CR GRP Ceinture Verte Île de France

Vendredi 11 novembre 2005

(voir aussi l'autre version de ce CR , parue dans UltraFondus, n° 27)

Improvisation organisée sur le thème "ballade autour de Paris"

Récit d'un périple en région parisienne, montrant que l'aventure est au coin de la rue, pour peu qu'on prenne le temps de la débusquer. Pas besoin d'aller au bout du monde pour goûter les joies de l'ultra. Un brin d'organisation, un petit penchant pour l'excessif, un parcours en guise de prétexte, une bonne dose de motivation, et voilà une recette simple et efficace, de quoi se régaler en famille et entre amis.

L'organisation

L'idée de faire le tour de l'Île de France par le GRP Ceinture Verte n'est pas nouvelle. C'est presque devenu un classique diraient certains, mais on reste loin des dizaines de milliers de participants au Marathon de Paris, il faut le reconnaître. En ce qui me concerne, l'idée m'est venue pendant, ou après, je ne sais plus, le Grand Raid de la Réunion 2004. Estomaqué par ma capacité à courir après plus de vingt ou trente heures de course, je m'étais dit que finalement, faire un grand tour de la région parisienne, où j'habite, ne serait pas si irréalisable que ça. Le choix du GRP Ceinture Verte s'impose ensuite très logiquement. Plus près de Paris, c'est trop urbain, et plus loin, c'est trop long. Le parcours "officiel" fait donc dans les 250km. Gloups.

L'idée générale est donc de se promener en courant, en marchant, d'une manière générale le plus vite possible avec mes jambes (!), dans la banlieue parisienne. Pas d'organisation officielle, je ne cherche pas forcément à ameuter les foules, ni à les dissuader de m'accompagner. J'annonce la couleur : comme je serai à la limite de mes propres capacités, je serai incapable de gérer d'autres coureurs. Donc s'ils sont 100% autonomes, bienvenue les amis, sinon, c'est trop compliqué pour moi.

Retour sur ma préparation. Question entraînement, j'ai renoncé à quatre grandes sorties longues, qui auraient été une bête et méchante reconnaissance du parcours, d'environ 60km chacune. Idéalement j'aurais fait ça à cheval sur septembre et octobre. Finalement, mon emploi du temps ne me permet pas ce genre de fantaisie, et j'abandonne cette option au profit d'une participation aux 100km de Royan. C'est sans regrets, je garde un excellent souvenir de ce 100km. Globalement je compte sur mes acquis et le 100km est une forme d'ultime sortie longue avant le grand événement.

Concernant la logistique, le départ est prévu en fin d'après-midi le jeudi 10 novembre. Je pars du boulot en courant, simple et efficice. Cela implique au minimum une nuit blanche, l'arrivée étant fixée samedi matin. Je décide d'emmener de quoi passer une nuit complète, boisson plus solide, sur mon dos. Pour le reste, je ferai le plein dans une épicerie, un bistrot, un fast-food, ou n'importe quel échoppe de notre belle banlieue, une fois les commerces ouverts. Je n'ai pas fait de reconnaissance du parcours sur le terrain, mais je connais assez bien certaines portions, et j'ai pris le temps de rentrer tous les points du topo-guide dans mon petit récepteur GPS. J'ai d'ailleurs tellement pris le temps que je n'ai pas beaucoup dormi les deux semaines précédent l'événement, accumulant les nuits à trois ou quatre heures de sommeil. Il faut avouer que je n'ai pas choisi l'option la plus simple, en développant moi-même, avec mes petites mains, le logiciel nécessaire à la saisie du parcours en question. Jean-Paul (mon papa) est censé m'accompagner "un certain temps" et me rejoindra lors de mon passage dans l'Essonne, et j'ai laissé mon numéro de portable sur le forum UFO, "qui m'aime me suive!". Temps prévu pour la boucle complète : un peu moins de 40h.

Dernier détail croustillant, ça fait dix jours que les journaux n'arrêtent pas de titrer avec des photos de voitures en flammes, et vu de l'extérieur, la banlieue francilienne c'est désormais plus proche de Bagdad ou Beyrouth que d'une paisible zone résidentielle. Ca va être l'occasion de vérifier si oui ou non le tourisme en région parisienne est devenu une activité à risque.

