CR Raid 28

Dimanche 15 janvier 2006

Après avoir longtemps lorgné vers cette épreuve, je m'étais jeté à l'eau en 2005 avec les Ultrafondus du Zoo. Cette année, impossible de ne pas re-signer, d'autant qu'à force de titiller Jean-Paul j'ai fini par le remotiver pour participer une 3ème fois. C'est lui qui nous dégottera une petite équipe aux petits oignons. Enfin, disons qu'on se greffe sur une équipe constituée de plein de gens d'un club de course à pied du côté d'Issy les Moulineaux. Apparemment c'est Astrid, qui sévit aussi sur le forum de l'ultra, qui chapotte la chose. J'ai pas tout compris comment ça fonctionne ni qui fait quoi ou et comment mais bon le résultat est là: on est inscrits:

Telle est la composition de notre bêêêlle équipe, qui s'appelle donc (et c'est prémonitoire) "Tais-toi et rame!"...

Noter qu'on a failli avoir un sixième membre en la personne de Stéphane. Mais suite à un ennui technique, il ne peut pas courir. Il participera quand-même au raid, mais en tant que bénévole.

Patricia a été naturellement désignée capitaine. Elle a la pêche, elle est sérieuse (mais pas chiante), et accepte de porter le chapeau. Cool.

Caro prépare l'UTMB. Ce Raid 28 fait partie de sa préparation. Si j'ai bien suivi elle a carrément un bon niveau (genre du 12h00 à Millau ou un truc dans le style) mais semble un peu timide par rapport au 28.

Edwin, lui, je le rangerais dans la catégorie avion ou fusée supersonique, son temps au marathon me laisse rêveur. Le genre de temps que je ne ferai vraisemblablement jamais, en "2 heures quelque chose". Diantre. Son objectif, c'est le marathon de Paris. Le Raid 28 contribuera à sa préparation foncière.

Jean-Paul, c'est donc mon papa. Pour l'instant il a participé 2 fois au raid. Une fois éliminé car hors-délai de 20 minutes, mais avec toutes les balises trouvées. Rageant hein? Une autre fois stoppé en plein vol par un bras cassé. Mais non, pas un autre participant, bougre d'âne!!! Il s'est juste cassé le coude pendant la course. Donc en fait, il n'a jamais terminé le Raid 28. Ce coup-ci, ce sera bon, enfin il l'espère, et moi aussi. Voir son récit de la course .

Et moi donc, je participe pour la seconde fois. En guise de préparation, heu, pas grand chose. Je me suis bien remis de mes frasques autour de l'Île de France . J'y suis allé cool depuis. J'ai fait 2 semaines un peu chargées fin décembre (mais non c'est pas ce que vous croyez). Le week-end précédent la course, je choppe la tourista de la mort qui tue. Si le raid avait été à cette date là, je ne sais pas ce que j'aurais fait. Impossible de courir. Démotivation totale, deux de tension, arrêt au stand toutes les 20 minutes. Ainsi je manque le repas de cohésion du vendredi 6 janvier. Point culminant de ma préparation: une sieste samedi après-midi, qui vient clôturer une mini cure de sommeil entreprise la dernière semaine avant la course.

Du coup on ne se sera jamais tous vus avant le départ. L'équipe se connaît "par bouts". Je connais évidemment Jean-Paul. Patricia, Caro et Edwin se connaissent bien aussi. Et avec Ewin et Jean-Paul, nous avons fait un bout de chemin ensemble début Janvier, du côté d'Argenteuil. Je leur ai fait découvrir mes petits coins à moi du côté des buttes du Parisis. Ça pourrait faire l'objet d'un compte-rendu si j'avais du temps et du courage. Disons simplement qu'on a vadrouillé pendant 3 heures dans les bois, la nuit, avec de la côte, des séquences "je me perds dans la forêt". Et tout le toutim.

Ah oui, aussi, j'ai vu Patricia en coup de vent lors de la Corrida de Noël à Issy les Moulineaux. Ma femme valérie y a participé. Son premier 10km sur route. Elle termine dans un temps plus qu'honorable d'1h04, vu la maxi méga côte que le parcours enprunte deux fois, elle était très contente. A tel point qu'elle m'a dit après coup en parlant des gadgets distribués aux arrivants "c'était génial que tous les gagnants aient reçu un cadeau". C'est pas mignon ça?

Mais revenons au sujet principal, le Raid 28. Samedi 14, je quitte donc Valérie pour rejoindre Jean-Paul. Je pars le coeur pas vraiment léger, mes deux filles sont malades, elles profitent à leur tour de la gastro que le papa expérimentait le week-end précédent. La galère. De Sainte Geneviève des Bois, on part vers Bures. J'appréhende déjà l'orientation... Je stresse sur le thème "vais-je arriver à trouver le gymnase?". Hum. On trouve. On croise quelques UFOs, on retrouve des têtes connues. J'ai déjà froid rien que de penser à la course.

Je fais enfin connaissance avec l'intégralité de l'équipe. On passe aux formalités administratives. Je chambre le Sanglier, Koline et Lafrite car Phil n'est toujours pas arrivé. "Je viens de l'avoir au téléphone, tout baigne il vient de partir d'Evreux!!!". Ha ha ha je suis trop bête, c'est plus fort que moi. Je continue la séance de blagues nulles devant une caméra, en compagnie de Caro. J'en rajoute un peu (voire beaucoup) trop, mais bon je me suis préparé pour un Raid, pas pour une séance de showbiz dans un local de gymnase!

J'essaye de bien écouter le briefing. On nous donne 3 correctifs sur des informations de balise. Les conseils de bon sens habituel, ça va sans le dire mais ça va mieux en le disant.

