CR Race Around Ireland

L'objectif de l'année 2013

Ce qu'est le parcours de la RAI, au final
Départ Trim, arrivée Navan, entre les deux, 15 km.

Officiellement, pour 2013, j'avais deux objectifs. Le premier : battre mon record à pied sur 6 jours (812 km). Premier objectif raté au Luc, au mois de mai. Le second : finir la Race Around Ireland en septembre. C'est ambitieux d'avoir ainsi deux objectifs. Cela peut passer. Mais rien n'est garanti. Il est possible que pendant le 6 jours, j'ai eu l'esprit un peu ailleurs. Cette satanée Race Around Ireland (on va dire "RAI", c'est plus court) est tout de même un sacré morceau. Je crois qu'objectivement, j'en ai eu peur. J'ai fait des calculs dans tous les sens, tout me ramenait à cette conclusion : rentrer dans le temps limite de 132h relavait pour moi du coup de poker. Sur le papier, cela passait juste, tout juste. Parce que oui, en plus des 2200 km (entre 2258 et 2209 j'ai vu un peu toutes les distances, on va arrondir à 2,2 millions de mètres) il y a tout de même 24000 mètres de dénivelé. Et ça, ça fait tiquer. C'est le même dénivelé que le Tor des Géants.

Ce qu'aurait pu être le parcours de la RAI
En imaginant un tour de l'Irlande, on pourrait obtenir ceci, qui fait, pour votre information, 1070 km (c'est déjà pas mal).

En gros, cette course de vélo avec son temps limite d'un peu plus de 5 jours a le même dénivelé qu'un trail qui se déroule dans les alpes (et réputé "plutôt pentu") et dure un peu plus de 6 jours. Y'a pas un problème, là? D'ailleurs, pour la petite anecdote, j'ai tenté de m'inscrire au Tor en 2013 (j'y étais déjà allé en 2011 ) mais j'ai été refusé, tirage au sort défavorable. J'ai donc sorti mon "plan B" qui était la RAI. Cela me tracassait depuis longtemps de faire une course de vélo ultra, ce qui est a priori différent de randonnées comme PBP ou LEL. Je ne sais pas si un jour je participerai à la RAAM mais j'avoue que l'idée est dans l'air. Dans tous les cas, la RAI est je pense une étape incontournable, la course cyclise "la plus dure d'Europe" avec un taux de finishers assez bas, tout était là pour me plaire. Donc, je me suis inscrit.

Ce qu'ont décidé de nous faire subir, pardon, suivre, les organisateurs
Le vrai parcours, qui va bien chercher tous les petits recoins qui font mal. Compter 2200 km environ. C'est le tour, le vrai. Si l'on laissait ces personnes tracer le Tour de France, d'une part ce serait vraiment un *tour* de France, et d'autre part, il ferait 8000 bornes.

Logistique

Premier constat : il faut une logistique de fou. Le prix de l'inscription (environ 600 euros) n'est finalement pas grand chose au regard de tous les frais engagés par ailleurs. En gros, vu le réglement et la logisitique proposée par l'organisateur, il fallait, au minimum, deux voitures suiveuses avec deux conducteurs dans chacune. J'ai opté pour cette solution minimale. Pas de camping-car, pas de cinquième élément. Juste deux voitures, et quatres personnes. Derrière, je vous laisse imaginer le topo : faire voyager une voiture par ferry, louer l'autre sur place (pendant 8 jours!), et ainsi de suite.

Contrôle du matériel
2 vélos, une paire de roues de rechange, ça en fait un beau bordel.

Le casting

Au delà des aspects matériels, ce qui compte, surtout, dans l'assistance, c'est l'humain. Soyons clair, j'ai recruté l'équipe qui me paraissait idéale. Il n'y avait pas de second couteau.

Le "crew chief" c'était mon épouse Valérie qui n'en est plus à son coup d'essai et m'a assisté pendant de nombreuses courses, en particulier le déca .

Le team
Christian, Valérie, Paulo, Marc & Gilbert. On nous reconnaît grâce à nos jolis sweats à capuches.

Ensuite, Paulo, mon papa, qui pour le coup me connaît très bien aussi, sait ce que c'est que faire un ultra, sait ce que c'est que rouler à vélo, et ce qui ne gâche rien, est un très bon mécano.

Marc, qui m'avait déjà assisté à Lensahn en 2010 , et en qui j'ai une totale confiance pour comprendre ce qui se passe, et être là où il faut. En plus, il est rigolo ;)

Briefing
Briefing d'avant course, l'équipe écoute religieusement les consignes de l'organisateurs.

Gilbert, organisateur du Grand Raid 73, des 6 jours et autres Trans-Europe à son actif en veux-tu en voilà, une longue expérience d'assistant, en particulier auprès d'Alex Forestieri sur la MilKil (traversée de la France en 1000 kilomètres à pied, non-stop), bref, le savoyard bien solide sur lequel on peut toujours compter.

L'entraînement

Hormis quelques sorties solo et LEL mon entraînement n'est pas des plus impressionnants, en volume. Au moment du départ j'ai moins de 7000 km au compteur depuis le 1er janvier. En gros, la RAI représente à elle toute seule un quart de mon kilométrage annuel. En revanche, je cours. Je cours beaucoup. Ce que ça fait de fournir un effort pendant cinq jours et demi? Je sais déjà . Et ça, c'est un bon atout dans mon jeu.

Trim
Trim, la veille du départ. Un agréable après-midi à la campagne.

Formulé différemment, j'ai fait 700 heures de sport, tous sports confondus (course à pied, marche, vélo, natation...) depuis le 1er janvier. Si j'avais consacré tout ce temps à faire du vélo, j'aurais vraisemblablement un kilométrage proche des 15000 km.

Par ailleurs, je suis toujours blessé suite aux 6 jours du Luc, mais fort heureusement ma blessure ne m'empêche pas de pédaler. Il reste que j'ai fait un mois de mai "à blanc" et que le mois de juin a été très léger. Sur le principe, c'est très mauvais, mais je suis inscrit, je vais faire au mieux, et on verra bien.

Le matériel

Je roule encore et toujours avec mon bon vieux Cannondale Synapse, modèle 2010. Suite à de récents déboires avec des câbles de freins pas très pratiques (en conflits avec la sacoche...) j'ai rééquipé le bidule en Shimano 600 (il paraît que ça s'appelle Ultegra, mais moi j'ai toujours appelé ça "Shimano 600"), et surtout j'ai fait changer les roulements de la boîte de pédalier (modèle BB30, un peu particulier). Merci aux Cycles Périgois qui m'ont bien sorti du pétrin sur ce coup-là.

Caisses à outils
Deux des cinq caisses à outils que j'ai emmenées. Celles-ci contiennent les éléments indispensables, les trois autres c'est du matériel moins courant, au cas où.

Surtout, sur ce vélo, j'ai bien fait attention à 3 choses :

  • la selle
  • les chaussures
  • le guidon

Ne cherchez pas, c'est simple, ce sont les trois points de contact avec le corps. Pour de l'ultra, c'est, je pense, le plus important. La selle c'est un modèle cuir de chez Gilles Berthoud, les chaussures, elles sont renforcées avec des semelles en sorbothane, du modèle "ce que j'ai trouvé de plus épais en magasin" et le guidon, tout simple (pas de fioritures genre guidon contre la montre) est rembourré en triple épaisseur, une première couche de mousse, puis de la guidoline en double. Moyennant quoi, j'arrive à rouler longtemps dans un confort relatif.

