28/09/2018 - CR Spartathlon

28 septembre 2018

Bon, que dire de ce Spartathlon 2018 ? On peut commencer par dire que j'étais super bien assisté. Jean-Paul Feret, celui qui a porté la Transpyrénéa "Off" 2018 à bout de bras, s'est dévoué pour s'occuper de ma petite personne.

Et il y en a eu besoin, d'une assistance. Regardez la vidéo officielle 2018 pour vous faire une idée de la météo, mais en gros, c'était temps pourri. Au Spart' (les habitués abrègent) on peut souvent avoir de la canicule, et c'est vraisemblablement le pire. Mais là non, on a eu vent, pluie, et vent.

Pour vous situer un peu le contexte, le Spartathlon est une course historique sur les traces de Phidippidès, qui aurait parcouru 246 km d'Athènes à Spartes à l'occasion de la bataille de Marathon, pour aller chercher de l'aide, en gros. Les faits historiques ont été quelque peu déformés et une course baptisée marathon, et faisant une quarantaine de kilomètres, soit la distance entre Marathon et Athènes, a été inventée et est devenue célèbre. Mais le vrai trajet, c'est Athènes - Spartes. Merci à John Foden d'avoir rétabli la vérité. J'ai déjà fait cette course en 2008 , là je reviens à date anniversaire, dix ans plus tard.

Je suis nettement moins bien entraîné, je reviens de la RAAM à peine 3 mois plus tôt donc j'ai peu couru, mais en même temps j'ai davantage de bouteille. On verra bien.

Départ sous la pluie, mais avec un fort vent dans le dos. Du coup j'avance comme un avion, sans trop d'efforts. Je crois que je suis passé au marathon en à peu près 3h50.

Arrivée sur Corinthe, juste après le canal, c'est en gros l'endroit où on peut vraiment prendre un gros contact avec son assistant, si on en a un, c'est un gros ravitaillement, et en terme de barrière horaire c'est un passage assez remarquable. J'ai une avance relativement confortable, je suis à peu près dans mes temps de 2008, et en 2008 j'avais fait un bon temps.

La montagne
Le petit passage trail de la course.

Toutefois, mon collant est craqué. Dans ma grande intelligence, avec un poids de bagage autorisé de 23kg, j'ai réussi à ne prendre qu'un seul short, et donc là, j'ai l'entrejambe ruinée par les frottements. Il est possible que ce soit à cause de mes grosses cuisses dues à l'entraînement vélo, plus vraisemblablement à un relâchement alimentaire. Enfin bref, le truc est pété. Et je n'ai quasiment rien de rechange. Je bricole un truc. J'enfile un mini-short, et je mets un collant long par dessus. Ĺe mini-short protège à peu près les zones irritées, le collant par dessus doit me tenir chaud. Merde, c'est pas possible des centaines d'euros en inscription, en billets d'avion, et je me fait avoir sur une pauvre histoire de short de rechange. Si au moins j'étais parti avec un short à peu près neuf et pas une veille saloperie usée jusqu'à la moëlle.

Enfin bref, on continue la mission.

La nuit tombe, et je sens doucement mon rythme descendre. Rien d'inquiétant à ce stade, mais c'est pas la forme des grands jours. Il y a dix ans, ici, j'avais commencé à prendre le large. Là, je suis juste "dans le flot". Il pleut. Je croise quelques français, certains frigorifiés. Pour ceux qui n'ont pas d'assistance, c'est pas facile, ce mauvais temps était difficile à totalement anticiper, et sans vêtements secs et chauds, les choses peuvent vite se compliquer.

Lors d'un ravitaillement dans un village, je prends la mauvaise direction, et fait 300 mètres de descente dans la mauvaise direction. Un type sympa me rappelle, et je repars dans le bon sens. C'était ce fameux ravito où en 2008 il y avait une grosse fête de village. Là c'est moins la fête, mais tout de même, il y a un peu de monde.

Arrivée
Faisait presque un peu froid sur le parcours.

Ensuite, ce grand faux-plat avant la "montagne". Mon dieu que c'est long... Je m'ennuie un petit peu. J'ai du mal à rentrer dans la course. Je me dis que la montagne va me booster. Effectivement, lors de la montée, j'ai un petit regain d'énergie. Je me rappelle cette descente avec les lacets sur le large sentier, et le village éclairé en bas.

Ensuite je me retrouve la nuit dans la plaine, et là, pouf, plus de jus. La magie ne fonctionne plus. J'essaye de relancer la machine mais rien n'y fait. En plus j'ai vraiment l'entrejambe super méga cramée, donc je ne peux pas marcher vite. Du coup je suis contraint à courir, j'avance à 7 km/h, pas plus, mais en marchant je perds 2 km/h et là, je risquerais d'être hors délai.

Le jour se lève, et le temps, dans la matinée, est à peu près potable. Mais très vite la tempête se lève, et là, on n'a pas trop rigolé. Je suis plutôt un gros gabarit pour un coureur, et je tiens bien sur mes pattes. Mais par moment, je suis littéralement projeté en arrière, j'ai besoin de me pencher en avant. Quelques arbres sont arrachés, des branchailles volent de partout. En France, la course aurait été annulée, sur de sur. Fort heureusement, nous sommes en Grèce, et la folie sécuritaire n'a pas encore envahi ce beau pays.

Apéro
Après l'effort, le réconfort. Cérémonie du dimanche midi, à Sparte.

Sur la fin, Jean-Paul a un peu stressé sur les temps limite, mais j'avais le compas dans l'oeil, je visais qu'en tenant mon petit rythme de coureur ridicule qui se fait dépasser par un marcheur qui va acheter du pain, je pouvais rentrer dans les temps.

Au final, j'arrive dans une Sparte remplie d'eau, je trempe mes godasses dans des flaques profondes de 15 cm mais on s'en fout, je suis arrivé. Aux pied de Léonidas c'est service minimum, les couronnes de laurier, y'en a plus, je suis à peine une demi-heure avant le temps limite mais on s'en fout, j'ai terminé, le job est fait, et je ne suis pas venu ici pour les produits dérivés.

C'était pas ma meilleure course, mais je ne regrette pas mon expérience et cette petite tempête qui a pimenté la course. Leçon à retenir : le Spartathlon c'est une course sérieuse, on ne se présente pas au départ comme un guignol avec un entraînement bricolé. Je ne suis pas passé très loin de la catastrophe.

Et surtout, merci Jean-Paul.

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Mis à jour le mercredi 19 mai 2021.