Je suis en train de reporter les correctifs sur un papier car je n'ai pas confiance en ma petite tête, quand je percute que le départ c'est là, maintenant, tout de suite. Toutes les équipes sont alignées. Merdum merdum, où est la mienne? Panique! Bon, je les trouve. Je me calme, il reste 3 minutes. OK. Je prépare crayon, et essaye de faire le vide. Ca y est, Pat a récupéré les cartes, la feuille de route et le carton à poinçonner.

L'objectif: reporter 5 ou 6 balises, et après on verra. C'est pas trop dur à reporter. On est quand même bien lents, moult équipes sont déjà parties quand enfin nous quittons le gymnase. Et là, ce que je craignais se passe. Je n'ai strictement aucune idée de la direction dans laquelle il faut partir. Je regarde ma boussole, je sais pas trop si c'est tout de suite à gauche, ou plus tard. Le parcours est balisé au départ, mais je ne vois pas le marquage (normal, je ne le cherche pas...). Enfin ça va il y a plein d'équipes donc on suit le flot. Dès le premier virage à gauche, et donc le premier chemin, cette perte de moyens ne sera qu'un mauvais souvenirs. Mais ça reste fort de café, sachant que les organisateurs avaient tout fait pour que le début soit simple, et d'ailleurs c'est marqué en gros sur le road-book "Pour vous aider à démarrer confortablement, nous avons balisé la route jusqu'au PP002".

Très vite on trouve pour l'orientation un mode de fonctionnement qui marchera assez bien. Jean-Paul tient la description des balises entre ses mains (le road-book quoi) et moi j'ai la carte sous les yeux. Je lui demande régulièrement de me répéter à voix haute la description des balises. Ainsi à force j'arrive à m'en rappeler (j'ai une très mauvaise mémoire...) et toute l'équipe en profite. Ca donne un petit aspect ludique et quand on s'y colle à cinq pour chercher, autant que tout le monde sache ce que l'on cherche. Cette technique évite aussi qu'un seul orienteur fasse tout tout seul. Le gros défaut, évidemment, c'est que quand je cherche un truc rapido sur la carte, j'ai toujours besoin d'avoir Jean-Paul sous le coude pour me répéter la définition de balise. Et on perd un tout petit peu, mais un petit peu quand même, de temps.

Ce qui est bien avec ce parcours, c'est qu'il est tout de suite rigolo. Dès le début on cherche des balises. On les trouve, mais faut chercher 8-) De mémoire la 2 nous donne un peu de fil à retordre, avec un bel embouteillage d'équipes. La 3, je manque de la laisser tomber car je crois que c'est une bleue. Décidément, si le reste de l'équipe se rendait compte du potage dans lequel je suis, ils s'inquiéteraient, c'est sûr.

On tente la balise bleue 6, la première bleue en fait, car elle est vraiment juste tout près du parcours. On trouve pas. J'ai pourtant bien pris mon azimut, j'ai utilisé l'odomètre du GPS pour aller à 120m comme c'est écrit, on trouve bien un talus tout ça tout ça. Mais pas de balise. Rien, nada. Plein d'autres équipes jardinent comme nous. On finit par laisser tomber. Et quelques encablures plus loin, on se rappelera "b*rd*l de Zeus, c'était la balise dont on nous avait dit au briefing qu'elle était à 160m, pas 120m". Zut alors, c'est trop bête. En plus je l'ai noté sur un papier. Sauf que je n'ai pas lu le papier, et donc, ça n'a servi à rien. C'est pas grave, on est là pour s'amuser.

À ce propos, mes coéquipières et coéquipiers semblent plutôt apprécier la ballade. Physiquement il n'y a pas de soucis, et le moral est bon, l'humeur joviale. De mon côté après la mini panique de début de course, je dois gérer ce que je redoutais. J'ai un mal de jambe carabiné, une espèce de truc bizarre qui me reste de ma mésaventure gastrique du week-end précédent. J'ai des espèces de courbatures permanentes qui apparaissent dès les premiers mètres courus. Jeudi j'avais couru un petit 10km à l'entraînement, et c'était exactement pareil. J'imagine que les 2 ou 3 kilos que j'ai perdus en 2 jours n'y sont pas pour rien, dans le genre déshydratation on ne fait pas mieux. Certes depuis j'ai beaucoup bu mais il reste des traces, c'est manifeste. Mon calcul, et il ne s'avérera pas si faux que ça, c'est que si ça impacte un peu mes perfs en début de course, au bout de 10 heures de course, ça ne fera plus beaucoup de différence, et dans tous les cas il y aura bien au moins un de mes 4 compagnons de route qui tournera de l'oeil. Auquel cas on ralentira, et ma faiblesse passera inaperçue. Curieusement, la douleur apparaît surtout en descente, mais sur l'arrière des cuisses, pas là où on l'attendrait à priori. Enfin bref, ça ne m'empêche pas d'avancer, on trace!

Je manque encore de fourvoyer mon équipe entre le PC1 et le PC2, juste devant le CEA. Nom d'un zob, il s'agirait que je fasse preuve d'un minimum de sérieux si je ne veux pas envoyer toute l'équipe droit dans le mur. J'essaye de me concentrer. On progresse bien. Le parcours est assez sympa. On n'est pas loin de la légendaire Ceinture Verte que j'ai parcourue en novembre dernier. On fait une pause pour reporter de la balise, tout se passe de mieux en mieux.

