CR 6 jours de Johannesbourg

Pourquoi 6 jours ? Pourquoi si loin ?

Je crois que je suis tombé amoureux des courses de 6 jours en 2010 à Antibes . Depuis j'en ai fait 4. Ce sera donc mon cinquième essai, le meilleur ayant été celui de l'année dernière à Across The Years , avec une marque à 871km.

Drapeaux
Eric, l'organisateur, a planté un drapeau français à côté du drapeau sud-africain. Sympa.

Le concept du 6 jours est simple : on se pointe tous sur un circuit et on dispose de 144 heures pour exprimer son talent. Aucune règle particulière sinon qu'il faut faire le maximum de tours dans le temps imparti. On peut courir, marcher, dormir, manger, se curer le nez. Le chrono ne s'arrête jamais. Du moment qu'on ne coupe pas le parcours et qu'on n'enfourche pas un vélo, en général, c'est OK. Les records sont de 1036 km (Yiannis Kouros, 2005) pour le record du monde et de 1034 km (Jean-Gilles Boussiquet, 1992) pour le record de France. Jean-Gilles a d'ailleurs détenu le record du monde plusieurs années avant que Kouros ne le récupère. Il court encore aujourd'hui, à 71 ans. Et avec ça, il est super gentil. J'ai eu l'honneur de faire quelques tours de circuits avec lui, j'ai une immense admiration pour Jean-Gilles, à chaque fois que je fais un 6 jours je mesure à quel point ce qu'il a réalisé est énorme.

Brail
Rien ne peut arrêter le barbecue, ou brail, en patois local. Même s'il pleut comme vache qui pisse, on mangera des grillades, na !

Il y a assez peu de courses de ce type dans le monde, on va dire que ça tourne autour de la dizaine. Plus proche de moi, les 6 jours de France, auxquels je participerai en octobre de cette année. Mais en attendant, c´était pratique de faire une grosse compétition en hiver, et basculer dans l'hémisphère sud était une solution élégante pour ne pas courir dans la pluie et le froid. De toutes façon, ces courses ne sont organisées, en général, que dans des conditions relativement clémentes.

Tente ***
Confort 3 étoiles, j'ai un lit en bois. Du jamais vu pour moi sur 6 jours. J'espère ne pas beaucoup l'utiliser, mais c'est une autre histoire.

Sur le papier, je cherche à améliorer ma marque personnelle (donc, faire 872...) ou accrocher les 900. Je sens confusément que ça a du sens pour moi de s'y attaquer, à ces 900. Un jour, ils finiront bien par tomber. J'espère. Je travaille pour.

Je suis descendu avec mon père, Jean-Paul, qui sera chargé de m'assister, veiller à ce que la logistique tourne bien rond.

Bienvenue en Afrique

Le bisou porte bonheur
Un éléphant me fait un gros poutoux bien baveux. Chluuurp.

Premiers constats en arrivant sur place :

  • on est bichonnés, l'organisateur a envoyé quelqu'un pour nous chercher à l'aéroport, ils montent une tente pour nous au bord du circuit, j'ai même un vrai lit avec des montants en bois. Le luxe.
  • les Sud-Africains sont super (super) sympa. Avec une culture du barbecue, pardon, du brail, élevée au niveau de sport national, on ne peut pas mieux profiter des 30 degrés ambiants et du soleil afférent
  • ça cogne dur et sur le coup de 13h00, le soleil, c'est pas ton copain, mais en revanche pas de moustiques, un temps plutôt sec et pas humide, bref, c'est pas idéal mais pas infernal non plus
Il en a dans le ciboulot
Sacré caboche, hein ?

La veille du départ, nous allons visiter une réserve d'éléphants (merci Magda & Fanie !), on décompresse tranquillement avant d'envoyer la sauce.

Le plan

Marketing
Faut toujours lire entre les lignes. Les petits caractères. Toujours, toujours bien lire.

Cette année, comme à chaque fois, j'ai prévu d'alterner marche & course. Le dosage du moment c'est 40 minutes de marche puis 1h20 de course. Cela fait du "un tiers / deux tiers", c'est un tout petit plus facile que ce que j'avais fait aux 48h de Royan , ça devrait donc me laisser avec un peu d'énergie en réserve à l'issue du second jour. Sachant qu'en plus, je vais dormir. Niveau sommeil, j'ai prévu 30 minutes la première nuit, 2h15 les 4 nuits qui suivent, des micro-siestes de 5 minutes si besoin, et rien du tout le dernier jour. Mais ça, c'est juste le plan, c'est du papier. Sur le papier, ça a toujours l'air simple.