Premier français

Sans rire, je suis le premier français à m'inscrire sur cette course. Cela tient vraisemblablement à son caractère limite confidentiel. Seulement une dizaine de participants chaque année, et elle existe depuis cinq ans. Je ne suis évidemment pas ce qui se fait de mieux en matière de cycliste tricolore, mais enfin, on verra bien ce qu'on verra, je suis très content d'ouvrir la voie, et j'espère susciter les vocations.

J'aurai assez peu de contacts avec les autres participants, avant le départ. Chacun a sa propre logistique, loge dans son hôtel avec son équipe, nous nous croisons au briefing et à la réunion de lancement le samedi après-midi, mais cela reste assez superficiel, je ne connais personne, et même si je parle assez bien anglais, la barrière de la langue ne facilite pas les choses.

Respect des règles

Le règlement me fatigue. Je l'ai lu dans le ferry en venant de Roscoff. C'est une vraie purge d'une soixantaine de pages, moi qui adore les trucs simples et légers, les concepts purs type "allez du point A au point B le premier arrivé à gagné" j'ai de quoi être déçu. J'imagine qu'ils tentent de bien faire et préfèrent prévenir que guérir, en anticipant tous les cas possibles, mais le résultat est indigeste.

En pratique, les irlandais sont bien moins austères que leur paperasse, je passe mes vélos (j'en ai un de rechange, prêté par Jean-Paul) au contrôle sans soucis, tout le monde est au petits soins pour m'aider, tout baigne.

Le seul coup de chaud que j'ai eu, ce sont les girophares, j'en ai acheté qui fonctionnent sur prise allume-cigare. Or il y a une seule prise allume-cigare dans la voiture, et il faut part ailleurs faire fonctionner un tracker GPS, recharger des téléphones, donc il faut une multi-prise allume-cigare. Cela existe et ils (les organisateurs) m'indiquent un magasin où en acheter. Je trouve le gadget de mes rêve et achète au passage une bouilloire qui se branche sur allume-cigare. Dans mon esprit, cela va me permettre d'avoir du café chaud n'importe où n'importe quand. J'essaye le dispositif en revenant à l'hôtel. Cela fonctionne 5 secondes puis plus de signal. Mince, j'ai fait disjoncter la bagnole! Fausse alerte, c'est juste la multiprise qui a un fusible intégré. Après analyse, elle saute à 10 ampères, or la bouilloire tire 135 watts. Vaguement énervé, je jette la bouilloire, vais racheter une autre multiprise, et jure qu'on ne m'y reprendra plus. Le café froid c'est très bon et ça réveille tout autant.

Braveheart

Plus qu'une minute
Rapide interview avant le départ.

Le départ se passe devant le château de Trim qui a, pour la petite anecdote, servi au tournage de Braveheart en 1994. Je dis cela pour que vous compreniez bien que c'est franchement beau, le matin il a plu - on est en Irlande, pas aux Baléares - il y a un petit vent d'ouest typique, il ne manque que quelques chevaliers.

Enfin parti
Rendez-vous dans un peu plus de deux mille kilomètres. Malgré le temps pour l'instant clément, j'anticipe la pluie et suis parti bien couvert, sans hésitation.

Un départ est donné toutes les trois minutes. C'est une épreuve contre la montre, chacun court seul. Je pars à 15h48. Je donne une rapide interview, où je raconte que mon truc, c'est plutôt la course à pied, mais j'aime aussi rouler, puis enfin je pars. C'est un grand soulagement, j'ai passé les derniers jours, les dernières semaines, à être excité comme une puce, à avoir franchement la trouille face à ce défi bizarre, et enfin, la tension baisse instantanément lorsqu'il ne reste plus qu'une chose à faire : pédaler.

5 heures de répis

Le départ a été donné vent dans le dos. Le parcours est plat. Je suis frais comme un gardon. Donc, logique, j'avance comme un avion. La logistique se met petit à petit en place, le Berlingo gris (avec volant à gauche, Made In France) me suis 99% du temps tandis que la Zafira noir de location fait des sauts de puce et m'attend sur le bord du parcours tous les 10 ou 20 km.

Moins de trois heures pour la première "time station" je crois. À ce rythme je suis arrivé mercredi. Je sais bien évidemment qu'il va se trouver une foule de raisons pour que le rythme se tasse, que c'est normal, mais que pour autant, mieux vaut profiter que c'est facile pour avancer vite, on ne sait pas ce que l'avenir nous réserve. Je ne force pas trop, je m'économise. Comme d'habitude.

Mais revenons à la time-station. C'est quoi, une time-station? En l'occurence, c'est une station service. Très souvent, ce seront des stations services, d'ailleurs, parfois des hôtels. À la time-station, très souvent, il n'y a personne. Le pompiste n'est même pas au courant qu'il y a une course. Il nous faut téléphoner à l'organisateur pour dire "youhou, Christian est arrivé!". Et c'est tout. Comme c'est une station service, c'est pratique car on peut acheter à manger. Et faire le plein. Pour le reste, rien ne distingue une station service de type time-station d'une autre sation service. Assez étrange comme fonctionnement, mais finalement assez astucieux.

J'ai bien fait de ne pas trop briefer mes accompagnateurs sur "que faire aux time stations". Comme je le répète, il faut s'adapter à l'environnement. En France, on aurait cherché les bars PMU, les boulangeries, ici le plus rationnel c'est de se raccrocher aux stations services, tout dépend du tissu local, des commerces disponibles. Ah, les joies du tourisme.

La récré est finie

Peu après la première time-station franchie, les choses sérieuses commencent. Tout d'abord, je prends contact avec les premières côtes. Ensuite, c'en en fini du temps sec, la pluie s'invite à la fête. L'entrée dans l'Irlande du Nord est assez sympa, les paysages sont jolis, très nature, et la proximité de la mer donne un cachet très sympathique à ces forêts humides.

Je me suis fait rattraper par pas mal de concurrents - je suis un des plus lents du lot, et comme en plus je pars lentement pour m'économiser... - et j'en ai rattrapé un ou deux, mais dans l'ensemble je suis désormais seul.

Seul mais avec ma voiture suiveuse. Voiture suiveuse qui s'avère bien utile lorsqu'au beau milieu de la nuit : je crève. Pschiiiit. Il faut dire que le revêtement était pourri, avec de l'eau ruisselante, parfois des bouts de branche qui traînent, des nids de poule. La roue de rechange toute prête est la bienvenue. On convient avec Gilbert de ne pas tenter de réparre celle-ci avant la prochaine time-station. Si je re-crève ce sera "pas de chance" et on avisera, il y a profusion de chambres à air de rechange dans le coffre, dans le pire des cas.

Le contournement de Belfast est assez désagréable, peut-être n'y avait-il pas moyen de faire un meilleur parcours. En tout état de cause, j'ai l'impression de faire du vélo sur la N104, appelée aussi "Francilienne", et la voiture suiveuse n'est pas un luxe. 2x2 voies, circulation rapide, cela contraste avec les chemins pourris de tout à l'heure, et c'est déjà un bon aperçu de la RAI : le parcours est impossible à résumer tant il est varié. On saute du coq à l'âne, de la grosse nationnale au chemin de campagne, tout y passe.

La fessée, première

BIenvenue en Irlande
OK, maintenant, on sait de quoi on cause, il y a du vent, il pleut, fini de rigoler.