On arrive enfin au niveau de l'aqueduc. On rame un peu pour trouver la balise, heureusement on profite sans scrupule du fait que bon, on a vu une équipe traverser le muret juste avant, demi-tour sur 50m et c'est bon, dans la poche. Ensuite, ça commence. On doit traverser l'aqueduc en empruntant la Bièvre. Splitch splatch splotch. On perd un temps précieux au niveau du point de contrôle. On met un temps fou à se regrouper, tout le monde discute, et dans ce temps 2 équipes nous passent devant. Du coup on fait la queue. Et comme Jean-Paul était quelques marches plus haut, même pas le temps de reporter une seule balise vu que c'est lui qui a les descriptions et moi la carte. Bon, c'est pas très grave. Enfin on a les pieds dans l'eau. C'est glacé. Brrrrrr. Il n'empêche que je suis plutôt content. Au moins cette fois-ci on ne pourra pas me taxer d'avoir fait un Raid 28 au rabais avec même pas d'eau et juste quelques chemins pépères dans la Beauce. Il est suggéré par notre capitaine de changer de chaussettes à la sortie de l'eau. J'explique mon point de vue: on n'est pas sûrs qu'il n'y a pas un 2ème passage dans l'eau 200m plus loin, je suggère qu'on continue d'avancer un peu, et dans 20 minutes si on estime que c'est bon et qu'on a vraiment les pieds glacés, on se changera. Pour l'instant, en avant!

Il y a ensuite une CO. On zappe. Pas le temps, pas le talent pour ce genre de blague. On envoie les filles et Edwin chercher une balise qu'on a du mal à localiser pendant qu'on en reporte d'autres. Ils reviennent broucouille (comme on dit dans le Bouchonnois, n'est-ce pas). De fait le mauvais orienteur de service les a fourvoyés, la balise est toute simple à trouver, seul défaut, c'est re-les pieds dans l'eau. Et cette fois, pas long, mais bien profond. Caro, qui est bien plus petite que moi, en profite d'autant plus. Je participe à l'effort collectif, aide 5 ou 6 gars à remonter, on poinçonne notre dossard, et c'est reparti mon kiki.

On arrive ensuite dans une zone que je connais bien, car c'est plus ou moins mon second parcours d'entraînement préféré. Je cours souvent le midi au boulot, et en général je fais un tour de la base de loisirs de St Quentin en Yvelines, mais quand j'ai envie de ralonger ou de changer ou les deux, je fais un tour de 14km par les étangs de la Minière. Et donc, c'est par là que passe le parcours. Je suis serein, je connais bien la région, tout baigne. Sauf qu'une balise sur la rive Nord de la Bièvre nous pose problème. J'ai bien vu la limite de canton, surveillé au GPS qu'on avait parcouru la bonne distance, mais rien. Demi-tour, ça devait être le petit chemin qui partait à gauche. On prend le chemin, on traverse la Bièvre. Mince, mais elle est au Nord??? En fait un petit chemin longe la rivière, rive Nord. OK ça doit être là. En plus, ça ressemble plus au Raid 28, le chemin de randonnée pour poussettes sur lequel nous étions précédemment n'était pas crédible. Là, ça glisse, on peut potentiellement finir trempé au moindre faux pas, on n'avance pas, c'est bon, la balise est là. Retour sur le chemin en traversant dans les ronces, heureusement pas trop épaisses. Ensuite on arrive sur mon terrain d'entraînement pour de bon, là vraiment c'est exactement le chemin que j'emprunte pour m'entraîner. Les yeux fermés, les doigts dans le nez, et surtout, surtout, j'ai l'impression d'être chez moi et ça ça vous met du baume au coeur. Cool. Ironiquement, une des balises est à un endroit que j'ai mis un temps fou à trouver, à l'entraînement. Essayez de courir dans le secteur en apprenant simplement la carte par coeur avant de partir, vous verrez c'est pas si simple.

On s'arrête donc au PC4, pour faire pause casse-croûte, report de balise, and so on. On est toujours sur mon parcours ultra-habituel. Un bénévole nous dit que nous avons "du temps". On hésiterait presque à faire la spéciale memory, surtout que c'est ludique, ça peut rapporter gros, et puis après tout je connais les lieux. Sauf que... un autre bénévole nous dit qu'on est à la bourre. Quid? Dans le doute, on file. Ah, misère, j'aurais bien joué à chercher la p'tite bleue mais il faut se rendre à l'évidence et être raisonnble. Et de toutes façons il reste une spéciale CO plus loin dans le parcours, si à ce stade on a encore des piles, il sera toujours temps d'y aller!

Je fais le malin sur le fait que je connais bien le coin n'empêche que je n'emprunte pas le GR alors qu'il aurait fallu (et que je connais super bien son entrée, mais je fais *exprès* de ne pas le prendre) et du coup on débouche trop au Sud des réservoirs d'eau. Et on perd 2 minutes. Ca n'a l'air de rien, 2 minutes. Mais 2 minutes + 2 minutes + ... + 2 minutes = grosse déception à l'arrivée. On merdoie encore au niveau de la prison de Bois d'Arcy. Trop au Sud, on n'est pas descendus assez tôt. Petit détour de 50m, et on attrape quand même la petite balise.

Là on décide de faire un choix un brin risqué, mais pas trop quand même. Avec Jean-Paul, on est convaincus que les balises 41 et 42, bleues, donc optionnelles, sont faciles à trouver. On fait un petit détour par rapport à ce qu'on aurait fait sinon, mais au final ça rallonge à peine. Pat valide l'option, c'est parti! De fait Edwin trouve la première balise. On a au passage décidé il y a un petit bout de temps que ce serait lui qui poinçonnerait. Comme il est "l'homme fort" physiquement, il peut se permettre de faire des petits extras, en plus c'est sympa ça lui permet de participer un peu plus, je pense qu'il apprécie. La suivante est trouvée assez facilement aussi, suffisait de ne pas rater la ruine.