Départ

Départ donné donc à midi. Sous un soleil de plomb, ça va sans le dire.

Départ
La petite trentaine de zinzins du kilomètres qui s'apprêtent à faire une parenthèse de 6 jours de folie dans une vie normale.

Il y a dans les concurrents un Sud-Africain de talent, bien meilleur que moi sur toutes distances sauf... sur 6 jours, mon record personnel étant meilleur que le sien (à 815 km, tout de même). Mais bon, il en est seulement à son deuxième essai. Il s'appelle Johan, il est super sympa, je lui ai ramené une paire de Hokas (les chaussures bizarres avec la semelle en gros gâteau épais) d'Europe, et naturellement, je l'observe. J'ai tout mon temps, moi, d'ailleurs, au début, je marche, donc je suis relax, pas de stress, il reste 143 heures et quelques minutes, pas de panique.

Il court bien le bougre, foulée légère, mais il avance un peu de travers, je sais qu'il est blessé depuis son 6 jours en automne, j'imagine que c'est lié. Tout cela ne l'empêche pas de me coller 10 bons kilomètres sur les 12 premières heures. En soit ce n'est pas grave, je sais qu'il va ralentir (sinon, il éclaterait le record du monde d'au moins 20%...). Pour l'instant, il est premier, je suis second, chacun mène sa course.

Ensuite, il s'est arrêté. Deux fois je crois. Pendant ce temps j'ai fait ma petite nuit de sommeil, la demi-heure syndicale qui m'évite de trop m'emballer en début de course et de trop taper dans le dur la deuxième nuit. Mais au final, je sors gagnant de l'opération, j'ai quelques kilomètres d'avance au petit matin. Je ne m'attendais pas à prendre la tête si vite, j'avais plutôt prévu de devoir le cuisiner pendant quelques jours, mais bon, c'est ainsi. Cela ne change de toutes façons strictement rien à mon plan de course. L'erreur serait de vouloir "sécuriser" la première place en prenant de l'avance tout de suite. Chaque chose en son temps.

Dodo

Ensuite... bon, je ne vais pas vous passer dans le détail tous les jours de la course, car, pour être très franc, ils se ressemblent tous un peu. Bon, que peut-on dire ? On peut déjà préciser que pour tout simplifier, je me lève à heure fixe. Cela évite de régler le réveil toutes les nuits... 3 minutes de gagnées. Si je suis fatigué je me couche tôt et dors plus, si je suis en forme je pousse l'exercice un peu plus loin.

La boîte à pipi
Les toilettes des hommes sont au niveau -1, avec un escalier. Mais pour ne pas nous fatiguer inutilement, l'organisateur a bricolé ces chiottes sur-mesure, à 2 mètres du parcours, admirez la créativité et le sens de l'efficace.

Le réveil est toujours un exercice difficile. Je pense que c'est un gros axe de progrès pour moi, en ce moment il me faut environ 20 minutes pour me préparer. Entre le moment où ça sonne et le moment où je tourne sur le circuit, ça fait beaucoup de précieuses minutes perdues... Mais c'est ainsi, j'ai beau essayer dur, j'ai énormément de mal à "booter" plus vite. Je fais souvent des rêves étranges, des cauchemards, sur les courses. Cette fois-ci je me rappelle m'être réveillé en panique, en proie à une claustrophobie irrationnelle, tenter de m'échapper de cette boîte sans issue. La boîte, c'était juste ma tente, il suffisait de faire glisser la fermeture éclair pour l'ouvrir... Mais d'un certain point de vue c'est plutôt rassurant car ça veut dire que je me réveille naturellement *avant* que le réveil sonne, et que j'ai donc fait un "cycle" de sommeil complet. C'est à mon sens très important, car c'est ce qui permet de tenir la distance et de ne pas caler au bout de 5 jours.

Le doc
Là où il passe, les ampoules trépassent.

Ensuite, toute l'astuce consiste à tenir jusqu'au prochain dodo. Soit en gros minuit trente dans mon cas. Souvent les heures les plus dures sont de 20h00 à minuit, car l'obscurité me pousse à m'assoupir, et on paye toute la fatigue de la journée. Mon découpage "40 minutes marche / 1h20 de course" m'aide beaucoup dans ce genre de cas. Je sais que je n'ai qu'un cycle de 2 heures à valider. Pour le prochain cycle ? On verra plus tard... C'est vraiment tout simple comme truc mais ça fonctionne assez bien. Je pense que je gagnerais à faire une petite sieste vers 14h00 ou 16h00, en fonction de la météo. À chaque fois j'hésite, je passe en force l'après-midi et souvent je regrette le soir dans la nuit car je manque de "peps". Bon, lentement, je progresse, à force, ça sera optimal ;)

Le soleil

Le soleil là-bas, c'est pas ton copain. À partir de 5h00 du matin il éclaire, ça c'est bien. C'est sympa jusqu'à 9h00. Et là, les ennuis commencent. Il cogne le salaud, il cogne, il tabasse. Certains jours nous avons eu des nuages et ces jours là c'est magique, on peut courir sans soucis. Mais quand mÔssieur le soleil s'y met, c'est juste la boucherie.