Je crois bien que j'ai dormi un peu cette nuit là. Une demi-heure je crois. Mais peu importe, ce dont je me rappelle, c'est le matin. Le matin ou donc, j'ai pris la fessée. Déjà, la veille, on avait sifflé la fin de la récré. Mais là, ça prend des proportions assez terribles. Je fais route vers l'ouest, et un vent à décorner les boeufs m'accompagne... dans le mauvais sens. J'ai déjà roulé vent dans le nez, j'ai un peu d'expérience, mais là, c'est limite désagréable. En plus du vent "pleine face" le parcours fait des petits tobogans - on longe la côte - il faut sans cesse relancer, et, pour faire court : c'est dur. C'est dur, et je n'avance pas. Je vois bien ma moyenne qui devient minable, mais je n'y peux pas grand chose, je ne vais pas non plus faire acte d'héroisme et passer en force maintenant, c'est à peine le début de la course! Si c'était un 100km, nous ne serions même pas au premier semi, la prudence est de mise. Je me fais fouetter par le vent, la pluie. Le thermomètre de la Zafira enregistre 5 degrés au petit matin. Brrrr.

Pont du côté de Londonderry
Peu après avoir contourné Londonderry, nous traversons ce pont. Où je me félicite d'avoir une voiture derrière moi, seul, c'était limite dangereux.

Le jour se lève et je me dis qu'avec le soleil, ça va aller mieux.

La fessée, seconde

Scène typique
Le vent, la pluie. Pendant des kilomètres. Ô joie.

Avec le jour, ça va mieux. Ça va toujours mieux avec moi, quand le soleil se lève. Je flaire toutefois un peu l'arnaque. Je vois au loin des "grosses collines". Je traverse un grand pont exposé au vent qui n'est pas très rassurant. Merci la voiture de suivi, elle s'avère, encore une fois, quasi indispensable pour celui qui ne souhaite pas jouer sa peau façon roulette russe.

Bientôt à Malin Head
Marche d'approche vers Malin Head, pointe nord de l'Irlande. C'est dur, mais c'est beau.

Et puis, enfin, arrive ce passage que j'attends presque avec impatience, l'aller-retour jusqu'à Malin Head, la pointe nord de l'Irlande. D'un point de vue conceptuel, je me dis qu'une fois que j'aurai été là-bas, je pourrai dire "c'est fait".

Paysage à Malin Head
Personne pour faire de la planche à voile aujourd'hui. Pourtant, ça souffle bien.

Encore faut-il y aller.

Le coup de cul qui va bien
Dernier raidillon avant la time-station. Il s'agit de ne pas se faire mettre par terre par le vent.

Et là donc, j'ai pris ma deuxième fessée. Et paf! Je me retrouve à longer la mer - un fjord, un truc du genre - avec un vent de face, mais plus le même vent que tout à l'heure. Là, ça souffle avec une force que je ne connaissais, jusqu'ici, qu'en rafales. Ma vitesse baisse. 17 km/h. 16. 15. 14. 13. 12 km/h. Nom d'un zèbre, 12 km/h, je suis scotché à 12 km/h, sur un parcours parfaitement plat - en atteste la mer qui est juste à côté. C'est invraisemblable, jamais vu un truc pareil, une tuerie ce vent. Il souffle, puissant, continu, sans faiblir.

OK j'ai compris
Je commence à comprendre la leçon. On ne plaisante pas avec le vent, par ici. On le respecte.

Je continue jusqu'au bout du bout de l'Irlande, et le parcours se termine en apothéose avec un bon petit raidard des familles, dans lequel je me fais battre par le vent. Un coup dans le dos, un coup de face, un coup à gauche. Rester en équilibre sur le vélo à une vitesse super réduite (le bon vieux mur a 15% comme on aime) relève, en ce qui me concerne, autant de la chance que de la technique.

Paulo
Mieux vaut tourner le dos au vent par ce temps.

Je pensais avoir tout vu cette nuit je me trompais.

Repos
Plutôt que de casser la croûte à la time-station de Malin Head en plein vent, nous nous déplaçons de 500 mètres pour aller dans cet endroit bucolique et un peu moins exposé.

Au demeurant, le paysage est superbe, et ces conditions climatiques lui vont à ravir, on se convainc sans problèmes qu'ici c'est "le bout du monde".

Marc & Gilbert à Malin Head
Regardez comme ils se courbent pour ne pas s'envoler ;)

La fessée, troisième

Électronique
Le chantier dans la voiture accompagnatrice, avec la nourrice allume-cigare, le mouchard GPS de BlackBlox qui donne notre position, le téléphone avec Androïd (Cyanogen) + Osmand pour trouver notre chemin.

Je quitte Malin Head. Maintenant, j'ai à l'occasion le vent de le dos. Ou de travers. Je reste prudent en descente, car parfois le chemin est étroit, je me rappelle m'être fait surprendre par un saut de vent venant de ma droite juste avant de traverser un pont avec des rebords en pierre. Il s'agit de rouler droit, et ce n'est pas toujours facile.

La section sur laquelle j'avançais à 12 km/h, je la franchis à 40 km/h. Il pleut. La pluie va *encore plus vite que moi* et m'attaque par le dos. C'est juste incroyable, je n'ai jamais vu un temps pareil.

C'est reparti
On prend les mêmes et on recommence : vélo + vent + pluie.

Je refais route vers l'ouest. J'en ai ma claque d'aller plein ouest, je veux faire demi-tour. Je fais un zoom arrière sur mon GPS pour voir quand, enfin, je vais pouvoir aller, sinon vers l'est, au moins vers le sud. Avoir le vent de travers, à défaut d'être parfait, ce serait pas mal. OK, c'est dans quelques dizaines de km. Patience Christian, patience. Je ronge mon frein, bouffe du vent de face, chargé de flotte, encore et toujours. Saleté de temps irlandais de mes c**illes!

Mais toutes les choses ont une fin, et le parcours, enfin, vire au sud. Et même, légèrement vers l'est. Je jubile. Je suis heureux.

Mamore Gap
Montée sur Mamore Gap. Moment épique, et difficile.

Je déchante vite. Je vois le virage sur la gauche et aouch' que vois-je au loin? Un vrai bon vieux "mur", comme on dit en cyclisme, qui attaque droit dans la pente. J'apprendrais plus tard que ce petit bijou s'appelle Mamore Gap, et est plutôt connu dans le secteur. J'apprends donc à le connaître. Je passe tout à gauche, petit plateau, grand pignon, je suis en danseuse, j'en chie pour passer. Heureusement, j'ai le vent dans le dos.

Mamore Gap, l'autre côté
Descente de Mamore Gap. Un peu frustrant, car j'évite de rouler pleine balle sur ces petites routes. Normalement ça doit passer à 70 km/h. Mais si je me plante, je n'aurai pas de second essai...

À ce stade, je crois que c'est bon, j'ai pris ma leçon. J'avais bien prévu 2 200 km. Je devinais bien que 24 000 mètres de dénivelé, il allait falloir les caser quelque part. Je me doutais que le temps irlandais, ce ne serait pas une sinécure. Mais là, franchement, c'est pas facile. Je sais que je suis en train de prendre du retard sur mes temps prévisionnels. Je nourrissais l'espoir de rentrer en 122 heures. Maintenant, je sais que c'est mort-foutu. Je vais déjà essayer de rentrer dans le temps limite de 132 heures, la queue entre les jambes, et ce sera pas mal.