Au passage, je soulignerai l'importance que le GPS a eu pour moi. Pas tellement pour la position absolue, ça c'est AMHA trop compliqué à gérer en course, et comme mon Foretrex 101 n'a pas de fond de carte intégré, c'est injouable. En revanche la fonctionnalité odomètre est terrible. Quand on se dit "c'est à 500m" on peut vraiment vérifier qu'on est à 500m et pas 300m ou 800m. Ca paraît bête mais quand on est fatigué, ce genre de béquille peut vous sauver de l'erreur grossière.

Il n'empêche que le GPS ne nous permettra pas de trouver la balise 43. La catastrophe totale. Je nous fais remonter quand il aurait fallu rester à la lisière entre les pavillons et la forêt. Ensuite on tente de traverser dans les ronces. La mauvaise idée: on a suivi une équipe qui s'y était engagée. On se plante, on rame, on s'emmêle dans les épines et les branchailles, on perd du temps. Et on ne trouve pas la balise. Tant pis, on fait l'impasse. Au final: on a 40 minutes de pénalités, plus 20 bonnes minutes de perte de temps sèche, si ce n'est plus. Donc, une heure dans la vue, au minimum. Pas terrible tout ça. Sur les raisons de cet échec?

  • On n'a pas assez regardé le parcours au 1/100000ème, fourni par l'organisation. Cette erreur on la refera tout au long du parcours, même si sur la fin c'est moins pire. C'est un peu lié au fait que Jean-Paul a le road-book et moi les cartes, mais pas seulement.
  • C'est marqué "Les Tasses". Entre guillements. Donc c'est dans le patelin, si c'est entre guillements. En lisière de forêt. La lisière de forêt, c'est le bord non? Mais moi, la patate de service, je nous ai fait quitté la lisière de forêt, pour nous engager dedans. Ze boulet. Ce qui m'a enduit d'erreur c'est le fait que la parcelle 17 donnait l'impression de se finir plus au Sud que la réelle limite avec les pavillons. Il faut lire les instructions! Comme on dit en informatique: RTFM! Read The Fucking Manual!

Tout ceci n'est pas très grave, on conserve bonne humeur et optimisme.

Juste avant le PC6, on va se re-fourvoyer sur une balise. Une sombre histoire de dépression. Cette fois-ci l'erreur c'est:

  • encore une fois, pas regardé le parcours au 1/100000ème...
  • mal lu les limites de parcelles sur la carte
  • pas fait confiance à notre intuition et aux lignes de niveau de la carte (on voyait la dépression)
  • ignoré le chemin qui montait, emprunté par une équipe devant nous, sous prétexte qu'il n'était pas marqué sur la carte.

Dit comme ça, on a l'impression qu'on a joué aux débiles profonds, mais - et c'est ça aussi le Raid 28 - ce qui a l'air très simple au chaud derrière un clavier d'ordinateur l'est beaucoup moins sur place, quand le chrono tourne, quand on a la pression, quand il fait nuit, et quand on a un millier de choses à faire en même temps.

Sur la gestion de ma petite personne, l'avantage d'orienter, c'est qu'au moins on n'a pas le temps de se répandre en considérations métaphysiques. Je bois, mais c'est tout. Pour ce qui est de bouffer, de savoir si on court depuis 2h ou 5h, d'imaginer ce qui reste à faire, de se poser la question de savoir si on a mal quelque part: c'est simple, y'a pas le temps!

On manque de rater la balise sur la statue, à l'extréminé Est du "Chât.". Ici encore un petit loupé sur l'orientation. Il y a deux options pour aller au château. Le chemin ou la route. Je parie sur le chemin me disant que la route c'est pas crédible, ça fait pas Raid 28. On croise sur ce chemin une équipe qui fait demi-tour excédée. On en déduit que "ça ne traverse pas". Demi-tour et par la route donc. Arrivé au château, pas de balise. Mince alors. Et là, je percute à la n-ième relecture de la description de balise par Jean-Paul. C'est sur la statue à l'Est. Mais bon sang la statue elle est marquée en gros sur la carte! A 100m de l'endroit où on a fait demi-tour!!! On ne saura jamais si on a bien fait ou pas de le faire, ce demi-tour, car à lire certains compte-rendus, il y a bien moyen de se retrouver coincé dans cette zone. Enfin, on poinçonne, et on est partis. Ca commence à fatiguer. Edwin a ses boyaux qui lui font de mauvaises blagues, et les filles accusent un peu le coup. On se ménage.

Pour la suite, la carte est inversée Ouest <-> Est, symétrie verticale. C'est très amusant de faire l'orientation dans ces conditions. On tente quelques bleues, on en a eu une je crois, et c'est tout. Dans l'ensemble on s'en tire pas trop mal.

Sur ce, on est à la bourre. On ne fait pas trop part de nos inquiétudes au reste de l'équipe, mais on sent bien, avec Jean-Paul, que pour être à l'heure au PC12, ça va être chaud. Ca craint du boudin, comme dirait l'autre. Mais au final, qu'avons nous comme option? Quel est le choix? Faut avancer pardi! Finies les balises bleues en tous cas, on n'essaye même pas de les reporter. Une minute de gagnée, c'est une minute de gagnée.