Je remarque que quand je cours, avec mon bob en coton à bords larges et à pois bleus, j'ai plutôt moins chaud à la tête qu'en marchant. Étrange non ? Ce n'est pas le vent de la vitesse de déplacement qui change la donne. Entre 5 et 7,5 km/h, y'a pas de différence énorme. Mais j'ai enfin compris ! C'est le fait de sautiller, en courant, qui fait faire "flap flap" au bord du bob. Les éléphants ont la même technique, ils battent des oreilles pour se rafraîchir. Donc si le bord est bien mouillé, il est lourd, il ventile ainsi les côtés de la tête, le cou, tout ça gratos, aux frais de la princesse, sans effort particulier de ma part. Il "suffit" de le retremper tous les 2 ou 3 tours, voire tous les tours quand il fait *très* chaud.

La piste
Vue d'ensemble de la piste, où l'on voit les trois quarts du parcours. La plupart des tentes sont sur la droite, sous les arbres.

Sur le principe la canicule était moins forte qu'à Privas au mois d'août (les participants des 6 jours de France ont subi du 38 degrés...) mais j'insiste, le soleil à la verticale, ça fait mail. D'autant que Johannesburg est à 1700 mètres d'altitude. J'avais mal compris cette information avant de partir, je pensais que c'était plutôt 1000 mètres. Je ne sais pas si ça a une influence directe sur la performance, mais je me rappelle très bien, au deuxième ou troisième jour, m'être fait la réflexion "tiens, je ne respire pas très bien, est-ce la poussière ou quoi ?".

Chaud
Crème solaire, chapeau en coton et t-shirt trempé, on ne badine pas avec la météo par ici.

Et donc le soleil cogne comme un sourd jusqu'à 16h00, à partir de là on est plus tranquille, ça redevient "normal", et c'est plus simple d'avancer sereinement. Je crois qu'une seule après-midi j'ai renoncé à courir sur la tranche midi - 16h00, en me disant que non, c'était pas la peine d'aller ainsi au suicide, mais en général j'ai toujours réussi à passer en trottinant. C'est ça le truc, quelle que soit la météo, il faut trouver un moyen d'avancer son bonhomme de chemin. Si on renonce à courir au soleil, on peut dire adieux au record personnel...

La soupe

Magda, l'épouse de Fanie, cherche vraiment à m'aider par tous les moyens. Elle se met en 4. À un moment, elle me propose une soupe. Je ne dis pas non. Et là, les amis, voilà la soupe. Je veux dire, c'est *LA* soupe. L'aliment dont tout coureur d'ultra a rêvé. J'ai l'impression que j'aurais pu tourner du 1er au 6ème jour en buvant la soupe de Magda, ça suffisait. Un truc de ouf. Comment vous la décrire. Elle est bien onctueuse, légèrement grasse (la soupe, pas Magda, bande de moules !) avec des petits bouts de viande tous faciles à avaler à l'intérieur, j'imagine quelques légumes, un bon petit goût de "fait maison", bref, c'est une tuerie cette soupe. J'en bois, j'en re-bois, j'en re-re-bois.

Le parlement à Budapest
Pendant ce temps mon épouse et mes filles visitent et découvrent la Hongrie, et se blindent la panse avec des bons petits plats locaux tout en profitant des rigueurs de l'hiver.

C'est vraiment très appréciable, Jean-Paul n'ayant pas de frigo et de cuisinière, il ne peut pas lutter contre Magda qui, elle, est venue avec une caravane et tout un équipement de camping dont j'ignorais, pour certains accessoires, jusqu'à l'existence.

Musique

J'ai écouté pas mal de musique. J'utilise des écouteurs "gros calibre", des grosses patates bien visibles qui envoient du gros son. En général je ne m'en sers que pour les coups durs, ou la nuit avant de me coucher, quand le sommeil est au coin du circuit. J'ai une playlist tout à fait improbable je pense, qui contient des chansons pour enfant, du rock bien gras, du disco, de la fanfare, et bien évidemment un best-of de Bide & Musique que j'avais soigneusement construit à l'époque où j'écoutais beaucoup cette web radio.