La grande boucle

Départ donc jeudi soir.

Dès le début je prends du retard. Je décolle à 17h20 quand je prévoyais 17h00. L'idée est de rejoindre le GRP en forêt de Fausses Reposes, depuis St Quentin en Yvelines. Je connais ce parcours pour avoir plusieurs fois rallié Paris depuis mon lieu de travail. Je réussi à ne pas prendre le trajet prévu en forêt de Versailles, et me retrouve sur une bretelle de l'A86. Hum. Un peu plus loin, remontant tranquillement la route qui me mène du château de Versailles à la forêt je surprend une brave dame qui doit rentrer chez elle. Elle ne s'attendait pas à ce qu'un type habillé en noir débouche de l'arrière et la frôle en courant. Pas de panique madame, je ne fais que passer. Bonjour chez vous!

Je récupère sans trop d'encombre le parcours "officiel". En retard, ce qui est logique car je suis parti en retard. Mais là, les ennuis commencent. J'ai énormément de mal à suivre le GRP. Malgré le GPS, c'est pas évident. En effet, le balisage est assez inégal, et les balises ne sont pas du tout réfléchissantes comme le sont certaines, j'ai en particulier souvenir qu'à la Réunion, lors du GRR, elles étaient très facile à déceler de nuit avec la frontale. Ici c'est la zone, et trouver les marques jaunes et rouges requiert une bonne dose d'attention, et de la chance. Je n'ai ni l'un ni l'autre. Donc je me perds facilement. Comme j'ai planifié des temps de passage pour chaque point GPS, je vérifie ma progression et constate que, parti en retard, je perds du terrain à chaque point de contrôle. Pourtant j'étais convaincu que mes temps de passage étaient larges, mais le constat est là. Pensant démarrer à 9km/h je suis dans la pratique à 8km/h voire 7km/h de moyenne. Un coup d'oeil au cardio m'annonce que je suis largement au-dessus du raisonnable. Entre 130 et 140 en standard, avec pointes à 160, ce qui est complètement hors des plages que je m'autorise en début de sortie.

Que faire? Ralentir, c'est faire une croix de toutes façons sur le tour complet. Ayant un mariage prévu samedi après-midi, je ne peux pas me permettre de mettre 48h pour le tour complet. Continuer à ce rythme, c'est mettre toutes les chances de mon côté pour exploser littéralement et finir à la ramasse. Dilemne. Dans le doute je décide d'arrêter de regarder ce gadget électronique superflu, et de l'ignorer superbement.

Ce début de parcours est un beau mélange de forêt et de ville. Il est vrai que ce ne sont pas les secteurs les moins cotés de la banlieue. Y passer de nuit n'est peut-être pas idéal, car je rate peut-être quelque chose. Ceci étant courir la nuit en forêt reste magique, et le relief accidenté du secteur fait qu'on ne s'ennuie vraiment pas. Pour sûr, le trail de la vallée de Chevreuse, ça doit être quelque chose, car il y a moyen de trouver de purs parcours dans le coin, c'est certain. Je mesure aussi l'intérêt de suivre le GRP officiel plutôt que d'improviser son propre parcours. En effet les passages sous les autoroutes, les voies de chemin de fer, et tous les divers tunnels et ponts ne sont pas intuitifs, et mieux vaut être bien guidé pour les trouver.

En parlant de traversée d'autoroute, je tombe sur un passage piéton en pleine reconstruction. Chantier interdit au public! Bigre, comment je fais moi, je ne vais pas faire le grand tour tout de même? D'autant que je suis déjà super à la bourre. Je perds inexorablement du temps sur mon horaire limité prévu - qui était censé être large et me donner de la marge - et je commence déjà à accuser une certaine fatigue. Hors de question de contourner, je passe quand même. En me faufilant contre un gros tuyau en béton, j'arrive à l'autre bout, et là, surprise, pas de rampe d'accès. Je me retrouve à faire le mur en m'appuyant sur le tuyau. J'ai intérêt à ne pas me casser la figure, car pour le coup je risque d'avoir du mal à justifier ma manoeuvre. Finalement je traverse sans encombre, ouf!