Je décide de faire un "sans fautes orientation". Ca paraît jouable, les balises ont l'air simple. On assure du feu de dieu sur une balise située au niveau de la traversée du Ru d'Elancourt. Très peu des équipes qui sont passées en même temps que nous ont du l'attraper celle-là. Hé hé hé. Ensuite on fait l'expérience de la solidarité inter-équipes. On cherche une balise à un carrefour où 2 autres équipes glandouillent, et on ne trouve pas. On cherche on cherche. On trouve pas. Personne ne nous montre la balise, on finit par se dire que quand même, si elle avait été là, on aurait fait un geste sympa, on nous l'aurait dit. On avance. Pas de balise au carrefour suivant. On fait demi-tour avec Edwin et Jean-Paul. Bon sang, elle était là! Et aucun des 10 autres zouaves ne nous aurait aidé, s'y faut il y en avait même un planté devant la balise pour la cacher tiens! Lt Blueberry, gare à tes fesses si je te retrouve 8-)

Lever du jour, et passage sur une petite digue que je connais bien, je vais de temps en temps m'y promener avec ma belle-mère et toute la petite famille. Je ne m'attendais pas à passer là en mode "raideur". On se pose un petit peu, je change les piles du GPS, la suite va devenir un peu plus urbaine.

En discutant avec les bénévoles, on s'aperçoit qu'on est loin d'avoir de l'avance, mais c'est une situation partagée par toutes les équipes. Maintenant on est vraiment en mode "course contre la montre". Je calcule qu'il est faisable d'atteindre le PC12 à 11h00, ce qui est la première barrière horaire susceptible de nous voir disqualifiés. C'est chaud. Si on tient le rythme, si on ne se plante pas, on peut y arriver. Si on fait une erreur d'orientation, ou si on ralentit, ou bien si on s'arrête pour regarder si nos orteils bronzent bien, on est cuits.

On monte un plan infernal pour attraper quand-même la balise de la "Hutte Montavale" qui nous éloigne de 200m de la route principale. 200m aller + retour ça fait 400m soit 5 bonnes minutes au rythme ou nous avançons. Et on n'a pas 5 bonnes minutes à gaspiller. On fait le détour avec Edwin. Je pensais plutôt y aller avec Jean-Paul mais celui-ci est déjà parti, il a pris de l'avance avec les filles. Tant pis. C'est dommage car Edwin commence à avoir le genou qui flanche. La bonne vieille douleur traitre qui vous surprend alors que tout allait bien. Je l'aide à se "strapper" le genou mais j'ai deux mains gauches et suis hyper mal à l'aise avec la bande et tout le tralala. J'ai une sainte horreur de tout ce qui est matériel médical, des hopitaux. La simple vue d'une trousse à pharmacie m'effraie, je pense douleurs aigüe et passage par la case cimitière à la simple évocation du corps médical et de ses attributs. C'est pas de mon plein gré que j'irai creuser le trou de la sécu! Enfin bon on lui met sa bande. Je suis intimement convaincu que ça ne sert à rien, mais bon s'il la veut il l'aura, y'a pas de soucis. On cherche la balise. On ne voit pas la ruine... Zut zut zut! Et après il faudra rattraper les autres. Finalement une équipe qui nous suit la trouve. Demi-tour, on l'attrape, c'est du tout bon. Le retour sur le reste de l'équipe est pénible. Edwin a mal. Moi j'ai du jus comme pas permi. Finie la douleur aux jambes de début de course. J'ai une patate infernale, je suis gonflé à 100kg, j'ai la pêche, on va l'avoir ce point de contrôle!!! Ceci dit je suis partagé entre mon envie d'y aller comme une brute et le fait que bon, ben faudrait pas non plus dégoûter Edwin... Dilemne. Je ne suis pas trop fin psychologue. Dans le doute j'essaye d'aller à un rythme que je pense "suivable". Edwin suit 10 mètres en retrait, et on arrive à faire la jonction avec les filles au niveau du pont sur les étangs de Hollande. Ouf.

Là, y'a pas photo, on regarde le chrono avec Jean-Paul, et aucune autre solution que de courir. Impossible de prendre le tunnel, on n'a pas le choix, faut passer par la voie haute. Ca fait un bail qu'on marche à 5Km/h, mais là y'a pas moyen, faut courir. On a 10 minutes pour 1km, à 5km/h, ça passe pas. On expose la situation aux filles. Elles sont partantes. Ouf. C'est pas pareil dans d'autres équipes, j'entend que l'ambiance se détériore, entre ceux qui n'y croient plus, ceux qui y croient mais se plaignent qu'à l'arrière plus personne ni croit. Bref, en fait, on est plutôt bien, comparativement. Pendant que le reste de l'équipe par en trottinant, je cherche la balise à l'entrée du tunnel. Enfin non je la cherche au mauvais endroit, en marge du chemin près de l'étang. Des chasseurs me disent "mais non c'est par là!". Par là la route, oui, mais la balise? Je jardine, le chrono tourne. Il ne faudrait pas que les filles arrivent à l'heure mais que par ma faute je fasse tout rater. Tant pis, elle est pas là, j'irai voir à l'entrée du tunnel et basta. Effectivement, elle y est, à l'entrée du tunnel. Je poinçonne et pars à fond. Je souffle comme une locomotive, je suis bien dans le rouge, mais bon on verra plus tard, l'important c'est d'arriver avant 11h00. Et ça marche, je recolle sur le groupe juste quand ils arrivent, 10h58, c'est du tout cuit.