Les gens

On me demande souvent, tout de même, par hasard "ce serait pas un chiant de tourner en rond sur un circuit ? pendant 6 jours ?". En fait, ça pourrait être franchement difficile s'il n'y avait pas cet ingrédient magique : nous ne sommes pas seuls ! Et c'est d'ailleurs pour cela que, paradoxalement, plus le circuit est court, plus c'est facile, car on croise toujours du monde.

Par exemple, sur ces 6 jours, on trouve :

Lizette
Impressionnante, du début à la fin, le même sourire, la même joie de vivre. Wouf, ça décoiffe.

Lizette Botha. Lizette est une infatiguable bavarde. Au début je me suis dit "ouais super chouette on va pouvoir causer". Mais bon, Lizette, y'a un truc, c'est que... elle dort, elle vit "presque normalement" sur ce 6 jours. Du coup elle a une pêche du feu de dieu, elle court à 10 km/h, elle a le sourire, elle est pleine de vie et (désolé Lizette, faut pas le prendre mal) ... elle me fatigue un peu ;) Mais bon, en gros, si vous êtes tout seul avec elle sur un 6 jours, c'est pas grave, à elle toute seule elle prend l'intégralité de l'animation en charge.

Hester Fortune. Pleine de vie elle aussi, je lui laisse un débardeur de l'OMPCA (le club de course à pied de PSA à La Garenne Colombes) en souvenir. Un sacré bout de bonne femme, avec un accent local à couper au couteau, donc pas toujours facile de parler, mais super sympa.

Hester et Gerard Fourie. Alors ces deux-là, comment dire. Les marcheurs amoureux. Je les ai vus pendant une semaine, tourner ensemble, main dans la main, et franchement, des couples, j'en ai vu sur 6 jours, et bien ces deux-là, ils sont encore plus mimis que les Chevillons. Les connaisseurs apprécieront. Il fallait les voir, vraiment. Rien que ce spectacle valait le détour. Je serais très heureux qu'ils puissent nous rendre visite à Privas, adorables comme ils sont, ce n'est pas possible qu'ils ne se fassent pas plein d'amis.

Johan van der Merwe, qui n'a malheureusement pas pu faire la course qu'il méritait, interrompu en plein vol par la blessure. Il faut qu'il ré-essaye encore sur 6 jours, il a du potentiel, c'est certain.

Amanda Economon, marcheuse déterminée, ses records personnels écrits dans le dos sur sa veste. Elle n'est pas là pour plaisanter, mais garde le sourire. Elle ira chercher les 500 kilos. Sur l'herbe et dans les conditions locales, elle n'a pas à rougir de sa perf, c'est du lourd.

Fanie
Sacré Fanie, il était souvent ainsi, le regard porté quelques mètres devant lui. Je reconnais que pour ne pas se casser la gueule, c'est un bon calcul.

Fanie Naude, capitaine de l'équipe verte, la gentillesse personnifiée, qui tente son premier 6 jours. Avec sa compagne Magda, il m'ont incroyablement aidé. Fanie découvrira à ses dépends que, hum, 6 jours, c'est dur. Je lui laisserait mon stock de Nok en rab, maigre compensation pour tout ce qu'il a fait pour moi en une semaine, en espérant que ça l'aidera à combattre les ampoules.

Mireille Cormier, la coureuse Made In France, à qui le soleil fera un peu des misères, mais je crois qu'elle a tout de même bien aimé son escapade dans le Grand Sud.

Anthony Bold, second au scratch, avec un finish impeccable, il est allé au bout du bout. Il m'aura dépassé un sacré nombre de fois sur le circuit. Mais bon, disons que je me suis arrêté moins souvent ;)

Martie Boesenberg, encore un bâton de dynamite monté sur pattes. Super énergique, motivée, joyeuse, elle se casse le poignet en course... et reviens sur le circuit. On n'arrête pas Martie avec un petit bobo de rien du tout. Nope.

Christian Coertze, hé oui, car il y a un autre Christian. Comme ça c'est pratique, on communique à coup de "allez Christian", et tout le monde est content.

Frik du Preez. L'inénarable Frik, j'avoue que je l'ai assez souvent croisé aux stands entre Fanie et Stefan, à se boire une petite boisson rafraîchissante avec des bulles. Il habitait juste en face de nous, un incontournable.

