CR Ronde des Nutons

La Ronde des Nutons donc. 100 miles (soit approx. 162km) à crapahuter en Belgique, du côté des Ardennes. J'ai bien sûr longuement préparé l'événement ici et et enfin, ce samedi 3 juin 2006, c'est le jour du départ.

Cette course, dont j'avais entendu parler il y a trèèès longtemps lors du Condroz en 2004 , je me devais de ne pas la rater. En plus elle tombait pile-poil dans ma "saison" 2006. Trail de Tiranges (40km) en mai pour se chauffer, Nutons en juin pour avoir un résultat intermédiaire probant, puis enchaînement bourrin Embrun (3800m nat., 185km vélo, 42km càp) suivi de l'UTMB (155km, 8000m D+) juste après (à peine plus de 10 jours).

Attention, ne pas se méprendre, ce 100 miles n'était pas une simple préparation. C'était une vraie course à part entière, et d'ailleurs je pense que l'aborder comme un simple "entraînement++", une sorte de préparation de luxe pour l'UTMB, c'était risquer de se planter joyeusement. 100 miles ça reste long, très long, et il fallait à mon avis prendre ces 162km au sérieux. Mon entraînement un peu bancale, incluant divers impondérables comme un mois de mars en creux avec seulement 10km de càp en cumulé, ou bien encore une 69ème semaine estudiantine de l'Ordre du Vénéré Bitard (L.S.T.) bien musclée (comme d'hab). Enfin ceci étant, je me suis quand même entraîné hein. Le mois de mai a été bien rempli, et je prends le départ avec une préparation qui, à défaut d'être celle dont je rêvais, ressemble à quelque chose. Au menu, uniquement du travail à allure lente, quelques bonnes sorties longues, j'ai fait l'impasse sur le travail de vitesse, le but étant de finir, tant pis pour la performance. Ah oui, dernier point, j'ai fait in-extremis l'acquisition de nouvelles pompes de trail. Des pumas, bleues, en gore-tex. J'aimais bien le look et je me disais que le gore-tex serait peut-être utile en terrain humide. Là, j'ai eu le nez creux, la suite le prouvera.

Arche d'arrivée
En voilà une belle arrivée! Vu comme ça ça a l'air facile. Le truc c'est qu'il va falloir faire une petite boucle de 160 bornes avant de la franchir...

Accueil à Soy, Belgique. Grande salle à côté d'un terrain de foot. Je récupère mon dossard, dis bonjour à quelques Coureurs Célestes que je reconnais, et j'hal-lu-ci-ne totalement en découvrant le road-book. Tout est méticuleusement décrit, il y a des photos, une vingtaine de planches détaillant chaque tronçon du parcours, c'est vraiment géant. Du travail de pro. Je stresse un peu car le pollen commence à faire son effet. Atchoum aatchoum aaaAAAATCHOUM! Attaque en règle 8-( Je décide de me reposer tranquille sur une table à l'intérieur. En étant à l'intérieur avec les yeux fermés, je m'économise. Peut-être certains penseront que je suis en train de méditer sur la course, de faire une prépa mentale ou d'essayer d'accumuler du sommeil mais en fait non: j'économise mes yeux, c'est tout. Je vais tout de même dire bonjour aux UFOs qui sont là, et sympathise avec quelques autres coureurs. C'est plutôt facile. Normal, sont tous sympas 8-)

Préparatifs
Derniers blablas et réglages de précisions avant le départ.
UFOs au départ
C'est pas une fine équipe ça, mmm?

Le départ est donné. Vroum, en route! Dès les premiers kilomètres, je discute avec des UFOs. Phil, Val, Ysolo, le Piou, Paulo bien sûr, et j'en passe. Assez rapidement j'essaye de prendre contact avec le balisage, l'erreur classique consistant à être avec un groupe, à taper la causette, à ne pas regarder le parcours, et à foncer n'importe où, chacun suivant l'autre et réciproquement. Dès le 20ème kilomètre, je commence à sentir mes jambes. Rien de méchant, mais bon je n'ai pas mon coffre des grands jours comme au GRR en 2004 . Il va falloir gérer. Je soupçonne que je suis parti trop vite (145 voire 150 puls/min au cardio) mais bon j'ai envie de me faire plaisir et de profiter. Je suis donc certains coureurs dans le but ouvert de discuter, je décroche, j'en rattrape d'autres, bref, je ne me formalise pas. La course à pied, ça doit rester un plaisir. Je laisse Phil photographier les vaches et les chevals (pas de chacaux en vue). Ysolo me surprend, encore plus grande gueule que moi celui-là! Va falloir que je le surveille 8-) Paulo et le Piou semblent partis pour faire quelques kilomètres ensemble. Avant que la nuit tombe, Val me prévient qu'il va ralentir. Du coup il me largue et part devant, je ne le reverrai pas avant l'arrivée. Faudra que je lui explique le concept "ralentir". Ou alors on s'est mal compris. J'ai pas réussi à trop voir Jenjiskan, il est devant je crois. Il doit y avoir d'autres UFOs sur le parcours mais au bout d'un moment je sature, ma petite tête ne se rappelle plus de tous les visages, et finalement la course commence.