Rhâââââââ, on l'a eu ce PC12. Victoire!!! Sauf que, en fait, ils ont rallongé le temps limite d'1/2 heure. Du coup notre coup de bourre final s'est avéré inutile. Greu! Pas si inutile que ça, la victoire est symbolique, et elle réchauffe les coeurs. Et de plus, c'est une victoire collective. Tout le monde y a mis du sien. Edwin a surmonté sa douleur sans broncher, Patricia et Caro ont couru alors que c'était à peu près la dernière chose qu'elles envisageaient, Jean-Paul a soutenu Caro, et moi, bon, j'ai attrapé ma petite balise sans retarder personne. Ceci étant il faut maintenant lâcher du lest, si on repart tout de suite on va briser tout le monde, donc on s'arrête et on mange. Je ne suis finalement pas fâché de vraiment manger quelque chose. Je transvase mon coca. Stéphane - qui a failli courir avec nous - hallucine de me voire sortir une bouteille de 2L de coca, pleine, de mon sac à dos. Hé oui, le bonhomme ufoot il est comme ça, il boit beaucoup. Je préfère bien boire et porter lourd plutôt que risquer la déshydratation, synonyme de perte de performance, de baisse de moral, et éventuellement de blessure. Du moment que le sac est vide à la fin, c'est que ce qu'on a emmené était utile. Et glou et glou et glou, 2L de bon liquide noirâtre remplissent ma poche à eau. Je discute, je mange, on a bien du rester 1/4 d'heure (c'est un minimum) à ce point de contrôle. Des UFOs arrivent (Koko, Lafrite, Le Sanglier, Loran et Phil), on leur emboîte le pas.

Très vite nos routes divergent. J'ai quand même le temps de jouer au con et d'essayer d'éclabousser Phil, malheureusement je le loupe et la gerbe de boue fantastique escomptée tombe à plat, je l'atteins à peine. Zut. Donc ils partent tout droit, nous à droite. On attrape la balise. Pas eux 8-) Enfin si, Phil fera demi-tour plus tard. Hin hin hin (rire diabolique).

Je constate que si on veut avoir la prochaine barrière horaire, il faut tirer au plus court de chez plus court. La nouvelle stratégie, c'est "les filles d'abord", en mode tout droit, et si on peut attraper les balises en faisant un crochet sur le côté, c'est tant mieux. Et ça marche pas mal. Edwin a le coup d'oeil pour les voir, les balises. Moi et Jean-Paul on n'est pas très forts dans ce domaine. Les équipes se délitent. On croise de plus en plus deux ou trois coureurs isolés. On évite de se perdre. Ce qui est bien c'est que maintenant j'ai pris confiance en mes capacités à diriger le groupe dans la bonne direction. Je soupçonne aussi que le parcours est plutôt plus simple et que le jour nous aide beaucoup. Mais il faut positiver. Plutôt que de se dire que c'est simple, mieux vaut se dire qu'on est super fort 8-)

A ce stade, je soupçonne que pas mal d'équipes renoncent à attraper les balises. Ca sent la démotivation à tout crin. Ca sent le roussi. Y compris chez nous d'ailleurs. En fait, c'est simple, très vite, je sais pertinemment que nous n'avons aucune, mais alors aucune chance d'arriver au PC14 dans les temps. C'est impossible. Quand bien même on aurait eu une chance de le faire, notre arrêt prolongé au PC12 anéantit tout espoir. A plusieurs titres. D'une part on y a perdu beaucoup de temps. Sans regrets car sinon la cohésion de l'équipe aurait explosé, la décision de Patricia était la bonne. D'autre part, cet arrêt marque la fin de toute "course" à pied. On marche, et on marche de plus en plus lentement. Caro est cuite, ses pieds lui font atrocement mal. Elle continue mais ça lui coûte très, très cher. Je l'admire. Edwin est cassé, sa jambe ne lui permet plus de courir. Surtout, je soupçonne que cette farce ne l'amuse plus du tout. Il en a marre, il n'a rien à prouver, et c'est plutôt un long calvaire qui se profile. Patricia tient bon son poste de capitaine, mais faudrait pas la chauffer longtemps pour qu'elle envisage l'arrêt au PC14...

La démotivation latente de l'équipe apparaît lorsque Jean-Paul et moi partons chercher une balise en laissant le reste de l'équipe avec comme consigne "c'est tout droit". On y va, on la cherche, on la trouve, on revient, et... ils n'ont pas bougé d'un mètre. Je ne dis rien mais sais immédiatement qu'ils n'y croient plus. Bon sang, quelle idée de faire du sur place alors qu'on est à 30 secondes près. Catastrophe, ention et damnafer 8-( Je ne jette absolument pas du tout la pierre à mes coéquipiers, aucun reproche dans mon propos. Mais le constat est là, ça n'y croit plus. Faut dire que logiquement, rationnellement, on est sûrs et certains de rater le temps limite. Mais on est pas venus là pour réfléchir, fût-ce rationnellement, on est venus là pour terminer le Raid 28, nom de Zeus!

Ma stratégie à ce moment va être simple. Qu'est-ce que j'ai à apporter à l'équipe? Je ne suis pas un fin pyschologue (déjà dit...) je laisse donc le soin à Jean-Paul de soutenir Caro, qui, pardonnez-moi l'expression, en chie grave. En fait, mon seul point fort, c'est que je suis motivé comme pas permis, et que j'ai de la marge du côté physique. Je boue, j'en peux plus. Tremblez balises, je m'en vais vous asticoter le poinçon moi!!! Le groupe part donc tout droit, et je vais poinçonner tout seul de la balise illico. J'en attrape deux mémorables, une près d'une mare, et l'autre près d'une ruine. A chaque fois j'ai vraiment quelques minutes pour chercher, pas de carte (tout dans la tête), et ça passe, je la trouve, je poinçonne, et je retrouve ma route. La première je l'obtiens en suivant de mémoire des ruisseaux assechés marqués sur la carte. La seconde je l'obtiens in extrémis, en voyant la ruine à 20 mètres de moi, grosse comme le nez au milieu du visage, alors que je jardinais depuis 5 longues minutes. Je croise le Papy et son équipe du Zoo qui me chambrent gentiment "bah alors t'es tout seul?". Je cherche des champignons tiens... Le retour sur le groupe est un de ces moments que j'adore. Je fonce à bloc. Enfin, aussi vite que je peux quoi, malgré le fait que j'estime être en super forme, je dois plafonner à 11km/h. Je rattrape des équipes, c'est la débandade, personne n'y croit, c'est clair. Je me fais des frayeurs. Et si je m'étais trompé de route? Tout ça gâché par ma faute? Enfin je vois mes amis en ligne de mire, et je les rejoins juste au PC14. J'arrive comme une fleur avec mon carton. "C'est bon j'ai le carton!". Je suis ultra optimiste, j'ai récupéré les deux balises, je n'ai pas fait perdre une seule minute au groupe, on s'est pas perdus, il fait beau. "C'est nous l'équipe 20!!!". Un sourire, une blague nulle, ni vu ni connu je t'embrouille, le bénévole poinçonne notre carton et nous laisse passer.