Pieter Pretorius, gonflé à bloc pour son 48h, Pieter me fait une forte impression. Il court fort, vite. Bon, il faudrait qu'il s'arrête moins souvent pour améliorer sa marque, mais à un peu plus de 240 bornes, il est déjà bien.

Dave Richards, le britannique, comme moi il est venu du fin fond de l'Europe. Je lui ai demandé pourquoi il avait choisi d'aller si loin pour un "simple" 48h. Réponse : "je me suis dit que ça serait marrant". Voilà l'état d'esprit que j'aime.

Samuel Skeva, j'ai beaucoup discuté avec lui, il m'a, peut-être sans le savoir, beaucoup aidé, car il est tombé vraiment au bon moment. Sacré Samuel, j'aurais aimé pouvoir échanger encore plus mais bon, il aurait fallu qu'il ne se limite pas à deux jours de course !

Keanne Raats, à peine plus âgée que ma grande fille Adèle, elle s'essaye sur 24h. Paulo a longuement discuté avec elle, c'est génial que les jeunes puissent s'essayer sur les grandes distances. Évidemment, elle est allée dormir la nuit car oui, ses parents sont raisonnables, et elle avec, et le but n'est pas de se bousiller la santé. Je lui fais écouter rapido un petit coup de musique qui va bien pour aller vite. Hé hé.

Neels Vermeulen, avec sa caravane et sa voiture assorties, estampillées aux couleurs qui vont bien. Neels est un couleur au long cours, qui fait aussi des animations sur les courses (d'où la caravane et le van qui va avec), il a des wagons de Comrades à son actif, des histoires de course à pied pour remplir les longues soirées d'hiver. Je suis bien content de l'avoir croisé !

Magda Vermaak, la compagne de Fanie. Aux petits soins avec moi pendant 144 heures, et même avant. Même pendant qu'elle faisait son 12 heures, elle a pris le temps de s'arrêter pour me préparer sa soupe légendaire.

Susan Jansen van Vuuren, que j'ai croisée plusieurs fois sur le circuit, faisait ses tours avec sérieux, et je l'ai encouragée pour cela, parce qu'elle le méritait. J'espère et je pense avoir de bonnes raisons de penser qu'elle s'est fait plaisir sur ce circuit.

Stefan
One simply does not...

Stefan Roodt, j'ai gardé le meilleur pour la fin. Je joue avec lui au jeu des "One simply does not ..." (posez-lui la question pour savoir de quoi je parle) pendant toute la course. C'est une encyclopédie locale de l'ultra, il connaît tous les temps, les résultats, mais surtout, il a un grand rire dévastateur, un sens de l'humour aux petits oignons, pas possible de s'ennuyer avec lui. Je répète, *CE N'EST PAS POSSIBLE*. Il atteindra avec Anthony les "800km à deux" qu'ils s'étaient fixés comme objectif commun.

Et il y en a plein d'autres, j'espère qu'ils ne m'en voudront pas de ne pas les citer, je crois avoir eu l'occasion d'échanger avec presque tout le monde. Si ce n'est pas le cas, il faudra que je revienne !

24h

La course phare du running festival c'est le 6 jours. Mais il y a aussi d'autres courses. Certains concurrents font un 12h, un 24h, un 48h, un 100 miles, bref, toutes les formules sont au rendez-vous. Mais tout de même, le 24h "à cheval sur les deux années" qui part donc le 31/12 à midi et arrive le 01/12 à midi, a davantage d'inscrits que les autres.

Parmi les inscrits, mon papa, l'inénarable Paulo, qui va ainsi pouvoir faire officiellement quelques tours de circuit. Il continue pendant ce temps à m'assister, disons que je (l'enfant gâté...) reste la priorité, s'il faut aller chercher à bouffer, gérer un problème de vêtements ou autre : il décroche et s'occupe de moi. C'est le deal.

Dans l'ensemble, je n'ai besoin, je pense, de pas grand chose, d'autant qu'à ce stade la course est rôdée, j'ai pris mes marques. Johan a lâché l'affaire au bout de deux jours, apparemment sur blessure, du coup je suis seul en tête de course, le second avance bien mais je ne le vois pas combatif au point de venir essayer de me gratter. Sauf si je joue au con, c'est gagné. Reste la question du kilométrage final, mais bon, en tous cas, pas d'incendie à éteindre à court terme.

Nuit magique
Photo floue. Mais qui retranscrit bien la réalité. La nuit, tout est un petit peu flou.

Il avance bien le gars Paulo. La nuit, il décide de continuer à courir (et marcher, hein, on n'est pas des bêtes) pendant que je dors.

