13/04/2018 - CR flèche Nice

Or donc dans le cadre de ma prépa pour la RAAM et toujours dans ce contexte "flèches de France avec Accent Français" , après Dieppe et Charleville Mézières j'attaque un plus gros poisson, Nice.

Sur les deux flèches précédentes, j'avais joué l'aller-retour, mais là, Paris-Nice c'est environ 1000 bornes, aller-retour ça ferait 2000, c'est un peu beaucoup quand même. Surtout que ma plus longue sortie de la saison fait à peine 600. Par ailleurs, un des but de la sortie est de rôder le reste de mon équipe car la plupart m'ont déjà accompagné, mais pas tous. Donc j'y vais avec assistance voiture et tout le tralala, c'est du luxe car formellement je pourrais rouler seul, mais c'est intéressant car on apprend ainsi à fonctionner ensemble. Mieux vaut découvrir des trucs à l'entraînement qu'à chaud, pendant la course. Sont donc de la partie Bernard, Gérard, et Hervé qui va d'ailleurs m'accompagner à vélo, pas forcément sur tout le parcours, mais comme il prépare la Race Across Italy il y a, lui aussi, besoin de rouler.

J'ai un peu modifié le parcours pour qu'il parte de chez Gérard, à Antibes, donc formellement c'est pas Paris - Nice mais Paris - Antibes. Enfin plutôt, Antibes - Paris car on roulera en sens inverse. Et puis d'ailleurs on ne va pas à Paris mais à Sainte-Geneviève des Bois, en banlieue, chez mes parents. Et j'ai aussi rajouté des détours pour qu'on puisse aller choper des hôtels à Sisteron et Saint-Pourçain sur Sioule. Au final, c'est un parcours en trois étape, qui ressemble étrangement à celui de la Flèche Paris - Nice, mais qui a des variantes par endroit :

Au final, un peu plus de 1000 bornes pour presque 10 000 mètres de dénivelé. On est loin de la distance d'un Paris Nice officiel (version pro / version amateur) car le parcours de la flèche passe beaucoup plus à l'ouest et évite le gros des Alpes, mais on reste sur une bonne sortie, quand même.

Je me donne 3 jours pour faire le trajet. En posant seulement un jour de congés et en descendant la nuit du jeudi au vendredi en voiture, je devrais pouvoir commencer à rouler dès vendredi après-midi. En comptant 400 bornes par jour, ça nous ferait arriver à Sisteron pour la nuit de vendredi à samedi, à St Pourçain pour la nuit de samedi à dimanche, et à SGDB le dimanche soir, possiblement "très tard".

Et le lundi matin, au boulot !

Première étape, Nice - Sisteron

On descend en voiture avec Bernard et Hervé. Gérard nous attend à Antibes, c'est chez lui. Premier constat : il pleut. C'est triste. Dans l'ensemble, il ne fait pas un temps idéal pour rouler cet hiver, mais quand même, je me disais, avril sur la côte d'azur, on va se payer du bon temps. Et bien, non.

Nous roulons toute la nuit, et chance, en fin de matinée, la pluie s'arrête. Il fait toujours un temps triste, mais au moins, ça ne tombe plus. Gérard nous informe que la veille il tombait des hallebardes, et qu'il nous aurait vraisemblablement conseillé de rester sur Paris, car ça ne servait à rien de descendre pour le plaisir de tâter du déluge.

Ça reste très nuageux, gris, triste. Hervé n'est pas très motivé par cette météo peut engageante, donc je pars seul. On teste un peu les radios que j'ai achetées. Marchent pas mal, mais le son n'est pas nickel, et surtout, ce qui est désagréable, je perds du temps à fixer l'oreillette et à enlever ou remettre le casque quand je me change. Bon, c'est pas si grave, c'est du matériel standard et pas très cher et sur place aux US ça pourra toujours servir à relier les voitures entre elles. Mais je crois bien que je vais devoir investir dans ces fameux casques Terrano nettement plus chers, mais a priori plus adaptés à notre contexte.

Côte d'azur
Attendez, la côte d'azur, c'est vraiment censé être comme ça fin avril ?

Le truc, sur ce départ, c'est que... on voit de la neige en haut des montagnes. Le parcours monte jusqu'à environ 1200 mètres d'altitude. Diable. Vais-je rouler dans la neige ? C'est avec joie que je découvre que oui. En vérité, c'est plutôt cool. La neige a bien fondu sur la route, elle tient juste sur le bas-côté, et j'ai droit à de belles congères, et un passage de 15km sur un plateau complètement enneigé, et pour être tout à fait honnête, c'est féérique. J'ai tous les avantages : je suis parti récemment donc suis frais comme un gardon, pas fatigué, donc je n'ai pas spécialement froid, je peux même me permettre de naviguer en gants courts. La neige, c'est juste pour le plaisir des yeux, il ne fait pas particulièrement froid, et comme la pluie a cessé, tout est nickel. Bon, peut-être que dans une descente ou deux j'ai ressenti un petit coup de froid, mais rien de bien méchant.