Premiers kilomètres
Aaaah, enfin sur la route. Le pied!

La course commence, oui, au km 42,196 donc, qui doit à peu près être l'endroit que je choisis pour déposer une somptueuse bouse. Mmm, pas sûr que ce soit très conforme à la charte du trailer, mais enfin quoi, je ne pouvais réellement pas traîner ça jusqu'à l'arrivée... Jusqu'ici le parcours est assez sympa. Beaucoup plus de bitume que ce que j'escomptais, par contre certains passages en sous bois sont particulièrement sympatiques. Je veux dire, c'est bien gras. Ca glisse, c'est pas très profond (pas de quoi s'enfoncer au delà de la cheville), mais il y a de quoi décorer ses chaussures. En parlant de chaussures, je suis littéralement bluffé par mes pompes. Je les avais juste rodées (60km en tout) avant le départ, mais là je constate que malgré un arrière très bas, si je fais attention à ne pas plonger le pied totalement dans 20cm d'eau, je reste sec. Je peux me permettre un grand "SPLOUTCH" dans de la boue liquide, ça mouille pas. De fait je ferai les 99 premiers km avec des chaussettes totalement sèches. Génial!

3 mousquetaires
Ysolo, Ufoot et Paulo, en route pour 100 miles. Une paille.

Question ravito, c'est super. Je ne traîne pas car j'ai tout le nécessaire dans mon sac. A part le 100ème où j'ai un "drop bag" et où j'ai prévu de faire une vraie pause marquée, pour tous les autres je fais juste le plein d'eau, mange une ou deux bricoles, voire rien du tout, et basta. Le ravito du 75ème est très sympa, j'adore ces ambiances de nuit, avec des bénévoles qui bichonnent les coureurs. Je serais bien resté mais le but est quand même de boucler la boucle, et c'est pas assis sur une chaise au 75ème que je vais franchir l'arche d'arrivée.

Question parcours, ce fameux ravito du 75ème était précédé d'un festival de chemins gadouilleux, du genre régulièrement pratiqué par les 4x4 et pas trop usé par les marcheurs. Avec des vraies ornières, des flaques bien larges, bref, je n'y aurais pas amené mes filles en poussette. Le seul passage réellement technique de la course c'était une descente (avant le 50ème je crois, en tous cas c'était le début de la nuit) assez raide avec des roches qui affleuraient, relativement casse-gueule donc. Le petit truc mesquin, c'était un passage à gué qui vous obligeait à mouiller les chaussures juste avant le 100ème. Par un hasard total et absolu, j'avais prévu des chaussettes sèches pour le ravito juste après. Donc je change de chaussettes juste après.

KM 83
C'est gras, qu'ils disaient. C'est pas faux. Mais y'avait pire.

Ce ravito des 100km, c'est un pur moment de bonheur. Situé dans un grand domaine, un superbe parc, je retrouve mon sac et déballe avec gourmandise un bon paquet de chips, des sandwichs, et des calamars en boîte. Je garde le sandwich pour la route. La vue de mes pieds me fait sortir les yeux des orbites. J'ai des belles ampoules (cloches en patois local) qui ne demandent qu'à éclater ou faire mal, ou les deux. Mais pour l'instant, rien. Je change de chaussettes mais les chaussures restent humides. Les remettre sans se faire mal est un exercice de style. Je bois du café (qui m'a un peu manqué pendant la nuit, si c'était à refaire, j'en emmènerais). Certains coureurs jettent l'éponge. Dommage, mais bon, il faut reconnaître qu'il reste quand même 60 bornes. 60 bornes en trail, fatigué, c'est long.