Au réveil, il me pose la question "devine quel est mon classement ?". Moi qui ai eu l'occasion de voir ce qui se passe sur le terrain, je n'hésite pas trop. Premier ? Bingo ! Les filles qui étaient devant lui sont parties s'abandonner dans un sommeil profond et pas totalement mérité pendant que lui, il a continué à tourner comme un hamster. Bilan des courses, une vingtaine de tours qui s'avéreront impossibles à rattraper en 6 heures.

C'est ainsi que Jean-Paul réussi à gagner sa première course, à 65 ans. La course à pied, c'est l'école de la patience ! Bon, le score final, donné ici :

 1 2426 Mauduit, Jean-Paul 256 23:57:51.440" 128,102 km

n'est pas incroyablement élevé, moins de 130 bornes, c'est pas non plus un record mondial, mais bon, hein, la course est ouverte à tous.

Coup de mou

Juste après ce 24h, j'ai comme qui dirait... un coup de mou. Je ne pense pas que ce soit lié au 24h lui-même, juste que bon, voilà, les kilomètres, le soleil, le fond de l'air pas tout à fait frais...

Je bine, je rame, je n'avance plus. J'ai passé une matinée calamiteuse. En regardant les chiffres a posteriori, entre minuit et midi j'ai fait... 33km ! OK j'ai un peu dormi, comme je le fais chaque nuit, mais tout de même, 33 bornes en 12 heures, on n'est pas dans l'excellence là. De dépit, je décide à un moment de m'arrêter carrément 45 minutes, au milieu de l'après-midi. Mon pari : en faisant cela j'ai des chances de faire quand même une "bonne soirée", et tenir donc jusqu'à minuit et des bananes comme d'habitude.

Grosso-modo, cela fonctionne. Quoique. Je décide, pour enfoncer le clou, d'aller me coucher un peu plus tôt, genre 23h30, et de me lever à 2h00 du matin (une heure plus tôt) et surtout, de prendre une douche. Depuis le début de la semaine, je ne l'ai pas fait, et je dois le reconnaître, mes mollets sont absolument dégueulasses.

Bref, peu avant minuit, je vais aux douches, avec Paulo, je me pomponne dans un luxe déraisonnable et file me coucher. Le lendemain, je me réveille et, à mon grand soulagement, la matinée est à peu près correcte, j'arrive à avancer à un rythme "normal".

Pendant ce temps, en Arizona...

...il y a un autre 6 jours. Du 28 décembre au 3 janvier, tout pareil, Across The Years, organisé par Aravaiparunning, et où j'étais donc l'année dernière.

Les stands
Sortie des stands, en arrière plan, la piscine.

Ils sont partis quelques heures après nous à cause du décalage horaire mais au bout de 4 jours de course on peut tout de même tenter des pointages comparatifs. Et, en gros, Ed "The Jester" est quelques kilomètres devant moi. Je rassemble ce qui me reste de lucidité pour essayer de voir ce que je peux faire. J'ai déjà très largement décroché de la ligne "900 bornes". Là, c'est clair, c'est cuit. Même pour 872 (battre mon record perso...) on est dans la science-fiction. Restent des objectifs comme 812 (mon score à Antibes) ou tout simplement 800 ou encore 806 (500 miles). Et Ed qui caracole 4 bornes devant. Je me décide sur un objectif relativement simple : faire un meilleur score que les ricains à Across The Years, et rafler au passage les 800. De toutes façons, logiquement, eux, ils devraient viser les 500 miles, donc je ne peux pas viser en dessous.

Et en voiture Simone !

La tactique à suivre me paraît simple : réduire au max la marche et privilégier la course. Et aussi, ne pas dormir. Avec un finish à midi, ça se fait, suffit de passer la nuit et l'arrivée se passe en douceur.

Jean-Paul me fait un suivi aux petits oignons à coups de graphiques montrant ma progression, et sinon je sais que je peux me fier à l'heure à laquelle je franchis les centaines de kilomètres. En gros j'ai réussi à passer les 600 en début de soirée. Si je passe le 700 en milieu d'après-midi, j'ai des chances raisonnables de passer les 800 avant midi.

Seul

Je me sens un peu seul. Les gars du 48h ont fini leur course. Il ne reste grosso-modo que les participants du 6 jours. Et c'est bien clairsemé. Derrière, le second est hors de portée, il faudrait qu'il double sa vitesse et que je quitte définitivement le circuit pour qu'il puisse me rattraper. Donc bref, c'est moi et le chrono. Tout cela paraît un petit peu vain. Mais j'ai quand même mon 800 au bout du fusil. Si je me laisse aller, je vais taper à 770 ou 780. Maintenant va falloir aller chercher le petit gras qui dépasse. Si j'avais un concurrent au cul ou juste devant en lièvre, ce serait "presque facile". Là, c'est un peu plus dur, mais on fera avec. Pas le choix, de toutes façons.