Ensuite, j'entre dans un secteur qui ne m'est pas totalement inconnu, car c'est truffé de parcours vélo sympas pour les joyeux habitants de l'Essonne, département dans lequel j'ai du passer une vingtaine d'années. Ici c'est vraiment la campagne. Je croise un autochtone qui profite l'espace d'un instant de la lumière de ma frontale alors que nous remontons un chemin le long de ce que je crois être un cimetière. Certains coins ont des relents de Raid 28 2005, ça ressemble à la Beauce. Comprendre : on suit des traces de tracteur au milieu des champs de patates et des lignes haute-tension. Enfin c'était peut-être pas des patates. Peu importe. Je réussis toujours à me paumer tous les trois kilomètres. Valérie m'appelle et me demande où j'en suis. J'expose la situation "je me plante tout le temps de parcours, je suis à la bourre, je suis naze". Seul point positif, le vent souffle du Sud, donc il fait plutôt doux. Jean-Paul m'appelle aussi, je l'informe de ma progression mitigée.

Je suis donc dans le rouge. En retard, fatigué, je sais donc que je vais rater le rendez-vous initialement prévu avec Jean-Paul au château de Morsang sur Orge. Je commence à prendre quelques libertés sur le parcours officiel et prends quelques cordes, en particulier lorsque je sais par expérience que les boucles en question sont truffées de côtes. Car il faut le reconnaître, ce début de parcours n'est pas totalement plat, loin s'en faut. Je ferai aussi un petit détour et renoncerai à suivre les bords de l'Yvette pour éviter de me retrouver nez à nez avec deux types qui ne me sont pas forcément antipathiques, mais je n'ai simplement pas envie de tenter ma chance et d'engager la conversation. J'ai autre chose à faire. D'autres m'interpellent "cours Forest, cours!". Ils ne pensent pas si bien dire.

Je constate aussi que je bois comme un trou. J'ai déjà consommé une bouteille complète de coca et refais le plein de ma poche à eau - je suis parti avec deux bouteilles - le long d'un stade de foot. Physiquement, c'est la dégringolade, j'ai plutôt mal au ventre, je n'arrête pas de bailler, j'ai envie de dormir. Zéro patate. L'idée de ce tour de l'Île de France m'est venue un jour où je me sentais super fort, invincible. C'est d'ailleurs la tendance ces derniers temps. Ce que je tente, je le réussis. Je tente le Raid 28, super expérience collective et classement honnête au rendez-vous. Je tente un petit Franchir II à plus de 130km avec un entraînement en dilletante, et ça passe tout seul. Je tente un cent bornes, et poum moins de 10h sur une première participation. Mais manifestement, aujourd'hui, je ne suis pas invincible du tout. J'ai du mal à me convaincre que je vais m'enquiller encore 210km de plus. Je compte sur un élément clé : sur un ultra, il y a toujours des hauts et des bas, et je dois simplement être en train de vivre un "bas". Dans quelques heures j'aurai une pêche d'enfer, attention les amis, j'arriiive!

Bientôt la forêt du Rocher de Saulx. J'ai un peu la trouille en y entrant car des chiens aboient comme des furieux à mon passage, et un instant j'ai des doutes quand à l'existence d'un grillage efficace entre eux et moi. Cette forêt, c'est plein de souvenirs. Je l'ai sillonnée en long, en large, en travers, lors d'entraînement de cyclo-cross. C'était il y a une quinzaine d'années. Je me rappelle aussi d'un jour où j'y ai eu abominablement froid, en vélo donc. Une vingtaine de centimètres de neige recouvrait la campagne alentour, et au retour à la maison, la neige s'était transformée en pluie glacée. Ayant eu, une fois arrivé, l'idée stupide d'accélérer le réchauffement de mes "extrémités" par un bon bain bien chaud, j'avais réussi à avoir mal aux orteils jusqu'aux chevilles. Le vélo sous la neige, c'est nul. Ne plus faire.

Sorti de la forêt, je trace direct vers Sainte Genevière des Bois, chez Jean-Paul. Je suis trop en retard pour que le détour par Longjumeau ait un sens. En plus là-bas je pourrai faire le plein de vivres. Je rejoins Jean-Paul le long de la piste Cyclable, du côté de Villier. Je suis cuit. J'ai grosso-modo cinquante bornes dans les pattes, et j'accuse carrément le coup. Courir dans les côtes est une utopie, courir dans le plat est tout simplement désagréable, courir en descente est une option, à laquelle je renoncerais bien. Une fois à la maison, je me gave de café, mange quelques amandes, fait le plein d'eau car je commence à faire une overdose de coca et de sucré, et on repart après une petite demi heure d'arrêt.