L'ultra est une discipline qui enseigne la modestie, et parfois, les leçons sont apprises durement, sur le terrain.

Tourisme

Boa Island
Le temps s'est un peu calmé, l'heure est presque au tourisme, du côté de Boa Island.

Un petit tour du côté de Boa Island. L'air de rien, le parcours n'est pas seulement difficile, il est aussi et surtout joli. J'essaye de profiter de l'ambiance, pendant que le chrono tourne. Cette ile est très particulière, les petits ponts qui permettent d'y entrer et d'en sortir sont particulièrement mignons. J'imagine que l'endroit est idéal pour qui veut méditer, écrire un livre. Mais ce n'est pas ce que nous sommes venus faire.

Dodo

Après cette journée riche en claques dans la gueule, j'entame la deuxième nuit.

Bandes réfléchissantes
Après ça, vous n'irez plus prétendre qu'on ne voit pas les cyclistes la nuit.

Et le soir, je décide de dormir assez tôt. J'ai été épuisé par les conditions "peu favorables". J'estime qu'il n'est pas productif de tenter de lutter contre le sommeil jusqu'à une heure du matin, après une journée pareille. D'habitude je mise sur du vélo "au radar" pendant quelques temps avant d'aller me coucher, mais vu le terrain et la météo, en allant "au radar" je risque surtout d'aller "dans le mur".

En accord avec mon équipe, nous nous arrêtons pour une "grosse nuit" de deux heures trente. Deux heures trente parce qu'ainsi je suis certain de faire un cycle de sommeil complet (environ une heure trente pour moi) même si j'ai du mal à trouver le sommeil. Deux heure trente parce qu'il faut reposer les pieds, les mains, les fesses, toutes les surfaces de contact avec le vélo. Deux heures trente et pas davantage parce que c'est une course, parce que je ne vais pas vite, et parce qu'il faut rentrer dans les délais.

Deux heures trente parce qu'après mes expériences sur 6 jours et autres, j'ai pu constater que c'est un bon compromis. Aucune théorie ne remplace l'expérience.

Ça vous a plu, vous en voulez encore?

Je crois que c'est en fin de nuit que je me retrouve à suivre, au loin, Shusanah, la seule féminine de l'épreuve. J'ai dormi mes 2 heures trente syndicales, et donc fait, mécaniquement, un arrêt d'environ 3 heures.

Et c'est à la time-station que nous apprenons la nouvelle : l'organisateur, dans sa grande générosité, et suite aux conditions météo à caractère exceptionnel, nous accorde 12 heures supplémentaires pour rejoindre l'arrivée. De 132 heures (5 jours et demi) le temps limite passe à 144 heures (6 jours exactement).

C'est plutôt une bonne nouvelle. Je me sentais à peu près capable de rentrer en 132h, mais ces 12h permettent de largement baisser la pression. Ouf.

Là-bas, au Connemara

Météo locale
Hier il faisait mauvais? Aujourd'hui aussi.

Bon, la suite, c'est donc ce coin d'Irlande dont tout le monde a entendu parler, et qui s'appelle "Connemara". J'y étais déjà allé il y a bientôt une quinzaine d'années, avec la Fanfare Piston. Il faisait presque beau. Là en septembre 2013, il fait franchement mauvais. On imagine bien que les types qui vivent ici ont l'âme bien trempée, c'est pas un pays pour les mauviettes.

Couché l'arbre, au pied!
Noter comment le climat local influence la végétation.

Jean-Paul m'informe que la section qui m'attend est plutôt plate. Bon sang de bois, je ne sais pas comment il a réussi à interpréter le road-book dans ce sens, mais ce que je vois, c'est que c'est pas franchement plat. Fort heureusement, dans certaines côtes un peu ardues, j'ai le vent dans le dos. Les descentes sont frustrantes car le revêtement, parfois de piètre qualité, ne permet pas d'aller aussi vite qu'on le souhaiterait.

Pause pipi
Petit arrêt logistique en rase campagne.

D'ailleurs, je perds même mon GPS, à 50 km/h, à cause de la route qui est manifestement trop gondolée et fait vibrer le vélo un peu plus que prévu. C'est de la bonne camelote, le Garmin eTrek 30, il vole et rebondit violemment sur la route. L'écran n'est même pas rayé, juste un petit poc sur la bande de caoutchouc externe. Wow.

Arc-en-ciel
On pourra le dire, on en a vu de toutes les couleurs.

En parlant de GPS, j'utilise un modèle à piles (pour ne pas avoir de soucis d'autonomie...) et mes accompagnateurs - en particulier Gilbert - ont fait un super boulot, en changeant ces dernières régulièrement, sans que j'ai à m'en soucier. Ils ont même réussir à résoudre divers problèmes de faux contacts dans mes lampes. Bref, une logistique efficace et transparente, c'était juste parfait.

Connemara
Michel Sardou chantait "Des nuages noirs / qui viennent du nord / colorent la terre ...". Y'a de ça.

Le parcours continue, de jolis lacs, et puis cette montée, une rampe pas très longue, seulement 1km, mais que je mettrai 10 minutes à franchir. J'ai le vent de face, il charrie de la flotte à gros paquets, la route s'élève à 10% ou plus, c'est une véritable boucherie. J'insulte la route copieusement, je l'arrose de noms d'oiseaux, au féminin, après tout c'est une côte, et pas un raidillon. Que les féministes me pardonnent, mais il fallait que je me défoule, et personne ne m'a entendu, d'ailleurs personne n'avait la mauvaise idée d'être dehors par ce temps pourri.

Maisons colorées
En général, quand l'homme décide de peindre son habitat de toutes les couleurs, c'est que le ciel est gris.

Cela doit faire bientôt 40 heures que je fais du vélo sous la pluie. D'ordinaire, quand on roule 4 heures dans le froid et l'eau, on se dit qu'on a bien donné, et on s'attend à un petit réconfort bien mérité. Là, c'est la même chose, juste en dix fois plus long.

Marc @ Topaz
Marc en plein plaisir gustatif dans une station Topaz, qui pourrait bien être un sponsor de la course tant ils sont pourvoyeurs de time-stations.

Sur ces entrefaits, au pied de la descente qui suit, Valérie nous attend, au pub. C'est vraiment l'idée du siècle. J'en rêvais. Un vrai pub, avec du vrai manger bien chaud. C'est fou ce que ça fait du bien. Oui, je perds un peu de temps et j'aurais peut-être pu gratter 20 minutes en filant sans m'arrêter. Mais à quel prix? Je rappelle que nous ne sommes même pas à la moitié de la course, il s'agit de durer.

Le dîner
Une bonne vieille pizza des familles avec Gilbert. Junk-food et ultra-cyclisme vont de pair.

La prochaine grande ville s'appelle Galway. Station balnéaire, mais pas en ce moment je pense. Je dépasse la ville et nous plantons la tente un peu après, en bordure de mer. Quand je dis, planter la tente, disons que c'est là que nous dormons nos 2h30 quotidiennes. Niveau confort, c'est spartiate. Les accompagnateurs dorment à même le siège dans lequel ils sont par ailleurs assis presque 20 heures par jour. Moi, je dispose - privilège, luxe du coureur - d'une banquette, la banquette arrière du Berlingo, sur laquelle je me recroqueville, en pyjama. Très important le pyjama, il me permet de quitter le cuissard qui, autrement, est une véritable seconde peau. Je pense qu'il est essentiel de laisser ainsi "respirer" les fesses un minimum. Le reste du temps, mon hygiène corporelle est la suivante : le rajoute de la crème chaque fois que je vais au toilette (sinon le PQ a tôt fait de faire disparaître la couche protectrice...) et pour le reste, je ne me lave pas. Un peu cracra comme technique, un peu risqué aussi parce que je ne crois pas que ce soit la meilleure méthode pour lutter contre les bactéries, mais à défaut d'autre chose, c'est simple, rapide, pas cher, et ça marche. Je n'ai aucun problème au niveau de l'entrejambe, tout baigne (au sens propre comme au sens figuré).