Un sprint de 24h.

À partir de midi, je mets le paquet. Mon ratio 40 min de course / 1h20 de marche, est passé à 15 min de marche / 1h45 de course. Bon, en gros, j'essaye de courir tout le temps. Il faut tout de même que je continue à boire, à m'alimenter, faire pipi. Les détails qui vous plombent la moyenne. Mais c'est le jeu. J'appuie donc tant que ça peut, et à minuit, je fais le bilan.

Ceci n'est pas un parachute
Allez, à 3, on décolle, OK ?

Mince. À peine plus de 70 km. En gros, mon objectif est atteignable, mais pour y arriver, il va falloir que je maintienne la pression. C'est à dire refaire 12h au carton. Sauf que là il fait nuit, je suis fatigué, j'aimerais bien faire un petit somme... Sauf que y'a pas le temps. Nan mais c'est une blague ? Côté positif : si je m'en sors bien, le jour où je me retrouverai avec un adversaire à suivre sur les 12 dernières heures dans des conditions pas faciles, j'aurai une bonne expérience en stock. Mouais, on se console comme on peut.

Alors je cours. Je mets la musique. C'est bien mais ça ne suffit pas. Je vois des formes qui me menacent sur le bord du circuit, des arbres géants, un peu comme des nuages sombres, qui surgissent de ma gauche. Je pourrais choisir d'ignorer ces monstres de pacotilles, mais le problème, à ignorer les signaux extérieurs, c'est que je risque de zapper le parcours lui-même, me planter dans un piquet en acier. Bref, pas simple. Je décide de dormir... 2 minutes. Faut dire qu'il ne me faut que 15 secondes pour m'endormir, au jugé. Paulo me réveille, j'ai l'impression d'avoir fait une énorme sieste, la coupure est énorme. La machine commence à souffrir un peu.

Je repars. Je ne cours pas vite. Impossible. Je reste prudent, en visant "pas plus de 6h30 au marathon". En gros, 6,5 de moyenne. C'est pas une vitesse de tueur mais 12*6,5=78 soit presque 80 bornes alors on ne se moque pas ! Je pense que quand je cours je suis entre 7 et 8, pas plus.

Je vois le drapeau français planté au milieu de la halle qui abrite le QG de l'organisateur avec les ordis et tout le tralala. Je le vois à chaque tour. Je me dis que j'ai traversé la moitié des deux hémisphères pour venir jusqu'ici, je m'entraîne depuis des mois, des années. On va pas lâcher le morceau maintenant ! N'empêche, c'est pas simple. Quand c'est dur, je pense à Valérie et Wilfrid que je vais soutenir pendant les 24h de Rennes. Je leur répéterai alors qu'il faut s'accrocher, etc. Eh bien, à moi de le faire, maintenant. Il n'y a guère que les coureurs du 12h et moi qui tournent au milieu de la nuit. Mon avis, c'est que le 6 jours, c'est là que ça se joue. Pas au début quand tout le monde est en forme et peut facilement rouler des mécaniques. Pas le jour devant les spectateurs qui, même rares, ont le mérite d'exister. Nan, c'est la nuit, tout seul, à enquiller les tours sans broncher, qu'on fait la différence.

Le jour se lève

Je suis super content. Je tiens le rythme. C'est dur, mais je tiens. Je sais qu'avec le soleil, ça va être plus simple. Plus d'endormissement intempestif. Il ne reste que 7 heures. 7 heures ! C'est rien du tout, voyons...

Le "contrat 800" se simplifie. Au départ il fallait que je fasse du 6,5 km/h. Petit à petit ça tombe. En gros je vois le moment où il "suffit" de faire du 6,pas_grand_chose pour que ça passe. Puis la barre des 6 est franchie. Je ne me rappelle plus les chiffres exacts, mais, par exemple, il suffisait que je fasse 30 bornes en 5 heures pour atteindre les 800. Mais ça met un temps fou à "devenir facile". La vérité c'est que 800 c'est pas donné. Je finis par comprendre que je vais les atteindre entre 10h30 et 11h00. Sans mollir. En vérité ce sera plutôt 11h00 que 10h30 car... surprise ! Le soleil est de retour. Le même p*tain de soleil que les autres jours. Et vas-y que je bombarde sans pitié. Je fais attention, car je sais que la surchauffe est possible. L'avantage d'être le dernier jour c'est que je n'ai plus besoin de faire des stocks d'énergie pour la suite. Pas besoin de protéines ou de trucs gras, du sucré léger suffit. Je reconnais qu'ainsi, c'est plus simple.