Je grelotte et j'ai les jambes super raides. Il faut le temps que je me remette dans le bain. Le trajet que nous empruntons maintenant est exactement, mètre pour mètre, celui que j'ai emprunté aller-retour pendant trois ans pour aller au lycée. J'y ai aussi fait mes premiers entraînement en course à pied. Autant dire que je connais le coin. Si on m'avais dit il y a quinze ans que je repasserai là avec cinquante bornes dans les pattes et bien plus à faire ensuite, j'aurais affiché un certain sceptissisme.

Ravito
Ravitaillement du kilomètre 63. Noter le drapeau UFO accroché à mon sac-à-dos, qui se cache honteusement et montre uniquement son côté blanc anonyme.

On rejoint le GRP. J'ai confié l'orientation à Jean-Paul, je pense que c'est plus raisonnable. Ce n'est normalement pas une tâche ingrate, c'est au contraire assez rigolo, le couple topo-guide + GPS étant assez efficace et ludique. On renonce à faire une boucle qui s'étend vers le Nord de Juvisy. C'est un choix à double tranchant. D'accord c'est plus court, mais du coup c'est moins vert et 100% ville. Ceci étant ça ne me dérange pas, d'autant qu'apparemment c'est le jour des "monstres" et tout le monde a sorti ses encombrants et autres ordures diverses sur le trottoir. Le spectacle vaut le détour, c'est d'un bucolisme hors norme. La marche d'approche vers la forêt de Senart est d'un intérêt discutable, Draveil by night c'est pas si génial que ça après tout.

Horloge de Juvisy
Horloge sur le pont au dessus des voies à Juvisy. Je suis cuit et tous les prétextes sont bons pour faire une pause, par exemple prendre une photo!

Une fois dans la forêt, je suis content pour Jean-Paul car enfin il a droit à un peu de verdure et autre chose que de la banlieue qu'il connaît par coeur. Le parcours regagne en intérêt et s'aligne en qualité sur les premiers secteurs. Côté orientation le GPS s'avère ici indispensable car en pleine nuit dans une forêt plate et somme toute assez uniforme comme celle-ci, rien ne ressemble à un carrefour en étoile qu'un autre carrefour en étoile. Le balisage est très light ici, et il ne faut pas compter sur les balises jaunes et rouges pour vous sauver, en tous cas pas la nuit. La forêt de Sénart c'est long. C'est long. C'est long.

Je lutte contre le sommeil. Je n'ai qu'une envie, c'est d'attendre 5h30 et prendre le premier RER direction "la maison". J'opte pour une stratégie plus optimiste qui consiste à attendre le lever du jour et compter sur le soleil qui réchauffe les coeurs et raccourcit les kilomètres. Je paye certainement le prix des longues soirées passées à coder sur mon ordinateur ces deux dernières semaines. Les deux ou trois nuits potables que j'ai engrangées juste avant la course n'ont pas suffit. Je le savais pourtant, je le savais...

La vache
La vache a deux sous-produits. Le lait et la bouse. Laissons le lait de côté, occupons-nous de la bouse. La bouse peut être déposée dans le pré ou dans le chemin. Laissons le pré de côté, occupons-nous du chemin. Un passant passe par là. Il peut éviter la bouse ou bien marcher dedans. Laissons ce premier cas de côté et regardons ce qui se passe lorsque le passant marche dans la bouse. Que fait-il? Il s'écrie "Ah la vache!"... ...a deux sous-produits. Le lait et la bouse. Ad lib.

Pour lutter contre un mal au bide sournois qui me menace, j'ai une intuition de génie. Mon problème, c'est que je n'ai rien de solide dans le ventre. Donc j'engloutis mon sachet de mini saucisses sèches. C'est hyper salé, et comme c'est à base de viande et de gras, ça ne se digère pas vite. L'effet est radical, je me sens tout de suite mieux, mon estomac est occupé et c'est tout ce qu'il demandait. Comme quoi c'est pas forcément les trucs les plus digestes qui marchent le mieux!