Hôtel Berlingo
Ma chambre. La plus luxueuse du tas, j'ai une banquette complète, les accompagnateurs n'ont qu'un siège à l'avant. Faut aimer l'aventure.

C'est la pluie, les escargots sont de sortie

Le réveil est difficile. J'attaque la fin de la nuit sous la flotte. Le parcours, en bordure de mer, monte et descend. Je n'arrive pas à relancer. Je suis naze, je m'endors sur le vélo. Et ce n'est que le troisième jour. Misère de misère, c'est pas la gloire. Je m'arrête régulièrement pour reprendre des forces, et surtout de la lucidité, car je perds toute forme de concentration, c'est terrible. Je sais que c'est mauvais pour ma moyenne, je vois bien que Gilbert a compris que je file un mauvais coton, que même avec 12h de plus sur la barrière horaire, je suis en train de compromettre mon projet, mais je ne peux pas non plus faire des miracles, si je dors debout, je suis contraint et forcé de m'arrêter pour pouvoir rouler dans des conditions correctes. Je pourrais passer en force en mode "même pas mal" et prendre le risque de m'endormir pour de bon sur le guidon. Mais je ne souhaite pas prendre ce risque.

Au petit matin, nous sommes à la time-station qui est un hôtel. Je serais arrivé 10 minutes plus tard, j'aurais pu prendre un petit déjeûner. Mais là, il est trop tôt, ce dernier n'est pas servi. Tant pis, je file, je n'ai pas le temps pour ce genre de luxe, le chrono tourne, la marge est faible. Avanti!

Réveil difficile
Un bon café, et ça repart.

Après une fin de nuit catastrophique niveau chrono, j'ai enfin l'occasion de me refaire une santé, d'une part, il fait désormais un temps... correct! Je dirais même qu'il fait beau. Allez, on va jusqu'à dire qu'il fait beau? Oui! Enfin, finie la galère totale, le vélo redevient le sport qu'il devrait être, les conditions, à défaut d'être parfaites, sont potables.

Limerick. Valérie voulait voir Limerick, elle a lu un livre autobiographique qui raconte une enfance misérable. Le coin est en effet un peu crado, pas vraiment l'archétype du coin huppé.

DJ Marc & MC Gilbert
Marc & Gilbert, les inséparables.

Mes souvenirs deviennent imprécis à ce stade, mais je pense que c'est vers le kilomètre 1300, près de Waterville (quel nom...) que j'ai été filmé par un officiel. Le moment était épique, c'était grosso-modo le point le plus à l'ouest du parcours. En moyenne, sur ce qui restait, je devais avoir le vent dans le dos. En moyenne.

Et je dirige vers ce qui est, d'après l'organisateur, la section la plus dure, entre TS13 et TS14.

De TS13 à TS14

Je vous avouerais que j'ai assez peu lu le road-book avant le départ. Tout au plus, j'ai regardé de loin la carte, j'ai cru voir sur Google Maps que le dénivelé était plutôt plus important sur la fin du parcours, et j'ai vu passer ce message sur Facebook qui disait que d'une part TS13 - TS14, c'était pour les costauds, et d'autre part il y avait moyen de prendre une douche à TS14.

Dans mon plan idéal, j'abattais toute cette section de nuit, et dormais sur le parking de l'hôtel, au moins dans le secteur, avant de reprendre la route le lendemain.

Dessin d'Adèle
Adèle m'avait confié un dessin pour m'encourager. Super papa!

Ça, c'était le plan. Maintenant, la réalité. La réalité c'est qu'une fois la nuit tombée, je suis cuit. Et je prends contact avec cette section. Un contact rude, plutôt hostile. Ça grimpe comme pas permis, la route est pourrie, c'est bon, j'ai mon compte, on s'arrête pour dormir. De toutes façons, je tombe à nouveau de sommeil. Et en descente, c'est dangereux. La pluie a cessé, et la météo du lendemain est censé être bonne.

Dessin de Lise
Le dessin de Lise. Son point de vue: le vélo c'est facile il suffit de pédaler, et aussi, l'important c'est de terminer.

Nous dormons dans un endroit plutôt sauvage. De jour, ç'aurait certainement été très joli. Je pars en pleine nuit. La pluie est revenue. Satané pluie, toujours là quand on n'a pas besoin d'elle. La première montée est "cadeau" car je bénéficie de l'effet "réveil récent". Mais il en reste deux. Et c'est à nouveau la galère, je n'avance pas. Je me retrouve à descendre (je dis bien, descendre) à 18 km/h. Entre la chaussée pourrie, la fatigue, l'obscurité, la pluie. Autant dire que l'objectif kilométrique en prend un coup. Je me suis fait une raison, il s'agit juste de sortir de ce traquenard. De toutes façons, aussi désagréable qui puisse être la situation, cela finira bien par s'arrêter. Donc je prends mon mal en patience. Et enfin, je sors du gourbi, enfin la dernière descente, enfin le jour. Et la pluie a cessé.

Dessin de Garance
La course selon Garance : papa est devant et les autres derrières. La réalité est un brin différente, mais j'adore ce dessin quand même.

J'ai enfin le vent dans le dos. Je me régale, prend 40 km/h comme de rien, voilà le vélo comme je l'aime. Il fallait être patient pour en profiter, mais enfin, c'est bon. Il y a bien une montée, enfin plutôt, une montée et demi, avant d'arriver à l'hôtel, mais c'est anecdotique. Fondamentalement, c'est bon, j'ai franchi le cap difficile. Ça m'a pris des plombes, mais c'est fait. Juste un petit regret d'avoir passé cette zone, vraisemblablement superbe, en pleine nuit.

Hôtel * * * *

Rencontre entre Christians
Je croise Christian Krause à Sneem. C'est rare de se croisier, alors nous parlons un peu.

Bon, alors l'hôtel. L'hôtel est tenu par un passionné de vélo qui nous offre donc la douche. D'un autre côté, la douche, c'est gratos dehors depuis bientôt 3 jours... Non, sans rire, c'est super sympa, d'autant que l'hôtel est un quatre étoiles. On dirait l'hôtel de Shining, sans Jack Nicholson.

Je ne profite pas de la douche, j'estime pas avoir le temps pour ce genre de blague. En revanche nous nous offrons un petit déjeûner de rois, tous les cinqs. Je mange de la saucisse, du bacon, des oeils brouillés, du boudin (noir!), je "full Irish breakfast" dans toute sa splendeur.