Mais bon je pars, j'ai une banane d'enfer, je vais en faire du p'tit bois de ce 100 miles, moi j'vous l'dit! J'essaye de courir le plus possible. Avec Michel, un coureur avec qui j'ai parcouru toute la fin des 100 premières bornes, et qui m'a accompagné pendant le levé du jour, on avait commencé à marcher souvent. Ma stratégie était plus ou moins de ne pas trop bourrer avant les 100 bornes, et après GAAAAZZZ!!! Donc j'avance pas si mal que ça. Mais j'ai derrière moi deux coureurs qui manifestement me rattrapent. Bon sang mais c'est incroyable, avec le jus que j'ai, je me fais rattraper? Quid? Je décide d'en mettre un coup. J'essaye la technique "courir 8 min, marcher 2 min". C'est pas mal. Le temps passe super vite, en 6 cycles on boucle une heure! Finalement je rejoins Michel. Tiens, j'aurais juré ne pas l'avoir vu partir du ravito du 100ème. Je le pensais derrière. C'est tant mieux, me voilà de nouveau avec de la compagnie. Et pour la petite histoire, les 2 coureurs qui marchaient si bien, et bien en fait de coureurs qui marchent bien, c'étaient... des marcheurs! Diantre, ils m'ont enrhumé quelque chose de correct. Michel a des hauts et des bas. Je décide de rester avec lui. Facile pour moi quand ça ne vas pas pour lui, mais à un moment il a un regain de pêche et p*tain j'en chie pour le suivre. Ca durera plus d'une heure. Mais c'est bien comme ça, c'est tant mieux pour lui et moi ça m'évite de m'endormir sur mes lauriers.

Le ravito du 120ème (j'appelle ça comme ça car j'avais en fait en tête des ravitos au km 25/50/75/100/120/140) est en fait un brin plus loin, au 127ème si mes souvenirs sont bons. C'est long... Il est vraiment le bienvenu quand il arrive. Je cogite un peu et percute qu'après tout, moins de 24h, ça se tente. J'attends la suite.

Le bilan est mitigé. Mes pieds sont dans une sale posture. Certes je suis au sec mais dans mon incommensurable bêtise je snobe encore et toujours les crèmes type Nok. Du coup pour pas que le pied glisse dans la chaussure, j'ai tout bloqué en serrant les lacets comme un malade au 100ème. Sûr ça frotte moins mais alors ça serre et ça fait mal sur le dessus du pied, ouille! En plus le gore-tex, super, mais là il commence à faire un peu plus chaud et j'ai l'impression d'avoir les pieds dans un four. Les chaussures respirent mal, couvertes de boue séche, de couleur foncée, elles captent les rayons du soleil et convertissent tout ça en une bonne vieille chaleur que je n'apprécie pas trop. Pour l'instant ça tient. Pourvu que ça dure. Côté jambes, c'est sans surprise, j'ai mal. Mais le bon côté des choses c'est que je trotinne encore. Pas mal au genou, pas mal à la cheville, rien. Et sur une distance de ce type: pas de nouvelles, bonnes nouvelles. Le fait même que je n'aie aucune blessure est un atout décisif.

En parlant d'atout décisif, il faut reconnaître que je me fais une bonne séance de "c'est mieux comme ça" sur cette seconde partie de la course (post 100km). La stratégie du "c'est mieux comme ça", comme son nom l'indique, consiste à voir du bien partout. On a le vent de face? C'est mieux comme ça car avec mes 82kg pour 1m83 je fais partie des coureurs "épais" pour qui le poids est le principal problème, et donc le vent je m'en fiche car il n'a pas de prise sur un tank. Il y a de la boue et c'est un brin technique? C'est mieux comme ça car j'adore sauter entre les flaques, c'est ludique, et à l'inverse d'autres coureurs que ça énerve, moi, ça m'amuse. Il y a une côte? C'est mieux comme ça car comme je n'ai pas une foulée aérienne je suis plutôt bon dans l'effort "force brute" et par conséquence je gaze bien en côte. Il y a une descente? C'est mieux comme ça car j'adore bourrer en descente. Il y a du plat sur bitume? C'est mieux comme ça car un p'tit gars de la ville comme moi c'est là qu'il est le mieux. Il n'y a pas de ravito avant 5km? C'est mieux comme ça car au moins ça aura servi à quelque chose d'emmener un sac si lourd. Je me suis trompé de parcours? C'est mieux comme ça car au moins ça entretien ma vigilance et en fait c'était surtout vachement bien joué de ma part de m'en apercevoir après à peine 100 mètres. Ad lib. Le "c'est mieux comme ça", c'est la stragégie qui gagne. Il faut une bonne dose de mauvaise foi et un pouvoir d'auto-conviction quasi-illimité, mais ça paye. Et d'ailleurs, c'est mieux comme ça.

Mais revenons à notre course. Sur la fin, Michel, avec qui j'ai abattu pas mal de km, a la cheville qui flanche. De mon côté, ça va plutôt pas mal, et j'ai l'impression d'avoir du jus. L'arrivée est à environ 20 bornes, et le "moins de 24h" est encore crédible. Banco? Banco! Je décide de bourrer. Bon alors, hein, oui, du calme, bourrer ça veut dire 9km/h en pointe, et 5km/h en marchant le reste du temps. Mais bon, ça devrait passer. Je me retrouve seul, faut que je cherche ma route. Sans se tromper s'il vous plaît. J'ai un ou deux passages difficiles mais ne sort pas le road-book, je calcule que le sortir et perdre n * 10 secondes à le lire sera plus pénalisant que de risquer un petit aller/retour de 100 mètres. Avec le recul, je pense que le calcul était bon.