Camions
Chouette, on vient de doubler Marcel et Robert. Comment ça ce n'est pas fair-play au motif qu'ils étaient endormis? Je n'ai rien vu à ce sujet dans le règlement de la course!

A ce stade du parcours, je suis agréablement surpris. J'avais une forte appréhension du secteur, j'anticipais du chemin rébarbatif tout droit dans la campagne déserte, mais en fait non. Au contraire, le chemin est bordé d'arbres, et mignon tout plein. Certes on traverse une voie TGV et on se faufile entre des semi-remorques garés aux abords d'une zone industrielle, mais dans l'ensemble le bilan est positif. Tant mieux. Question orientation, Jean-Paul est un peu meilleur que moi sur le tout début de parcours, mais on se plante toujours un peu de temps en temps. Rien de grave ceci dit, je considère qu'il est normal de faire un petit pourcentage de trajet en plus, ça fait partie des risques du métier.

Le jour se lève, et on commence à envisager de prendre un café dans un bistrot. Ma fatigue, au sens envie de dormir, disparaît avec la nuit. Par contre la fatigue au sens mal aux jambes et pas de jus reste bien présente. On plaisante autour de la méthode Cyrano : 45 secondes de course toutes les 15 minutes, c'est nul, ça n'avance pas! Je me pose la question de savoir quand Jean-Paul va me quitter. Au départ il était censé m'accompagner "un petit peu". Le petit peu commence à faire pas mal déjà.

Barkley training
Quand je vous le dit que cette histoire de Barkley me travaille...

Certains des points que j'ai rentrés sont diablement éloignés les uns des autres. Je me rappelle surtout du point 51, qui n'était pas pour les amateurs de pastis fatigués. Bon sang qu'il a été long à attraper celui-ci.

Koline nous téléphone. J'ai déjà reçu pas mal de coups de fils, de SMS (Thierry, Le Sanglier...) mais là c'est une proposition ferme de venir nous accompagner. Chouette! On fixe un rendez-vous à Noisy le Grand. Il n'y a que quelques kilomètres mais ça me paraît infiniement loin. Le parcours emprunte désormais des sentiers qui servent de terrain d'entraînement aux joggeurs. Evidemment notre rythme est d'une lenteur effroyable et à peu près tout le monde nous dépose sur place, les seuls que nous doublons sont ceux qui courent en sens inverse.

E.N.P.C.
Petit passage devant l'Ecole Nationale des Ponts et Chaussées. T'as vu Hélène je suis passé tout près, un peu plus et on pouvait faire un bout de chemin ensemble. Dommage...

Arrivé à Noisy, on prend la photo devant l'école des Ponts et Chaussées. Dommage que j'ai oublié de prendre le numéro d'Hélène avec moi, si ça se trouve elle est juste là, et elle aurait même le temps de se changer et d'enfiler des chaussures de course le temps que Koline nous rejoigne. Tant pis! On retrouve donc Koline devant une gare RER que nous n'avions pas identifiée sur la carte. Sans regret si on s'était fixé rendez-vous là elle aurait du poireauter sur place. Je passe chez l'épicier acheter une bouteille de coca et des chips de banane, et c'est reparti pour un tour.

J'annonce la couleur à Koline : ça va pas aller très vite. Elle s'en fiche. Bon. Dont acte. Elle nous fait goûter un tas de gourmandises à l'usage du coureur qui sont tout simplement excellentes. Les barres aux abricots et le gâteau au sésame sont un régal. Comment fait-elle pour dénicher des trucs pareils? Mystère. Je me sens un peu ridicule et j'ai l'impression d'être une brute mal dégrossie avec ma stratégie au lance-pierre coca-nuts-cacahuètes. A ce titre je suis très content de mon sachet de noix de cajou. La noix de cajou a l'avantage d'être plus molle et poudreuse que la cacahuète de base, et à ce titre elle me semble plus facilement assimilable.

Ah oui, j'allais oublier, alors qu'on remet sur le tapis cette histoire de café au bistrot, Jean-Paul suggère de profiter des bords de Marne. Si on ne trouve pas un troquet ou une guinguette dans un endroit pareil, la terre ne tourne plus vraiment rond. Effectivement, un restaurant "Le Capuccino" nous attend. Manque de pot, ils font restaurant, pas bistrot! C'était compter sans Koline qui parle au patron, lequel nous offre presto trois bon cafés. On parle un peu de notre périple, et on se quitte avec le sourire, petite pause salvatrice et ravigorante.