Je croise sur le parking Christian Krause, l'autre Christian de la course, un Danois, fort sympa. Il a mal au cul. Ce sont des choses qui arrivent. Je me félicite de ne pas avoir ce problème. J'ai déjà mon lot de casseroles qui me suffisent amplement. En particulier, mes mains sont de nature plutôt fragiles, et à force de tenir le guidon, ça pique un peu. Au moment où j'écris ces lignes, huit jours après la course, j'ai encore le petit doigt et l'annulaire gauche qui sont engourdis et parfois douloureux. J'ai du pincer un nerf ou quelque chose du genre. Je me donne en général 15 jours après les courses pour juger qu'une douleur est anormale, avant, j'estime que ça fait partie du jeu, le corps humain n'est peut-être pas fait pour rester sur un vélo pendant une semaine, il est légitime qu'il envoie quelques signaux d'alarme.

Vers l'infini et au-delà

Mizen Head
Mizen Head, pointe sud de l'Irlande. See, sex and sun. Heu non, see and sun, et c'est déjà pas mal.

La suite est souriante, presque radieuse. Il fait beau. Franchement beau. Je quitte le collant long. Je roule en court. C'est tout simplement in-cro-ya-ble. en plus, je roule vent dans le dos. Une petite bosse, avec à la clé un point de vue superbe. Caha Pass, je crois. À ce tarif, je m'en fiche de monter, d'ailleurs la côte était plutôt régulière. J'aurais envie de dire, facile. D'un autre côté, je reste furieusement en retard sur la barrière horaire. Mon objectif de 132h est compromis. Oh certes j'ai 144h, mais tout de même, 132h, ce serait plus joli. Et plus pratique pour tout le monde, on pourrait dormir à l'hôtel avant de reprendre le ferry ou l'avion.

Sur le chemin vers l'extrémité sud de l'Irlande, Mizen Head je croise Valério Zamboni. Il a une heure ou deux d'avance sur moi. Mais pas énormément plus je pense. Bon à savoir, c'est toujours sympa d'avoir du monde pas loin devant ou derrière, c'est motivant. J'avais le même type d'écart avec lui dans la section nord, je l'avais aussi croisé sur une section aller/retour.

Le Sud de l'Irlande, c'est beau. C'est ensoleillé. Bon allez, on se casse.

Saint Patrick toi-même

Après l'effort, le réconfort
Moment de convivialité à la TS15 (Mizen Head, sud de l'Irlande).

Le parcours remonte désormais vers le nord-est. Le vent souffle moins fort que lorsque nous étions au nord du pays, mais il a de beaux restes, et globalement, il m'est favorable. Heureusement pour moi, sinon c'est net, j'étais hors délais. Je ne sais pas si on peut parler de chance, mais en tous cas, je profite de conditions désormais favorables.

Le biclo
Ma fidèle monture. À part un pneu crevé la première nuit, et quelques farces des lampes à l'avant, il a fait son job.

Je finis par globalement me résigner face au profil de la route. Ça monte souvent, ça descend parfois. Je prends mon mal en patience, j'essaye de limiter la casse.

Crépuscule
Chaque médaille a son revers, hier, tout était gris et trempé, aujourd'hui, on pourrait prendre des photos pour faire des cartes postales.

Nous arrivons près de Cork. C'est à ce moment qu'un cycliste m'aborde à la tombée de la nuit. C'est Mark O'Donohoe, un passionné, qui me tiens compagnie pendant quelques minutes. Nous roulons côte à côte. Le fait de discuter, rien qu'un peu, me redonne des ailes, et moi qui tournait de l'oeil dès 22h00 les soirs précédents, je me surprends - et je surprends mes accompagnateurs - à rouler bon train au beau milieu de la nuit. Il m'offre de délicieux cookies avant de me quitter. Et m'informe qu'il y aurait une certaine côte de la Saint-Patrick qui m'attend, à Cork.

Je décide de dormir après cette bosse. Un peu à l'écart de la ville, et la difficulté derrière moi.

C'est une bonne idée. Ce raidillon épique, situé en centre ville, est tout à fait remarquable, franchement raide, et nous faire passer par là, c'est au minimum de l'espièglerie, voire limite du vice. Heureusement, la route est à peu près sèche quand je passe, ça ne dérape pas. Il paraît qu'il y a des escaliers sur le trottoir. Je n'ai pas pris le temps de vérifier. Pour vous situer un peu la difficulté de cette côte, elle n'est pas longue, mais Gilbert, savoyard de son état, pourtant habitué à conduire sur des routes en pentes - a priori - a préféré attendre que j'ai fini de monter pour prendre de l'élan et la passer avec le Berlingo d'un coup, à l'élan, car monter derrière moi à 6 km/h aurait vaguement, comment dire, fait fumer l'embrayage. Elle fait l'objet de paris riglos du genre 'je vais monter 100 fois la côte de la Saint-Patrick'. Bref, c'est un lieu qui vaut le détour, ami cycliste, régale-toi bien.

La longue nuit

Nous nous couchons dans notre bric-à-brac habituel. Le vélo est "cadenassé" avec des colliers rilsan. Il n'y a pas la place de le rentrer dans une voiture. Du coup nous l'attachons avec des petits colliers en plastique, en faisant le pari que celui qui voudrait partir avec serait au minimum surpris par ce dispositif rudimentaire, et du coup réveillerait Gilbert, lequel pourrait interpeller le malotrus.

Personne n'a essayé de prendre mon vélo pendant la nuit. Comme prévu.

En revanche ce qui n'était pas prévu c'est que dans aucune des voitures, le dispositif dit "de réveil" n'a fonctionné. Entre la programmation mal faite et/ou la sonnerie trop faible, je me préoccupe peu de savoir ce qui a caffouillé, peu importe. Valérie, par chance, s'est réveillée "toute seule" une heure après le réveil programmé. J'ai "perdu" une heure. Enfin "perdu", c'est pas sûr, car du coup j'ai dormi pendant 3h30. J'ai même fait des rêves. Un luxe rare dans ce genre de contexte. L'heure n'est pas aux lamentations, l'équipe solide, le bon moral qui abat les montagnes, c'est dans ce genre de passe difficile qu'on a l'occasion de les mettre à l'épreuve.

Et l'équipe tient le choc. Je me prépare sans trop tarder. Mais suffisamment lentement pour que Christian (l'autre Christian, le Danois) que j'ai doublé dans la journée, me rattrape et prenne un peu d'avance. Caramba, il va falloir que je le rattrape à nouveau!

Le calme avant la tempête

Miam
J'engloutis mon deuxième hamburger pendant que Valérie, toujours aux petits soins, vérifie les autocollants sur mon casque.

Cette quasi-dernière journée se passe plutôt bien. Certains dans l'équipe planifient mon arrivée vers midi le lendemain. Ils doivent croire que j'ai prévu de faire ma feignasse et dormir à nouveau 2h30 cette nuit. Non messieurs, une dernière nuit se passe en force. C'est une course, que diable.

Officiel
Un des motards de l'organisation. Nous les avons croisés régulièrement, leur présence est appréciable, et appréciée.

Je profite du vent, encore et toujours globalement dans le dos, pour filer au plus vite. Je rattrape un peu de temps. Je profite du beau temps. Je fais à nouveau sauter le GPS dans une descente endiablée. Il survit à nouveau (vraiment du bon matos, ce truc, ne paye pas de mine, mais costaud).

Valérie
On ne perd pas de temps avec Valérie, je prend un petit gâteau à la volée, et hop!

Je consolide mon expérience en junk-food, dégomme deux hamburgers tous droits direct de chez Mc Do. J'ai faim. Il me faut de la calorie. Le vélo sans carburant, je ne sais pas faire. Et je ne sais pas non plus consommer des gels et autres cochonneries sur des distances pareilles.