Le staff de certains participants du 12h00 s'est déplacé avec une énorme sono. J'ai l'impression qu'ils font des "essais" de son. À chaque fois, 15 secondes d'un morceau, puis stop. Bizarre. C'est déjà ça de pris, j'adore la musique. Et puis quand il fait chaud je ne peux pas utiliser mes écouteurs. D'une part ils me tiennent chaud, et d'autre part pour se tremper la tête dans la piscine, c'est pas le top.

Kilométrages par tranches de 12 heures
Le kilométrage par tranche de 12 heures. La ligne rouge est compensée, avec -10% pour les tranches "après-midi" et +10% pour les tranches "matin", ce pour prendre en compte le fait que je ne dors que le matin. Cela donne une meilleure idée de l'allure de course. Les lignes jaunes et vertes sont les allures moyennes pour 800 et 900 bornes. On voit que je suis allé chercher le 800 sur la fin.

11h00 environ. Je passe les 800. Je ne suis pas fâché. Il reste une heure. Je ne sais pas où ils en sont à Across The Years, mais sincèrement, je pense avoir envoyé du bois sur les dernières heures. Au jugé, vu les conditions de la nuit là-bas, il est très peu probable qu'ils aient suivi. Il faudrait qu'ils soient allé plus vite que moi avec un froid de canard, une nuit longue de 4 heures de plus. Pas crédible. D'autant que le symbole, pour eux, c'est 500 miles, soit 806 km, et pas seulement 800. Du coup la barre doit paraître trop haute. Bon, dans tous les cas, j'ai fait du mieux que je pouvais, ce qui est fait est fait.

Il me reste une heure. Je rassemble ce qu'il reste du bonhomme et j'essaye d'accélérer un peu. Cela ne me fera gagner qu'un ou deux kilomètres, mais d'une part ça sécurisera les 500 miles, et d'autre part je m'en voudrais de faire un finish ramollo, sur ce coup-là.

Comme aux 48h sur tapis je sens mon mollet gauche qui me menace. Marrant ça hein, ne pose pas de soucis pendant 143 heures, et puis là, paf, dès qu'on fait mine d'aller chatouiller les 9 ou 10 km/h, le machin vous rappelle à l'ordre. Bon, je ne joue pas au héros. Je continue comme j'ai commencé. Sérieux, pas tape à l'oeil, constant, régulier. Je me tape une ou deux glaces à l'eau en marchant, je veux finir en un seul morceau, pas dans une civière, ce serait trop bête.

Bilan des courses ?

Le voici :

 616 Mauduit, Christian 1615 143:58:33.417" 808,146

Donc, 1615 tours, pour 808 km. À noter qu'ils ne comptent pas les "mètres en plus" après le dernier tour, il faut décider, au tour "N-1" que c'est le dernier, et on doit le finir avant le gong. Bon, sur 500 mètres, c'est pas très compliqué de viser.

Ah, et pour le classement par équipes de couleur :

  • Rouge 2990.390
  • Bleu 2808.745
  • Vert 2605.583
  • Orange 1837.469
Remise des prix
Une bière une coupe, là on est bien.

...donc on est 3ème. Sur le podium ! ;)

Si c'était à refaire ? Bah, je reviserais 900, quitte à me planter ;) J'ai peut-être sous-estimé la chaleur, et surtout le soleil et l'altitude (1700 mètres). Mais bon, sur n'importe quelle course il y a des difficultés, en contrepartie, ici, les nuits étaient vraiment sympa, la logistique tip-top, bref, un coup on gagne, un coup on perd, dans l'ensemble, c'était une chouette course. Au final, j'ai plein de nouveaux amis, et ça c'est top, j'espère qu'on verra quelques-uns de ces charmantes Sud-Africain(e)s venir nous rendre visite en Europe.

Et d'un certain point de vue, quand d'autres commencent leur année par des "bonnes résolutions", moi, j'attaque avec un 800 en poche, c'est pas si mal.

Le seul regret c'est d'avoir passé le réveillon loin de ma petite famille, les filles en ont profité pour visister la Hongrie et découvrir Budapest. Mais maintenant nous sommes à nouveau ensemble, et c'est mieux comme ça.

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Mis à jour le dimanche 17 janvier 2016.