Devinette
Cette photo a été prise près de a) la mer Méditerranée ou b) la mer Baltique ? Attention, cette question contient un piège.

Tiens, marrant, je suis passé dans un coin qui s'appelle "La Bastide". Ce nom me dit quelque chose... J'ai fait un mariage dans une ville qui avait le même nom je crois. Ah oui, c'était celui d'Alexandre et Christine. Mais j'y pense, au nord d'Aix-En-Provence, c'est sûr, c'était exactement là. Sauf que, avec ce petit froid et ces traces de neige, l'endroit semble moins propice à une grande soirée en plein air avec batifolage dans la piscine.

Hervé, très judicieusement, nous avait conseillé de ne pas partir trop tard le vendredi pour être certain de franchir les gorges du Verdon avant la tombée de la nuit. J'ai bien fait de l'écouter, effectivement, de nuit, ça passe, mais pas la peine de prendre de risques inutiles. Comme dirait l'autre, c'est le genre de coin où il n'y a qu'une marche, mais elle est haute. Si tu fais une sortie de route, c'est la dernière, pas de second essai ni de rattrapage. Au reste, le coin est superbe. Sur le coup de 19h00, j'ai fait une pause pour gober un sandwich, et je profite de ces beaux paysages, avec la neige, ça ne gâche rien. Niveau timing, je n'avance pas hyper vite, mais je tiens un 20km/h de moyenne, vu le dénivelé et ce qui nous attend derrière (je pars pour 1000 bornes, quand même...) je ne juge pas nécessaire de me "mettre la misère" pour aller plus vite. On verra bien après. C'est un entraînement, pas une compétition.

La main invisible
On distingue à droite la main de... mmm... ça doit être Bernard je pense, qui me passe un bidon. Ça n'a l'air de rien mais une minute économisée + une minute + une minute + ... = des heures de différence. Merci les gars.

La descente à la sortie des gorges du Verdon est, au moins sur sa première partie, assez stressante, et je reste prudent, car la neige fond de chaque côté de la route, du coup c'est mouillé partout au milieu. Normalement, il ne devrait pas y avoir de glace, vu la température extérieure. Mais bon, je ne tente pas le diable, et du coup je descends vraiment lentement.

Une fois la nuit tombée, le parcours n'a plus beaucoup de difficultés significatives, c'est un peu barbant de devoir se coller toute la route jusqu'à l'hôtel à Sisteron, mais ça fait partie du jeu.

Oui, j'ai opté pour l'hôtel. Moi qui, d'habitude, dors à l'arrache dans les abris-bus, je me suis dit qu'avec des accompagnateurs, c´était un peu différent. Et à quatre dans la voiture avec deux vélos, on aurait été un peu tassés.

Par ailleurs, il ne fait pas froid pour rouler, pour peu qu'on soit bien couvert, mais pour ce qui est de *dormir* dehors, c'est une autre affaire. Enfin bref, j'ai pris deux chambres, le moins cher possible (ces fameux hôtels en bord d'autoroute ouverts 24h/24). Et j'ai bien fait de réserver, il était plein.

On s'autorise 2h30 de sommeil (soit un arrêt total d'environ 4h) et...

Dieuxème étape, Sisteron - St-Pourçain

...en route pour la suite. Une petite remarque : pourquoi St Pourçain ? La réponse est simple, à partir du moment où j'avais décidé de dormir à l'hôtel il faut... trouver un hôtel. En les hôtels ouverts 24h/24, où l'on peut donc arriver à 3h00 du matin, sont souvent situés sur le bord des autoroutes ou en périphérie des grandes villes. Il se trouve que St Pourçain est sur le bord de l'autoroute A7 et donc, on y trouve un hôtel de ce type. Mais ce n'est pas si courant sur le parcours. Pour faire court, il n'y avait pas trop le choix. Et accessoirement, ça prend un temps fou d'organiser ce genre de chose, car on ne peut pas directement demander à Google "je cherche un hôtel ouvert 24h/24 à moins de 20km de cette trace GPS". Ça viendra peut-être.

Bref, on part.

Ce coup-ci, Hervé roule avec moi. Mmm, pas certain qu'il ait fait le bon choix. Hier la météo était inquiétante. Mais bonne. Limite agréable. Ce matin, il pleut. Pas une horrible pluie battante, juste une pluie triste. C'est rarement gai, la pluie la nuit.