Il reste moins de 24 heures à tenir. J'ai dépassé les 1800 km. La distance la plus longue que j'avais faite jusqu'ici en vélo (lors du déca ). À chaque coup de pédale je bats un record personnel. Je suis entamé, mais pas complètement hors jeu. Ma vitesse de base est faible, mais je n'ai aucune avarie sérieuse. La digestion, nickel, le moral, pas mal, les fesses, parfait. Hé oui, parfait, je n'ai absolument pas mal du tout, la selle en cuir a fait des miracles. Je me paye même le luxe, lorsqu'il y a des nids de poules dans la route, de déporter le poids sur la selle pour soulager mes pieds, et surtout mes mains, qui en revanche, me font franchement mal. Les mains surtout, et la main droite en particulier. Je suis obligé de boire de la main gauche, ma main droite ne peut plus saisir les bidons, la tendinite menace.

La RAI, c'est du gâteau

Marc
Marc au volant de la voiture suiveuse. Vroum!

Près de l'extrémité sud-est de l'île, en fin d'après-midi, un "fan" de la course nous offre des gâteaux. Il nous suit à plusieurs endroits, m'encourage. Un peu comme Mark à Cork, il fera de même avec les autres coureurs, c'est assez dingue de se dire que par endroits, comme ça, sans prévenir, nous avons des spectateurs-fans qui suivent la course.

Il y en a peu, mais le peu qu'il y a, c'est de la haute qualité. Tous commes les gâteaux, qui sont délicieux, et franchement énergétiques.

LSD

TS19. Il ne me reste plus qu'une grosse, énorme nuit à passer. Normalement, une fois à TS20, il ne sera plus possible d'abandonner, d'autant que c'est TS19-TS20 qui paraît difficile, la dernière étape est plus cool.

La montée commence mal. J'ai l'impression qu'il y a un coureur devant. Mais je ne suis pas sûr. Je me trompe de route et fait demi-tour. Un kilomètre en trop. C'est trop bête. J'apprends qu'il y a des passages "anti-mouton" dans la bosse, et qu'il vaut mieux passer à pied. KM 53 et KM 57 je crois me souvenir. Valérie et Paulo m'attendront dans ces passages.

Globalement, je suis dans le dur. J'ai bien roulé en journée, et maintenant je le paye. Il faut aussi compter que nous sommes en septembre, les nuits sont longues. Officiellement, douze heures. Je compte sur la perspective de l'arrivée pour me donner des ailes et me faire passer cette interminable nuit par magie. Ça fonctionne plus ou moins bien. Mais en parlant de magie, il se passe un truc étrange. Je vois des formes émerger des haies qui bordent la route. C'est une véritable armée. Il y a des fantassins avec des lances, des monstres avec des têtes allongés. Les pointes des fougères leur font des lances fantastiques, des épines énormes qui prolongent leur têtes qui se dessinent et de renouvellent à l'infini. Je m'émerveille devant ces formes dont je sais qu'elles sont produites sans interruption par mon cerveau, qui imagine inconsciemment tout cela, à la volée. Le cerveau humain est vraiment quelque chose de magique. Mais à part ça, je suis en train de m'endormir, et c'est passablement dangereux, comme pratique, de s'amuser à décortiquer ses propres hallucinations tout en roulant.

Paumé
Petit coup de mou. Ça se boit ce truc?

Inquiété par ces rêveries parasites, je décide d'appliquer une nouvelle technique : je dialogue tout seul, à voix haute. C'est d'autant plus naturel que les phares de la voiture m'éclairant par derrière, je vois deux ombres de moi-même projetées devant. L'ombre de droite et l'ombre de gauche. Alors je peux engager une discussion à bâtons rompus entre ces deux Christians. Cela donne à peu près ceci :

  • salut Christian, ça va?
  • ouais ça va pas mal, mais c'est dur!
  • c'est dur mais t'avances bien, c'est du bon boulot Christian.
  • ah ouais t'es sûr Christian?
  • mais oui, continue-comme ça, lâche rien, tu vas pas te laisser intimider par une petite montée de rien du tout?
  • non, c'est sûr...
  • alors vas-y, comme ça, bien, continue, continue!
  • ...

Mon pari, c'est que le fait de parler va me tenir éveillé, un peu comme lorsque j'ai discuté avec Mark hier, cela m'avait donné un coup de fouet. Mais tous les artifices ont leur limite, le sommeil revient à la charge, inexorable.

J'ai essayé tous les trucs, j'ai chanté des paillardes, imité des bruits d'animaux, rien n'y fait, la lutte semble inégale.

Par prudence, je m'arrête souvent.

Je crois que c'est avant un de ces arrêts que Gilbert m'a surpris en train de parler d'éléphants et de poteaux. Le grand et le petit poteau. Oui, bien sûr Christian. C'est peut-être pas une mauvaise idée de faire un petit somme. Je multiplie les micro-sommeils, je ne souhaite pas dormir plusieurs heures. L'arrivée est proche, et puis si je dors longtemps, il faut prendre le temps de me changer, et je ne suis même pas garanti d'échapper, une fois reparti, à ce rythme 10 minutes allongé sur la banquette arrière / 50 minutes sur la route, car 2h30 de sommeil, ce n'est pas non plus une vrai nuit totalement régénérante. C'est vraiment une décision difficile de savoir quand dire stop et quand tenter le coup, on pourrait dire "par précaution, on s'arrête avant d'avoir franchi la limite", le problème, c'est qu'à ce tarif, j'y serai encore, en Irlande. Mais pour reprendre un exemple, quand je m'arrête pour dire à Gilbert et Marc que j'ai cru voir un type en skate-board zig-zaguer devant moi, et que je ne trouve pas cela rassurant, je pense que je fais le bon choix en m'arrêtant. Et quand ils m'expliquent après qu'effectivement il n'y avait personne en skate-board (pleine nuit, 400 mètres d'altitude, perdu au milieu d'un massif montagneux dans la campagne irlandaise...) mais qu'en revanche j'ai bel et bien suivi une biche et ondulé avec elle sur sa trajectoire, sachant que je n'ai pas vu la biche, là, je suis certain que faire une pause, c'était le meilleur choix.

Par ailleurs, je transpire à grosses gouttes dans les bosses, et suis glacé dans les descentes. Le climat franchement humide n'aide pas. Sans franchement pleuvoir, il fait vraiment humide - nous sommes apparemment dans un nuage - et toutes mes couches de vêtement sont trempées.

Je galère dans ces bosses interminables. Mon dos se raidit et je souffre aussi dans les descentes, qui sont tout sauf du repos. Dans l'état où je suis je dois me surpasser en concentration si je ne veux pas finir dans le fossé. Chose qui manque régulièrement de m'arriver, et alors je m'arrête. Une galère, vous dis-je. D'un autre côté, je suis en train d'atteindre l'objectif. Au rythme où je vais, je sens bien que je vais y rentrer, dans ce temps limite. Même si ces dernières bosses s'avèrent dantesques vu mon état de forme, je l'ai au bout du fusil cette RAI, il suffit (je dis bien, il "suffit") de ne pas lâcher le morceau et de ne pas faire de grosse connerie.

