons.

La nuit

Avant dernier point de contrôle avant que la nuit tombe. La serveuse m'indique qu'un collègue est passé avant. Je ne le verrai décidément jamais celui-là, je l'ai croisé à Hargnies au km 200 mais depuis impossible de le rattraper. Faut dire que je m'arrête régulièrement pour boire, manger, transvaser le contenu de la bouteille du sac-à-dos dans les bidons du vélo, il y a toujours un bon prétexte pour faire une pause. Ça explique pourquoi la moyenne n'est "que" de 20 km/h. En juillet à Lensahn j'aurai un team d'enfer, ça sera pas la même musique. Dans tous les cas, c'est écrit, je ne croiserai plus aucun randonneur à vélo d'ici l'arrivée. Je suis un peu déçu, j'aime bien causer en route.

La nuit tombe. Dernier PC, je fais un détour par le centre-ville pour chercher un bar, un truc ouvert le soir. Je tombe sur une salle où manifestement il y a un concert. Je demande s'ils ont un tampon. Non, mais le président veut bien me faire un autographe. J'hésite. Bon, allez, je le remercie et vais m'offrir un café dans un restaurant un pâté de maisons plus loin. Une grande table avec 40 à 50 convives a été mise, ça rigole bien. Oulala dites-voir je me poserais bien pour manger une entrecôte moi. Au lieu de ça, je grignotte un spéculoos et repars sans tarder.

J'ai une bonne forme, j'enfile les kilomètres comme les perles sur un collier. En plus nous avons rejoins le parcours aller, donc je n'ai qu'à suivre la trace. Je file dans la nuit, à 25 ou 30 km/h (je dois avoir le vent dans le dos, sinon ça colle pas, je suis trop facile) et à un moment je m'aperçois que le GPS, comment dire... il ne bouge plus! Bon sang, il m'indique la même position depuis peut-être une heure. Et moi qui n'ai regardé aucun panneau, filé au hasard "vaguement tout droit" en vérifiant que j'étais bien sur la trace. C'est un bug connu (par moi au moins) du Foretrex 101. Je crois qu'il faut flasher le firmware et que ça résoud le problème, j'ai du le faire sur un autre GPS du même modèle. Enfin bref, je l'ai mauvaise, s'il faut ça fait une heure que je roule n'importe où, et comme je ne connais pas la région, j'ai pu aller me perdre à 20 bornes du parcours. Heureusement, j'avais (intuitivement?) pris les bonnes décisions aux récentes intersections, donc je me retrouve sur la bonne route, je me suis juste trompé... il y a 300 mètres. C'est de la gnognotte. J'enlève et remet les piles dans le gadget électronique farceur pour le contraindre à rebooter, et je repars.

C'est fini

Tampon par-ci, tampon par-là
Voilà, c'est fait, j'ai validé les points de contrôle prévu. Je laisse ça dans la boîte au lettre qui va bien, et l'affaire est dans le sac.

Je retrouve ma voiture un peu avant 2h30 du matin, les yeux un peu explosés à force d'être ouverts (depuis 25 heures environ) et de prendre le vent. Une bonne chose de faite, j'ai appris pas mal de choses pendant cette journée, je pense que la prochaine fois je partirai facile avec 2kg de moins en bagages inutiles, niveau orientation faudrait vraiment que j'investisse dans une machine à plastifier et/ou une belle sacoche de guidon pour avoir la carte sous les yeux avec le parcours surligné en fluo.

Et pour conclure, un grand merci à Bernard Lebacq pour nous avoir concocté cette superbe ballade. Chapeau.

PS: à lire aussi, le CR de Bruno91

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Mis à jour le dimanche 23 mai 2010.