01/04/2018 - CR Flèche Charleville Mézières

Bon, alors, pour ceux qui ont suivi, j'avais prévu de faire 6 flèches différentes , pour un total d'environ (environ, hein) 5000 pitons, le tout dans l'esprit de découvrir un peu la France et ses charmants détours avec Accent Français à l'occasion de ma préparation pour la RAAM. Vous suivez toujours ?

Bon.

Celle-ci, c'est la deuxième, après Dieppe je me propose d'aller à Charleville Mézières qui est un peu plus loin. En partant de chez moi le parcours fait 290 km ce qui, aller-retour, devrait me faire une facture totale à 580 bornes. Ce qui implique que je vais passer une nuit en vadrouille, sur le vélo. On va voir plus tard comment ça se passe.

Montage ad hoc
Allez viendez-y les silex, je vous attends de pied ferme !

Ayant crevé au bout d'à peine 60 bornes lors de mon périple à Dieppe, j'ai décidé de prendre le problème à bras le corps, et de tordre le coup à ce problème de crevaison. En vérité, comme je vais au boulot tous les jours avec un vélo de route - un fixie de bobo-hipster - je suis sensibilisé au problème, et j'ai une solution. Car rouler sur des boulevards en travaux autour de Paris (je pense en particulier au Boulevard Bineau à Neuilly) c'est s'exposer en permanence aux bouts de verre, silex, et autres farces et attrapes qui font faire "pschiiit" au plus résistant des pneus. Donc, ma technique, c'est d'acheter 2 pneus. Un costaud, en section 25mm, du genre de modèle qui sur le papier est marqué comme "increvable". Ça, c'est le minimum. Mais en plus, j'achète un pneu premier prix, en section 20mm (plus petit) et je découpe juste la bande de roulement. Et j'enfile cette bande à l'intérieur du gros pneu, entre le pneu et la chambre. Alors vous allez me dire que ça existe déjà, les bandes anti-crevaison et patati et patata. Oui mais non. Car d'une part ce n'est jamais aussi épais et costaud qu'une bande de roulement complète. Et d'autre part la bande de roulement ne colle jamais aussi bien au fond du pneu que mon montage ad hoc. En effet, le pneu de 20mm rentre juste bien, tout coincé comme il faut, dans celui de 25mm, et une fois en place, le système ne bouge plus. On faisait ça dans les années 90 pour le cyclo-cross à l'EC Morsang. Un peu artisanal, ta roue pèse une demi-tonne, mais au moins, tu crèves plus. Fin du débat.

Morne plaine
Paysage trépidant, on attend de voir la suite.

Donc voilà, je pars tôt le dimanche 1er avril, de nuit. Juste avant le lever du jour. Et à peine après le lever du jour terminé, alors que je suis juste en lointaine banlieue, que vois-je ? Une calandre, enfin, un bout de pare-choc d'un mètre cinquante de long avec des bouts de verre partout autour. Quand la police où les pompiers interviennent, ils nettoyent un peu. Là c'est tout frais, encore un illuminé du samedi soir qui a mal vu la barrière sur le trottoir. Car la barrière en métal, évidemment, est en vrac. Je ne sais pas à quelle heure l'accident est arrivé, mais je suis content d'arriver, et de ne pas être là pendant.

Art paysan
Mais cékoidon ?

Il faut aussi que je vous raconte ce début de parcours. Il traverse la "plaine de France". Franchement les gars, pour trouver le nom, vous vous êtes pas foulés. C'est vrai que c'est une plaine. C'est vrai que c'est en France. Mais bon, "Plaine de France", vous êtes à fond là ? Il faut dire que, pour être tout à fait honnête, quand tu fais du vélo dans le coin, t'as un peu le sentiment d'être puni. Au départ de chez moi, Argenteuil, et en évitant Paris, il y a plusieurs options. On peut rejoindre la forêt de Montmorency et piquer au nord, ou alors taper plein ouest dans le Vexin, ou encore tenter de filer vers la forêt de St Germain et après les Yvelines. En dernier recours, on peut piquer nord-est, dans la Plaine de France donc. Vous vous êtes toujours demandé c'était quoi ces champs autour de l'aéroport de Roissy. Ben c'est ça. Y'a du vent, des légumes, c'est plat, et aujourd'hui il fait, ça devient une habitude, un temps maussade. La semaine dernière il faisait particulièrement beau mais je ne pouvais pas sortir pour raison professionnelle. Là, rebelote, un peu moins pire qu'il y a deux semaines, j'évite la neige, mais de là à dire que la météo est souriante, il y a un pas que je ne franchirai pas.

Cimetière militaire
Cimetière anglais de Vendresse. Quelle connerie la guerre.

Le parcours remonte le long de la Marne. C'est plutôt joli. Et plutôt plat. Ensuite, petit à petit, on se rapproche de la zones de combats. Sans déconner, c'est incroyable le nombre de références à la première guerre mondiale qu'il y a dans le coin. Cimetière militaire par-ci, musée de la guerre par-là, en voici en voilà du Chemin des Dames. Au bout d'un moment j'aimerais bien voir autre chose car entre la grisaille, la pluie qui tombe de temps à autre, et ces références historiques qui mettent en avant la bêtise humaine de manière tellement éclatante, on choperait une petite déprime, même en étant bien accroché.