Paulo et Koline
Paulo et Koline, en pélerinage sur le parcours des 3h/6h de machin-truc-chose. Quelqu'un en a entendu parler?

On croise aussi un défilé du 11 novembre (je ne sais plus quand exactement). C'était prévisible. En coupant leur trajet on arrive à les suivre, mais le fait qu'on aille plus vite que le défilé ne change rien à l'affaire : nous avons des vitesses comparables. Ce qui n'est pas très flatteur...

Le GRP, qui était extrèmement bien balisé sur les derniers kilomètres, devient un petit peu plus difficile à trouver. On commence à jardiner un peu, en particulier après Chelles il me semble. On se retrouve à faire des demi-tours consécutifs dans une gare, derrière une église, en haut d'une colline sous une ligne haute tension tout près d'un fort abandonné. Je regrette de ne pas avoir suffisamment d'énergie pour aller chercher le point de vue qui va bien car en se retournant vers le Sud, la vue est assez chouette. C'est pas grave, on en fera d'autres des photos. Tiens, voilà d'ailleurs des marques "3 heures" et "6 heures", une course horaire dans la région?

On rentre maintenant plus ou moins dans la section que je ne voulais pas faire de nuit, et qui a quelque part justifié mon départ nocturne. Je ne voulais pas traverser Montfermeil, Clichy sous Bois et cie de nuit. En fait le GRP évite soigneusement les quartiers sensibles et tout ce qu'on voit c'est du pavillon, du champ cultivé et de la forêt. Jean-Paul tente un raccourci - légitime, vu la carte - mais on échoue lamentablement en butant sur un mur de ronce franchement infranchissable. C'est pas faute d'avoir essayé, mais sincèrement, à part à se munir d'une débrouissailleuse c'est injouable. D'autant qu'on risque toujours la réaction imprévisible du paysan mal luné qui n'apprécie pas qu'on s'approprie son territoire... On accumule ensuite les cul-de-sacs, et lorsqu'enfin on en finit avec les ruelles et les impasses entre les pavillons pour déboucher sur une vraie forêt avec un vrai chemin et des vraies balises jaunes et rouges, c'est un soulagement.

S'en suit donc une bonne portion de parc et de nature. J'essaye de relancer la machine et de trotiner un peu mais c'est déséspérant. En courant je dois gagner au maximum un petit kilomètre heure, et je me fatigue et j'en ai marre et puis d'abord qu'est-ce que je fous là quelle c*nnerie ce sport ralala moi et mes idées de débile, j'aurais mieux fait de rester à la maison. Heureusement Koline est là et on a l'occasion de discuter de mille sujets, moi qui suit plutôt bavard je suis tout heureux. Jean-Paul ouvre la marche, systématiquement en avance de quelques mètres. J'espère qu'il ne s'ennuie pas trop, mais bon vu qu'il prolonge la ballade bien plus loin de ce qui était initialement escompté, c'est que ça doit lui plaire. Quelque part.

Ensuite on fait un point sur la stratégie pour la suite. En ce qui me concerne je sais que vu le retard que j'ai pris, et que je continue à prendre sur l'horaire officiel, il n'y a strictement aucune chance que je finisse la boucle complète en quarante heures comme c'était prévu. C'est mort foutu, et il faudrait être obtus ou inconscient ou les deux pour ne pas s'en rendre compte. Reste quatre options. La première, c'est de rentrer directe par le premier RER avec Koline. La seconde, c'est de continuer le GRP jusqu'à ce qu'il soit assez proche d'Argenteuil (chez moi), et à ce stade là couper au plus court. La troisième, c'est de pousser jusqu'à la Forêt de Montmorency, de la traverser en nocturne, et de rentrer ensuite à Argenteuil au plus court. La dernière, c'est de poursuivre le GRP jusqu'à ce que j'explose totalement, incapable d'avancer d'un mètre de plus.