TS20

À la dernière time-station, avant l'arrivée, je n'ai pas été très efficace. Oui, j'aurai pu aller plus vite. Mais j'ai pris le temps de me changer et mettre des vêtements secs. J'ai pris le temps de discuter un peu avec le reste de l'équipe. Il faisait nuit, j'étais au bord du rouleau, je crois que j'avais besoin de réconfort. Désolé, ça fait pas trop "surhomme", je voudrais bien écrire que j'avais le couteau entre les dents et que je filais comme le vent vers l'arrivée mais c'est faux, j'étais rincé et j'ai fait des provisions de chaleur, thermique et humaine, avant la dernière ligne droite.

Nous étions jeunes et larges d'épaules

Sally Gap
Et dire que j'ai failli passer là de nuit. Quel gâchis ç'aurait été.

Vous voyez la chanson de Bernard Lavilliers, On the road agsin? Bon, j'ai eu droit à ça, au petit matin. Après avoir passé la dernière très grosse difficulté, qui m'amène à Sally Gap. Comment vous expliquer... Pas facile. Il faut avoir été rincé pendant des heures, avoir monté, descendu des kilomètres de dénivelé, s'être farci le vent de face pendant des jours entiers, et les nuits qui vont avec, s'être réveillé des dizaines de fois trempé au fond d'une voiture pour repartir en selle pour vraiment goûter ce paysage, ce superbe paysage, cette ambiance incroyable. "Au petit jour on quittait l'Irlande, et dernière nous s'éclairait la lande". Tout est pelé. Un ou deux moutons au loin. Un gros nuage accroché sur la montagne d'à côté, la brume un peu partout, et cette descente, facile, dans la lande ocre, avec le jour libérateur qui se lève. Et devant moi, même pas 100 malheureux kilomètres avant l'arrivée. C'est pour ainsi dire gagné, il ne peut plus rien m'arriver d'affreux maintenant.

Bêêêê
Le mouton se cultive bien dans la région. Et il s'en fiche un peu que nous roulions sur la route. Mieux vaut faire attention.

Un dernier coup de cul

On m'avait bien prévenu, il reste une dernière petite bosse. Bon, je suis désormais un peu blasé, j'ai compris que 24 000 mètres de D+, ça ne se sort pas du chapeau, et je ne suis plus à ça près. La bosse est relevée, bien raide, un brin sadique, mais maintenant, c'est du réchauffé.

Étrangement, alors que jusqu'ici elle ne m'a pas vraiment dérangé, le Berlingo avec DJ Marc et MC Gilbert me gêne. Je ne peux pas vraiment le leur dire. Ils ont été super. D'une patience infinie, ils sont restés collés à mes basques pendant des centaines et des centaines de kilomètres, il ont supporté mes caprices, café par ci, gants secs par là, vaincu la puanteur de mes vêtements mouillés en train de sécher dans l'habitacle, renoncé au confort d'une douche bien méritée à Sneem. Bref, ils ont tout fait.

Lever du jour
Photo prise au lever du jour, la dernière nuit est définitivement finie. Plus qu'une grande ligne droite.

Mais là, ils me les brisent menu, avec leur p*tain de voiture (la mienne d'ailleurs, et pourquoi ai-je acheté un diesel aussi bruyant?) qui fait un boucan d'enfer et gâche mon plaisir. Je m'en aperçois d'autant plus que je vais tellement lentement dans cette côte qu'ils décident de s'arrêter et de me rattraper 50 mètres plus loin. L'espace d'une minute, je suis au calme. Juste moi, le vent, le bruit des oiseaux que je commence enfin à percevoir, le léger cliquetis de mon vélo. Et puis cette foutue bagnole me colle à nouveau aux basques, avec son boucan infernal. Saleté de civilisation, barre-toi de mon herbe, du vent! Je n'ai évidemment rien dit à mes accompagnateurs, ça n'aurait eu aucun sens, je n'aurais jamais trouvé les mots justes pour le dire avec tact, et puis j'aurais juste gaspillé 5 minutes, et peut-être même salopé l'ambiance. Et après tout, ils n'y sont pour rien, c'est le règlement qui rend cette voiture obligatoire. Et ils ont fait, et continuent à faire, un super boulot.

Je crois qu'il est temps que cette course se termine.

1500m - 4km - 30 km

J'ai lu quelque part que sur un marathon, à 1500 du but, on sait qu'on a fini. Je veux dire, c'est bon, le reste se finit à l'énergie, à de rares exceptions près, il est impossible de craquer. Sur un ultra à pied, et de manière remarquable, quelle que soit la distance (100 km ou 250 km, tout pareil) c'est 4 km. À 4 km du but, c'est bon c'est plié on a fini. Sur une grosse sortie vélo, je dirais que c'est 30 km. À 30 km, c'est bon, plus la peine d'en rajouter, on finit à l'énergie, quel que soit son état.

En l'occurrence, c'est ce qui m'arrive, je parviens même à relever légèrement l'allure. Il faut dire que c'est plat et que le vent est favorable. Je me suis toujours demandé quel sens avaient ces derniers km. Je veux dire, tout le monde sait bien que vous allez finir, cela ne ressemble à rien d'imaginer un coureur craquer dans cette section. Pourtant, il faut la faire. Je trouve ça toujours un peu paradoxal. La course est jouée, et en même temps il faut s'adonner à cette pratique obscure qui consiste à se flageller pendant encore 30 bornes de plus, juste pour avoir la petite médaille et gna-gna-gna qui va bien.

Un organisateur - une voiture gris métal - se place devant moi à partir de Trim. Oui, car de Trim (le départ) il faut rejoindre Navan (le QJ de la course). La Race Around Ireland, c'est le tour de l'Irlande, plus un petit bout. C'est vraiment des gourmands dans la région.

Hop hop hop sans transition

Arrivée
Il ne reste plus que 30 mètres avant l'arrivée. On tient le bon bout. Ça ne peut plus rater.

Une fois arrivé, je me sens bête. Je crois que je n'ai plus toute ma tête. J'aurais peut-être du discuter davantage avec les coureurs qui étaient là, en particulier Donncha, qui est arrivé il y a un certain temps. Valério est arrivé il y a une heure environ. Il n'était pas si loin que ça.

Faut pas rater le Ferry
Maintenant, il s'agit de tout faire rentrer rapidement dans la voiture et de filer vers la France, sans rater le bateau.

Mais c'est pas le tout, j'ai un ferry à prendre. Avec ces histoires de temps de course ralongé, je me retrouve à devoir emballer mes affaires en quatrième vitesse dans le Berlingo. Je ne prends même pas de douche, trop peur d'arriver en retard et le rater. Et il met pas loin de 18h00 pour traverser jusqu'en France, pas de blague, le prochain est dans longtemps, et je bosse lundi.

Temps de passage
Le tableau avec les temps de passage des concurrents. Ne pas effacer, merci.

C'est sur ce Ferry, enfin, que j'aurai le temps de A) prendre une douche et B) boire une guiness. Après ça, j'ai dormi 12 heures, non-stop.

Monsieurs propres
Paulo, Marc et Gilbert ont *enfin* pu prendre une douche.

Si c'était à refaire? Je recommencerais! C'était une aventure superbe, un truc vraiment typique, franchement dur, stylé. Le seul défaut, c'est que la logistique est vraiment omniprésente, à tout prendre je crois que je préfère rouler un brin moins vite, mais avec des moyens plus sobres. Mais tout de même, quelle aventure.

Photo collector
De gauche à droite, Alan, Emmet, Lorraine, Valérie, Marc, Christian, Gilbert et Jean-Paul.
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Mis à jour le vendredi 04 octobre 2013.