Le début du parcours, je l'ai tracé à coup d'OpenRunner donc ce n'est pas le parcours officiel. Je ne sais pas si ce sera sympa ou pas. En général les parcours des flèches sont quasi garantis "bons pour roulage" mais quand on trace soi-même en ligne avec les outils Google sans vérifer sur le terrain on s'expose à... des surprises.

En l'occurrence, bonne pioche, nous remontons le long d'une petite vallée encaissée, une petite gorge sympathique. À mon avis, de jour, ç'aurait même pu être très joli.

En ce qui me concerne, ayant peu dormi la semaine précédente (oui je sais, c'est mal, mais on ne choisi pas toujours...) entre la mauvaise nuit à descendre en voiture entre jeudi et vendredi, et le dodo express à Sisteron qui n'a duré que 2h30, je suis un peu flagada. Hervé va nettement plus vite que moi, j'hésite à me fouetter un coup pour le suivre, puis me ravise. Encore une fois, je risque surtout de me cramer et de coincer plus tard, je colle à mon rythme, qui a certes baissé, et j'attends de voir.

Une fois le jour levé, le parcours est franchement plus simple que celui de la veille, nous descendons sur la vallée du Rhône, tranquille, avec qui plus est, un léger vent favorable. Il pleut toujours de temps à autre, mais rien de dramatique non plus. Juste après la traversée du Rhône, on s'offre un petit pique-nique avec un truc chaud à manger. Ce n'est pas du luxe.

Le parcours reprend ensuite un peu en "punch" car on attaque l'autre côté de la vallée du Rhône, côté ouest donc, j'ai nommé le Massif Central. Ce n'est pas de la haute montagne, mais je me laisse toutefois surprendre par le col de la République avant d'arriver à St Étienne. Je monte à un rythme de sénateur, Hervé me dépose, littéralement. Bon. C'est comme ça. Par ailleurs j'ai du faire une pause technique et entre les bretelles du cuissard, l'oreillette du talkie-walkie, je prends un temps interminable à me rhabiller. C'est certain, c'est plié, pour la RAAM, cuissard sans bretelle et pas de fils qui traînent. Une minute de perdue, c'est une minute de perdue. On ne la rattrape jamais.

À St Étienne, la circulation est un beau bordel. Par ailleurs la trace GPS que j'ai filée aux accompagnateurs en voiture suppose que l'on va vers le sud et pas vers le nord. Donc dès qu'il y a un sens unique, elle est fausse. Pour parfaire le tableau, il doit y avoir un match de foot ou de je ne sais quoi ce soir, car il y a des cordons de CRS partout, et tout un pan de la ville, manifestement autour d'un stade, est bloqué. C'est le folklore local, on va dire.

Il reste encore quelques bonnes bosses avant la tombée de la nuit. Hervé a un petit coup de mou, et peu après la tombée de la nuit, il décide de stopper.

Je me retrouve seul sur la route, et avec la fatigue accumulée, j'avoue que je n'y vois plus très clair. Pour autant, je n'ai pas spécialement envie de prendre de risques. Du coup je multiplie les micro-pauses de 5 minutes, sachant qu'il faut vraiment (vraiment...) qu'on arrive jusqu'à l'hôtel. En situation de course, j'aurais dormi à l'arrache nettement avant, mais là, la logistique étant ce qu'elle est, il faut bien pousser jusqu'à St Pourçain.

Je me traîne donc jusqu'à St Pourçain, et suis suffisamment cuit pour ne même pas comprendre quelle sortie du rond-point il faut prendre pour traverser la rivière et rejoindre l'hôtel. Il était temps que ça s'arrête. Niveau efficacité, sur les quatres dernières heures : zéro pointé.

Comme la nuit précédente, on ne traîne pas au lit, environ 2h30 à ronfler et...

Troisième étape, St-Pourçain - SGDB

On repart on point du jour. Je prend une pichenette d'avance sachant que la voiture me rattrapera rapidement. D'autant plus rapidement que je fais une stupide erreur d'orientation au départ.

Pratique les oreillettes quand même, je les vois au loin, je les contacte, ils m'attendent. Sans toute cette électronique, j'aurais du m'arrêter, sortir le portable, appeler, et j'aurais perdu 3 minutes de plus.

Au premier gros village, ils m'attendent avec un café croissant.

Problème, c'est en descente, et je passe comme une balle sans les voir.

Je mangerai le croissant et boirai le café plus tard. La vue est superbe. La lumière rasante du soleil éclaire la vallée est prise dans le brouillard, honnêtement, autant hier c'était pourri et triste à souhait, autant là, on ne regrette pas de faire du vélo.