La première option est écartée d'office, il n'y a pas marqué "Joe la fiotte" sur mon front. Non mais! La dernière est écartée tout pareil, il n'y a pas écrit "Joe l'abruti" sur mon front non plus. J'hésite longuement entre les options deux et trois. La troisième a ceci de charmeur qu'elle me permet de renouer avec la nature après la traversée des coins "pas glop pas glop" du neuf-trois comme Stains. Il me manquerait seulement la boucle du Val d'Oise vers Cergy pour avoir fait le tour quasi-complet. Ceci étant, plus j'y pense plus je me rends compte qu'en fait ce serait plus pour satisfaire mon ego - surdimensionné cela va de soi - que pour autre chose. J'appréhendre aussi la nuit en forêt. C'est pas que j'aie peur des loups, mais vu la façon dont la fatigue m'a assailli pendant la première nuit, la deuxième risque d'être fatale. En clair je risque de m'endormir au pied d'un arbre, faire une bonne hypothermie, choper une méga crève et me faire rammasser par le SAMU le lendemain. C'est pas si improbable que ça. La deuxième option a l'avantage de permettre à Jean-Paul de m'accompagner jusqu'au bout. Je me doute que ça doit lui faire plutôt plaisir de continuer un bout de chemin avec moi, donc on opte pour ce choix. L'idée est donc de poursuivre le GRP tant qu'il nous rapproche de la maison, et ensuite on coupe direct dans la banlieue. Je garderai l'impression de ne pas "perdre de la face" et ne ressentirai pas une sensation d'abandon tant que je ne capitulerai pas en cédant à la tentation d'emprunter les transports en commun.

C'est ainsi que je transforme l'objectif "faire le tour du GRP Ceinture Verte Île de France" en "revenir du boulot à chez moi à pied en visitant la banlieue". Et hop, voilà comment avec un peu de mauvaise foi et d'auto-persuasion que c'est mieux comme ça j'arrive à me remotiver et enfin entrevoir la fin du périple.

On quitte Koline, qui nous a patiemment supporté, nous et notre rythme de promeneur souffreteux, et on part direction Argenteuil. Le GPS indique 22,5km à vol d'oiseau. Je téléphone à Valérie, mon épouse, pour l'informer de ma décision. Moi qui pensais que la perspective de me voir revenir avant 22h00 allait lui faire plaisir, la nouvelle la laisse de glace. Elle a la voix légère et joyeuse et donne l'impression, au final, de se moquer totalement du fait que je revienne maintenant ou demain ou plus tard. Je suis un peu surpris, mais bon je ne me formalise pas plus que ça. Je conclus par un rapide "je t'aime" avant de raccrocher. Je reste perplexe et, je dois l'admettre, un peu déçu. En fait, ce n'était ma femme au téléphone, mais mon beau-frère. Ceci explique cela. En y réfléchissant, je devais être un peu fatigué, car avec les indices 1) la voix n'est pas la bonne et 2) le propos n'est pas celui que Valérie devrait tenir, je n'ai pas réussi à conclure que je n'avais pas la bonne personne au bout du fil. Quel talent bravo.

Le retour

On est sur le retour donc. Les premiers kilomètres sont tuant au niveau moral, car on ne se rapproche pas du tout à vol d'oiseau. En fait on monte d'abord vers le Nord, pour attraper le chemin qui nous rammènera à bon port. C'est usant. Quand enfin on arrive sur la bonne route, c'est pour constater que ce n'est pas le meilleur tronçon du GRP. Car nous sommes toujours sur le GRP. Sauf que le GRP là il fait deux fois deux voies, avec des voitures, des camions, des magasins ameublement électro-ménager, et j'en passe.

Je commence à avoir super mal sous les pieds. Les jambes on en parle même plus, c'est du béton, incapables de courir. Ca tient en mode marche mais ça ne vaut pas plus cher que ça. Mais enfin maintenant on se rapproche du but. 18km, 17km, c'est bon on va y arriver!

Pour le coup maintenant on est réellement dans la banlieue telle qu'elle est évoquée dans les journaux ces derniers jours. Avec les voitures qui brûlent en moins, car non, on a beau chercher, ce n'est pas la guerre civile ici, les gens rentre chez eux, viennent de faire leur courses, ils discutent sur le trottoir. Aucun moyen d'écrire un article à sensations. Mais il faut reconnaître, certains immeubles mériteraient tout simplement d'être dynamités, car ils sont dans un tel état de délabrement qu'aucune restauration ne semble pouvoir leur redonner un aspect décent. C'est sinistre. Quand on habite là-dedans, c'est clair que c'est qu'on n'a pas le choix.