Incroyable. Avec Jean-Paul on fait circuler tout le monde. Surtout ne pas s'arrêter ici, c'est la dernière des choses à faire. Pour le report de balises, on verra dans 2 kilomètres, quand il sera trop tard pour faire demi-tour. Et en fait il n'y aura même pas besoin de s'arrêter, elle sont triviales et je fais le report en marchant.

J'ai quand même un brin de remords. On est en train avec Jean-Paul d'emmener le reste de notre équipe dans une galère monumentale. Il reste je ne sais combien de kilomètres. Je ne sais pas combien ça fait en vrai mais sur le papier, au 1/25000ème, ça fait beaucoup de centimètres. Diable. En plus, c'est globalement tout droit, donc pas vraiment moyen de raccourcir le parcours en rusant. On croise maintenant 2 ou 3 équipes affalées sur une pelouse, les pieds à l'air. C'est pas joli à voir. Bon sang mais allez agoniser plus loin on n'a pas besoin de ça pour saper le moral de nos troupes! Non mais!!! On passe rapidement devant cette vision peu réjouissante, pour tomber à peine plus loin devant l'Ecureuil, avec qui j'ai fait mon précédent Raid 28, et qui commence à grelotter dans sa couverture de survie, contre le mur d'un cimetierre. Une bonne entorse apparemment. Pas de quoi franchir le mur du cimetierre en question (je ne résiste pas à la tentation de le taquiner), mais on téléphone à l'organisation. C'est compliqué car entre les portables qu'ont pas de pile, ceux qui s'éteignent tout le temps (le mien), on a du mal. On a aussi du mal à expliquer où l'on est. Enfin quoi, le cimitière au sud de la Maltorne après Mittainville, c'est simple non? Il est sorti d'affaire, Jano la trace s'occupera personnellement de son cas.

Je décide ensuite de continuer à aller chercher les balises vertes. L'idée est de faire comme si de rien n'était, comme si on était encore dans la course. Je me dis que je me dois d'y croire, et fort. Si moi, qui ait de la marge physiquement, je ne montre pas l'exemple et le bon, il n'y a aucune chance que ça passe. Tant que l'équipe n'aura pas été officiellement arrêtée par un organisateur, je continuerai, qu'on se le dise. Je reste fidèle à une des devises que j'applique si souvent en ultra: "ne jamais lâcher le morceau". Le groupe emprunte la route et je fais un écart pour aller faire mumuse du côté de la Maltorne. Saleté de balise elle est de l'autre côté du ruisseau, dans les ronces. En plus pour remonter de l'autre côté, comment dire, la marche est haute. Tout seul, je vois le moment où je vais glisser et rester coincé. Puis le chemin s'égare, se rétrécit, je remets les pieds dans l'eau. Heureusement qu'on n'a pas amené les autres ici, sinon...

Je rejoins mon petit groupe. Là on hésite à prendre carrément la route en mode tout droit vers le PC15. L'idée serait d'économiser 500m. Mais...

  • on n'est même pas sûrs de les économiser,
  • le long d'une route, on va s'ennuyer à mourir, le moral, c'est important,
  • les balises, on va toutes les rater,
  • ça peut s'avérer dangereux,
  • sur le principe, faire "le vrai parcours" c'est quand même mieux.

Donc on suit la vraie trace. Les balises sont ultra faciles à attraper. L'orientation ne sert plus à rien, c'est un détail.

Côté physique, ça se dégrade. Caro boîte tellement que j'ai mal pour elle. Edwin n'a plus rien d'une gazelle et Pat', notre bon brave cap'tain Pat', accuse aussi carrément le coup. Je pense savoir ce qu'ils ressentent, ça doit être assez voisin du final Villepinte - Argenteuil lors de mon récent tour de l'Île de France. Cuit, archi cuit de chez cuit. Côté moral, ils ont eu le temps de réaliser longuement l'espèce de vieux tour de pourris qu'on leur a joué avec Jean-Paul au PC14. Je soupçonne que chacun d'eux nourrissait individuellement l'espoir secret que le bénévole de service fasse tomber la sentence "c'est fini, hors délai!". Et hop finies les souffrances, vive le bus RATP. Sauf que non. Maintenant les voilà dans la plaine, il commence à y avoir du vent, il fait un peu froid, le soleil tombe. C'est vraiment plus drôle du tout. Je calcule qu'on est à 5km à vol d'oiseau de l'arrivée. Enfin, 5km et des brouettes. Ca tient sur une seule carte quoi. Et puis bon, c'est vrai que ça serpente un peu à la fin, mais est-on obligé de se focaliser là-dessus? De toutes façons si je leur dis qu'il reste dix bornes, c'est mort foutu. Donc bon, je montre la carte, j'essaye de convaincre tout le monde que c'est bon, et enfin on arrive au PC15.