Encore une fois, sur cette section qui part de l'hôtel, une quarantaine de kilomètres sont "hors parcours officiel de la flèche". Pour autant, c'est très sympa. Tiens, mon GPS n'a plus de pile. Et les piles de rechange sont dans la voiture, qui est... plus loin. Ils me suivent en rapproché de nuit mais de jour font des "sauts de puce" de 5km à 10km. Je téléphone pour demander la direction générale, et on se retrouve sans soucis. Là, fallait téléphoner, les talkie-walkies ont une portée de 2 à 3 km en général (un peu moins en montagne, forêt ou agglomération desne...) mais là, ils étaient plus loin. À retenir pour la RAAM : changer les piles du GPS tous les matins au réveil. C'est trop con de devoir s'arrêter pour ça.

Dans l'ensemble, le parcours est désormais plutôt plat. Par rapport à ce qu'on a bouffé les deux jours précédents, c'est un peu les vacances. En plus, léger vent favorable, et... incroyable, il fait beau. Pas non plus le grand soleil des vacances et encore moins la canicule, mais bon, c'est une journée de printemps très correcte. Pas trop tôt.

Bon, en revanche, suis un peu fatigué, et j'avoue que je peine à relancer franchement. Par ailleurs, les vitesses, à l'arrière, passent très mal. Comme j'ai un triple plateau, je peux toujours compenser, mais quand même, c'est un peu, hum, c'est un peu la merde. Je savais qu'il fallait que je refasse le gaînage et le câblage du vélo, mais je pensais que ça pourrait attendre fin mai, une fois que j'aurai fini le gros de l'entraînement. Mais non. Du coup ça coince de partout, et je roule souvent en emmenant trop gros ou trop petit, et puis, pour être honnête, c'est hyper agaçant de rouler sur un vélo mal réglé. Autre chose, mon pédalier a repris du jeu. Idem, j'ai prévu de changer les roulements (acheté tous le matos nécessaire, extracteurs etc.) mais ce n'est pas encore fait. Donc le pédalier branle dans le manche, les vitesses passent mal, pas dingue.

On laisse Hervé au large de Paris, son fils vient le chercher, pas d'intérêt pour lui à se trainer dans la voiture jusqu'à chez mes parents, sachant que ça lui ferait un détour pour rentrer chez lui.

Je reste donc avec Bernard et Gérard. En y regardant bien, j'ai le temps de revenir jusqu'à SGDB, quitte à arriver tard la nuit. Bon, foutu pour foutu, je vais terminer en roulant, ça me gratte de ne pas terminer le boulot commencé, et puis j'aimerais bien arriver à un compte rond "au delà de 1000".

Les ennuis commencent peu après la Ferté Alais je crois. À ce stade, je suis cuit bien cuit, limite cramé. J'ai une ferme envie de dormir. Et j'ai demandé à OpenRunner / Google Maps de me tracer un trajet de la Ferté Alais jusqu'à Sainte-Geneviève des Bois. Normalement c'est la sortie habituelle du dimanche, c'est un rendez-vous habituel des cyclistes, ça passe tout seul.

Mais là le GPS me fait passer par des coins vraiment improbables. Je sens bien que quelque chose va de travers, c'est nettement "trop urbain". La voiture est en mode "sauts de puce" (on n'a plus les girophares...) et je suis donc souvent seul. Parfois je m'arrête un peu sur le trottoir pour, littéralement, dormir debout. Tout cela va mal finir, mais il me faut sortir de ce traquenard. Quand je retrouve Bernard et Gérard, pour le coup, je vais mieux, mais j'ai eu un passage à vide, c'est certain.

Le pompon est pour la fin du trajet. Le machin tente de me faire passer par une piste cyclable le long de la Francilienne. J'ai pris cette piste pendant des années. Oui mais, depuis un certain temps (franchement longtemps, d'après Jean-Paul) elle est condamnée. Condamnée genre, ça passe pas. Donc je me retrouve à devoir remonter, en sens inverse, à pied, une bretelle d'accès à la Francilienne, pour rejoindre une route 2 X 2 voies qui n'est pas interdite aux cyclistes, formellement, mais à une heure du matin la nuit en fin de week-end, franchement, c'est pas conseillé.

J'indique à Bernard et Gérard, qui se sont retrouvé planté au même endroit, comment utiliser le GPS de la voiture pour rentrer direct à la maison, fait donc mon demi-tour scabreux, serre les fesses jusqu'à retrouver des routes un peu moins exposées, et quelque-part entre une heure et deux heures du matin, enfin, j'arrive à destination.

Fin de l'épisode.

Bilan ? Ben je crois quand même que j'ai appris deux ou trois trucs, j'ai scoré un petit millier de km ce qui ne fait jamais de mal, et j'espère que les autres ont passé un bon moment quand même malgré la météo un peu décevante.

Les hostilités reprendront dans deux semaines, j'ai prévu d'aller à Bellegarde, visiter le Jura.

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Mis à jour le dimanche 20 mai 2018.