KM 139
Jusqu'au bout, le parcours a su mélanger avec subtilité l'élément solide et l'élément liquide. Sploutch.

Sur ces 20 derniers km, je me fais vraiment plaisir. Autant j'ai eu des passages à vide en fin de nuit, où je me suis dit que vraiment ce sport (l'ultra) était trop dur pour moi, que c'était la der des der, autant là je suis bien. J'ai mal partout, j'avance plus, mais j'adore ces moments où l'on sent que l'arrivée est accessible, que la machine est en train de flancher, et qu'on grille ses dernières cartouches pour... rentrer en moins de 24h! Ca devient une obsession. Un peu comme aux 100km de Royan où le thème était devenu moins de 10h sur les derniers km. Pour le coup, j'ai de quoi exprimer ma soif d'efforts, même sur la fin du parcours, il reste quelques montées et surtout un somptueux passage gadouilleux à environ 10 bornes de l'arrivée. Ignoble, avec des branches bien basses qui s'agrippent à ma casquette ou encore des branches carrément par terre, qui n'attendent que vos pieds pour les attraper et vous foutre par terre. Je me régale, yeaahhh, let's be trail! C'est maintenant, après 150km de rando course, que je prends mon pied. Attention, pas de snobisme mal placé, je n'ai jamais dit qu'il me fallait 150 bornes pour m'amuser, je peux avoir mon compte bien avant... Mais en ce 4 juin 2006, c'est sur le coup de 14h/15h que j'ai mon petit quart d'heure de gloire. J'en chie et ça me plait. En plus il fait beau.

Sur les tous derniers km, je me fait atomiser par un coureur qui coure non seulement plus vite que moi, mais aussi plus souvent. Comme quoi il n'y a que dans ma tête que je suis en train de foncer 8-) Mais ça ne me gâche pas mon plaisir. J'arrive enfin au stade en 23h50. La lutte n'aura pas été aussi acharnée qu'à Royan où j'avais à peine une minute de marge pour atteindre mon objectif, mais enfin je me suis bien fait plaisir.

A part ça, j'ai mal aux pieds, et je ne rêve que d'une chose: quitter ces saletés de chaussures et enfiler des sandales. Mais on insiste pour que je rentre dans la salle. Mais enfin la voiture est à 10 mètres!!! Bon, allez, je rentre. Et là, la "Celeste Touch", musique à donf', Iron gonflé à bloc au micro et on y va "tin tintin tintin tin tintintin tintintin" "bravo 100 miles c'est énorme" et voilà que tout le monde applaudit et c'est la fête. Mortel, ça au moins de l'accueil, wooo! Bilan des courses: c'est long, c'est dur, mais c'est bon!

Paulo et son Nuton
Iron vient de remettre son Nuton d'or à Paulo. Tout ça pour ça!

Sur ce, je prend une bonne douche, apprend avec déception les divers abandons decertains de mes compagnons de route, et j'attends Paulo , qui arrivera environ 10 minutes après les deux derniers (authentique!). Il n'a pas du pouvoir résister à la tentation de nous faire stresser un brin avant d'arriver. J'ai bien failli avoir 5 minutes de doute sur la fin. Pourtant je le sais qu'il termine toujours, à force je devrais le savoir 8-) Michel arrivera une petite demi heure après moi, j'apprends alors qu'il est sur le podium qu'il travaille dans le vin, impressionnant qu'on ait réussit à ne pas aborder le sujet vu le temps qu'on a passé ensemble, ou alors j'ai oublié 8-) Ysolo arrive frais comme un gardon (c'est sûr il a fait semblain) et selon ce qui semble être une habitude chez lui il a du mal à rentrer son large sourire sur son visage. Ca fait plaisir à voir. De leur côté, Val et Jenjiskan ont terminé comme des avions, surtout Val. Le premier termine en moins de 16h, je suis mystifié.

Voilà, et donc pour conclure, à peine 15 minutes après être arrivé, j'étais déjà en train de concocter des plans diaboliques pour l'avenir, et de me convaincre que c'est promis, si jamais les Coureurs Célestes nous (re)concoctent une petite sauterie dans le genre, j'en serai. Merci à P'tit Lou et à tous les autres. Tout était nickel, l'accueil, le tracé, les bénévoles, l'organisation, un sans-fautes! A bientôt ;-P

PS: super les boulets-frites à l'arrivée, un régal, merci cuistot!

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Mis à jour le mardi 13 juin 2006.