Là c'est chaud, c'est très chaud. C'est inévitable, on ne sera jamais dans les temps. C'est sur on arrivera après 17h00, franchement après. Edwin semble vouloir arrêter. Il n'a pas tort quand il dit que toute cette histoire ne rime à rien. Caro est vraiment au bout du rouleau. J'explique que pour ma part, je ne vais pas lâcher maintenant et admettre, à 4km de l'arrivée, que j'ai fait 76km pour rien. Jean-Paul est à peu près du même avis. Reste Pat', notre capitaine. En une seconde, tout bascule, elle dit que si on y va, elle nous suit. Yesss!!! Et après tout est simple. Comme Jean-Paul et moi on y va forcément, il est acquis que Patricia y va aussi. Un regard, et Caro se laisse convaincre. Edwin aussi. C'est gagné!

Enfin il reste encore 4km. Pas tout à fait, car on va couper et économiser la ballade dans le parc du château. 3,8km, 200m de gagnés 8-) Tant pis pour les quelques balises cadeau qu'on ratera, c'est pas grave. Ces derniers kilomètres sont je pense relativement atroces pour Caro, Pat' et Edwin. Moi je savoure par avance le fait que c'est bon, on sera arrivés bientôt. Hors délai peut-être, mais arrivés, et en ayant joué le jeu jusqu'au bout. Je sais, je m'en doute, qu'on va avoir un sacré comité d'accueil à l'arrivée. Tout le monde sera douché, devant sa gamelle de soupe. Et quand on entendra que les "Tais-toi et rame" arrivent enfin, après des heures de galère, ça devrait faire son effet. Et ça ne loupe pas, on vient à notre rencontre, et l'arche d'arrivée sonne comme une vraie délivrance, le dénouement heureux de plus de 19h00 de course.

Reste que je ne suis pas complètement heureux en franchissant l'arche. J'ai une petite arrière pensée qui me dit que bon, était-ce vraiment très malin, est-ce qu'avec Jean-Paul on n'a pas tout simplement dégoûté nos compagnons de course de ce type d'épreuve? C'est bien joli de dire "c'est pas grave allez hop on continue" mais bon quand il y a une réelle blessure derrière on ne fait plus trop le malin. Je pense notemment au genou d'Edwin qui heu, bon, il a quand même du se faire violence...

Ceci dit l'organisation nous récompense en nous annonçant qu'on apparaîtra dans le classement en "hors catégorie". Genre la dernière ligne mais dans le classement quand même. On ne pourra pas dire qu'on ne l'a pas fait!

J'imagine que Jean-Paul est super content, lui qui avait des comptes à régler avec ce satané Raid 28, voilà qui est fait! Je ne parle même pas de Caro, pour le coup c'était enfin, vraiment, fini, et dans les règles de l'art.

Et le lendemain, coup de théatre, on nous a quand même classés!!! Il est vrai qu'en relisant le règlement il est stipulé qu'il faut être pointé aux points de contrôles obligatoires, mais il n'est pas fait de mention explicite et détaillée à un quelconque temps éliminatoire. Enfin bon en le lisant rapidement j'ai pas vu 8-) Etre classé pour de vrai, c'est le pompon, le bouquet, l'apothéose. Tout le boulot à aller chercher les balises et tout le tralala n'aura pas été vain, on se classe 12ème, c'est inespéré. D'aucun diront que dans le classement final complet édité ensuite, on a été reclassés 19ème "hors temps", mais taratata, on l'a vu notre classement 12ème place, et on l'a fêté comme il se doit, peut importe s'il a été fugitif, tout le monde s'en fout: on a été super contents, voilà tout! Et de toutes façons, Papy Turoom fait ce qu'il veut, alors 8-)

Encore une fois, le Raid 28 aura été fidèle à lui-même, c'est bel et bien l'équipe qui est allée au bout. Enlevez-en un bout et ça n'est vraiment plus pareil... Et on insistera jamais assez sur tous ces "à côté" qui font qu'on va au bout du raid. Etre un bon coureur, même un bon orienteur, ne suffit pas. Si Caro n'avance plus sur la fin, ce n'est pas parce qu'elle manque de forme physique. Non, elle a "juste" les pieds en miettes. Tout compte dans la préparation, il faut être capable de tourner les pieds mouillés pendant trèèès longtemps. Et je ne connais pas de préparation idéale à ce genre de choses, hormis la pratique régulière de courses de débiles type Raid 28, justement. Pour le coup elle est vaccinée pour l'UTMB, et elle a toutes ses chances. Edwin avait un sac très lourd (même en fin de course, alors que logiquement il aurait du être vide...). Aurait-il évité son problème de genou avec un sac plus léger? Pas sûr, en tous cas ça n'aurait pas pu empirer les choses que d'avoir moins à porter. Je vous fais grâce du sempiternel refrain sur la nécessaire cohésion de l'équipe, c'est évidemment l'élément incontournable. Il reste que je n'ose imaginer cette édition 2006 avec du brouillard, de la neige ou de la pluie. On a eu temps clair et pleine lune, du gâteau, on y voyait sans frontale en pleine forêt!

Pour conclure, je tiens à remercier tous les bénévoles qui ont participé à cette superbe organisation (Jano la trace superstar du tracé!), et aussi bien évidemment mes compagnons de route. On était à des années lumière de ce raideur qu'on a croisé et qui filait vers le prochain PC, seul car il avait perdu son équipe... derrière lui! Que voulait-il prouver? Qu'on peut rallier les points de contrôle rapidement quand on est tout seul? Le Raid 28, c'est quand même, sans rire, un petit peu plus que ça.

Vous faites quoi en Janvier 2007? Moi je sais 8-)

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Mis à jour le lundi 23 janvier 2006.