See sex and sun
La Californie et ses hauts plateaux. Ben voyons.

Je regarde les kilomètres défiler, et ma foi je tiens à peu près la forme. Pas impressionnant comme rythme mais sachant que je suis seul et doit faire le plein dans les boulangeries et autres petits commerces de quartier, je n'avance pas si mal.

Mad Max in France
La Fin du Monde a déjà eu lieu. Et ça s'est passé ici.

Tant et si bien que... je suis à Charleville. Pas de grosse erreur de parcours, j'ai donc mes 290 bornes en arrivant au centre-ville. La nuit tombe tout juste. Je m'installe dans l'arrière salle d'un vendeur de kebabs-hamburgers-pizzas bref, un vrai restaurant gatanti sans vitamines, et commande un double repas. J'ai faim, et la nuit m'attend.

Ayé
Ça, c'est fait.

Alors, la nuit, comment ça marche ?

Quand on est hyper pressé, genre en compétition, ou si on a un train à prendre, on roule non-stop. Le problème, c'est que ce n'est pas toujours si simple. À titre personnel, sans l'adrénaline de la course, j'ai tendance à sommeiller, et s'endormir sur un vélo, c'est pas le bon plan. Donc l'idée de base, c'est de repérer un abri, qui protège idéalement de la pluie et du vent, et s'y carapater quelques heures, récupérer deux ou trois forces, et repartir. Les abris-bus sont une solution de premier choix, les lavoirs c'est bien aussi mais souvent humide, après un porche un peu large fait parfois l'affaire, et parfois on ne trouve rien donc c'est trottoir et puis c'est marre.

Historiquement je dormais comme ça avec juste les habits que j'avais sur moi mais depuis peu j'ai mis du beurre dans les épinards et investi dans un bivvy bag. Qu'est-ce qu'un bivvy bag ? C'est le chaînon manquant entre le duvet et la tente. C'est une espèce de grand sac à peu près étanche, un peu comme un duvet géant mais sans garniture, et on peut donc mettre un duvet dedans et dormir protégé du vent voire d'une petite pluie. D'un certain point de vue, ça remplace la tente. Et ça prend 1 minute à déplier et 5 minutes à ranger. Super méga simple. En vélo, je n'emmène ni duvet ni tente mais juste le bivvy, et je dors tout habillé dedans, avec les chaussures et la veste et tout le barda. J'ai acheté un modèle militaire costaud, lourd mais virtuellement indéchirable.

Hôtel ***
Petit abri-bus, très cosy pour une nuit.

Donc, cette nuit, quand je sens que je commence à vaciller, je repère le premier abri-bus venu, j'en trouve même un pas mal, et je m'installe. Et là, comme on pouvait s'y attendre, ça caille. Bon, pas aussi pire qu'il y a deux semaines, mais en début de soirée, en sortant de ville, les thermomètres affichaient 6 degrés. Depuis, ça a du tomber un peu. Le bivvy sans duvet et donc sans rembourrage, c'est un peu, comme qui dirait, léger. Je ferme toutes les écoutilles et me pelotonne à l'intérieur, essayant de garder un maximum de chaleur autour de moi.

Au moment du réveil, deux grosses heures plus tard, ça me demande un petit effort de sortir de mon cocon. Il fait froid dehors et je n'ai pas envie d'affronter ça. En même temps, sur place, je vais avoir froid aussi, donc rouler n'est pas si pire. Mais tout de même, quelle purge. C'est pour cela, entre autres, que les brevets cyclotouristes de 600 bornes sont, en général, organisés en juin. Mais là, je n'ai pas le choix, il faut bien rouler maintenant, je ne vais pas attendre juin. Donc bon, je repars et grelotte sur mon guidon, maudissant le calendrier qui m'a fait rester à la maison le week-end dernier par beau temps tandis que je me pèle le jonc maintenant dans cette matinée humide.

La 12
Voilà ce qu'on fait le week-end en lointaine banlieue parisienne. On célèbre la Renault 12.

Niveau forme, ça va, j'ai une petite baisse de régime à partir du kilomètre 450 environ, mais rien de dramatique. C'est un peu normal de talonner quand on dépasse les 24h d'effort, faut pas non plus se formaliser. Et encore une fois, sans l'ambiance de la course c'est souvent difficile de s'envoyer le coup de pied au cul nécessaire pour foncer.

Piste cyclable
Bien évidemment, emprunter cette piste est obligatoire pour les cyclistes, le contrevenant s'exposant à une amende forfaitaire.

J'avais un doute à l'aller, mais oui, il me semble bien que je passe par Saulchery, qui sauf erreur de ma part, est la ville d'adoption de Wilfrid avec qui j'ai fait les 48h de Royan en 2015. C'est con, je n'ai pas pris son adresse, j'aurais pu lui faire coucou...

Et puis bon, ça se termine, j'avoue que sur la fin, j'ai trouvé ça un poil long. En attendant j'ai mes 580 au compteur, et je suis content. Pour ma prochaine sortie vélo, je signe pour environ 1000 km. On verra bien ce que ça donnera.

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Mis à jour le samedi 05 mai 2018.