On quitte enfin le GRP. L'idée est de couper tout droit, longer la Courneuve et arriver à Saint-Denis. Je connais bien le trajet Saint-Denis - Argenteuil, c'est presque un classique. C'est interminable. Long. Pénible. J'en ai marre, j'ai mal aux pieds. Je pense que peut-être c'est parce que j'ai du sable dans les chaussures mais non. Evidemment non, je suis juste vermoulu. Dans Saint-Denis on suit le tramway. Il faut une bonne dose de motivation et d'auto-persuasion pour se convaincre que "non, c'est un choix intelligent de revenir à pied quand un tramway vous double toutes les cinq minutes et va dans votre direction".

Enfin on rejoint la Seine. On longe l'Île Saint-Denis. J'explique à Jean-Paul que le parc est grand. Il a le temps de savourer. Oui, effectivement, le parc est trèèès long. Vient ensuite le pont sur la Seine, Asnières avec les petits pavillons entre le pont et la gare que je trouve sublimes (les pavillons) car excellemment bien placés (si quelqu'un en connaît un à vendre, j'achète!), et la gare d'Asnière. Là je laisse Jean-Paul, un ticket Asnière - Sainte Geneviève des Bois en main.

La dégringolade
Cette courbe extraite de mon cardio montre bien que sur la fin, heu, comment dire, j'avançais plus.

Il est environ 20h30, il me reste moins de cinq kilomètres à vol d'oiseau. Même pas de quoi faire un entraînement. C'est long. J'ai mal partout. Plus j'arrive près du but, plus je ralentis. Je jardine dans le secteur de la gare d'Argenteuil, que je suis quand-même censé bien connaître... Enfin j'arrive dans le dernier kilomètre. Un type m'interpelle "eh, tu reviens du Jura ou quoi?". S'il savait! Arrivé à 300 mètres de la maison, au niveau du pavillon de la nourrice qui garde mes filles, j'envisage un instant de m'asseoir sur le trottoir et de tout laisser tomber. Finalement je franchis la grille de mon pavillon, tourne la clé dans la serrure, je rentre, m'affale sur le canapé, c'est fini!

Je me félicite de ne pas être en train de galérer en pleine forêt de Montmorency.

Epilogue

Bon sang, je ferais pas ça tous les jours... Je mange un morceau, prend un bain, me réveille en sursaut la pomme de douche à la main, me relève péniblement, grelottant de froid, et met à peu près cinq secondes montre en main pour m'endormir, une fois couché dans mon lit.

Le bilan de cette expérience, c'est que 250km, ça ne se prépare pas avec un entraînement bricolé et des restes de forme acquis sur une préparation de 100km. Pour ceux qui en doutaient, j'ai testé pour vous, ça ne marche pas. Du tout. 100km, c'est pas 150km, et 150km c'est pas 200km, et 200km, c'est... ...bref, je suis parti avec du plomb dans la cervelle et la guimauve dans les jambes, finalement je ne m'en sors pas si mal.

Allez les Verts!
Finalement j'arriverai à l'heure et dans un état présentable au mariage samedi après-midi. Qui c'est les meilleurs? Evidemment c'est les Verts!

150km, c'est la plus grande distance que j'aie jamais parcourue d'une traite à pied - je vais pas dire en courant, en plus de 28h on ne peut pas dire que j'explose les chronos - donc c'est un excellent point pour moi. Et en même temps je pourrai battre ce pseudo record dès très bientôt lors de la Ronde des Nutons. En plus, j'ai désormais une bonne expérience du tronçon Sud du GRP Ceinture Verte. En fait, au cours de cette sortie, j'ai parcouru tous les secteurs qui sont loins de chez moi et donc pas pratique à reconnaître. La boucle Nord-Ouest autour de Cergy, je peux la faire à peu près n'importe quand, c'est juste à côté, et le reste je l'ai déjà parcouru à l'occasion de la sortie off de la révolution en 2004. Donc on peut le dire, je suis désormais on ne peut mieux préparé à retenter l'expérience, et je ne vais pas m'en priver.

Quand, et dans quelle condition, ça reste à définir, mais c'est certain, je reviendrai!

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Mis à jour le lundi 23 janvier 2006.