CR 6 Jours de France

Et de 7

Je pense qu'on peut le dire, je ne suis plus un débutant sur cet exercice. J'ai donné en 2010 , 2013 , 2014 (marche). 2014 , 2015 et 2016 . Le concept est très simple, on se pointe sur un circuit, en général entre 500 mètres et 2 km, et on tourne pendant 6 jours, soit 144 heures, et celui qui fait le plus de tours a gagné. Simple et redoutable. Le chrono ne s'arrête jamais. On va à l'allure qu'on veut. On peut foncer, s'arrêter, dormir, et même faire une pause à l'hôtel. Sur le papier, quand on a un peu couru et fait de la longue distance, ça n'a pas l'air tres compliqué, on se dit "bon, je suis capable de faire 180 km en 24h, il suffit que je fasse seulement 135 par jour, et je claque les 800". Sur le papier, c'est effectivement à peu près ça. Et vu de quelqu'un qui vaut 180 sur 24h, faire "seulement 135" ça a l'air pas très compliqué, c'est le rythme de ceux qui sont dans le fond du classement sur 24h, la zone des anonymes, en général en 135 bornes on a énormément marché, on a fait des pauses, et du point de vue de certains, ce n'est même plus de la course à pied. Pour vous dire, sur 24h, en marchant, je vaux 160 bornes et des brouettes, donc ce n'est même pas mon rythme à la marche.

Ceci n'est pas une hallucination
Souvent on voit des motifs dans le sol, après plusieurs nuits sans sommeil. Mais là, le 6, il y est pour de vrai. Merci Agnès pour la photo (et pour toutes les autres photos, d'ailleurs).

Alors, qu'est-ce qui fait que les performances au-delà de 800 bornes sont si rares ? S'il "suffit" de passer en mode diesel à 135 bornes la journée, qu'est-ce qui nous empêche de le faire ? C'est là toute la magie du 6 jours. C'est je pense ma figure de style préférée en course à pied, une discipline particulière qui laisse une chance aux bouses comme moi, qui d'habitude, sur d'autres courses, sont perdues au milieu du classement. Ici, pas vraiment de technique comme en trail, pas de besoin élevé en VMA comme sur marathon. En revanche, il faut être complet. Joe Fejes, un des meilleurs performeurs récents sur cette distance (il est 100 km devant moi...) l'a bien résumé en expliquant (je ne suis pas totalement sûr qu'il l'ai dit en ces termes, mais dans l'esprit, c'est ça) qu'il faut, pour réussir :

  • un entraînement en béton
  • des compétitions bien choisies, avant le 6 jours
  • une détermination sans faille pendant la compétition

Remarquez qu'ici, je ne parle pas de prédisposition, de génétique, de talent. Je le pense, je le martèle, 6 jours, ça s'apprend sur le terrain, ça se construit au fil des années, et tout le monde peut le faire. Mais attention aux termes employés. Un entraînement "en béton". Une détermination "sans faille". Ça veut bien dire dire ce que ça veut dire.

Ma préparation, pour ce 7ème 6 jours, a été un peu compliquée. J'ai accusé le coup après l'Ultrathlétic Ardèche et passé un mois de juin à blanc, à errer comme un petit vieux, puis juillet a été meilleur avec un 100 km à Cléder très correct, et un triple Ironman à Lenshan qui s'est bien passé. Au final, je suis un peu poussif, je manque de vitesse, mais je sens que la carcasse tient bien, aucune douleur parasite, les jambes tournent, j'accuse un surpoids (84kg alors que j'ai fait mes meilleures perfs en 2010 à 77kg) mais c'est comme ça, je ne vais pas me couper un bras pour gagner 7 kg.

La pression

Ayant gagné la précédente édition, je suis un peu attendu au tournant. Il y a d'autres favoris, Olivier Chaigne, par exemple, avec un record personnel 50 km au delà du mien (donc, formellement, nettement meilleur) fait partie du lot. Mais je ne peux pas passer inaperçu.

Mais à la limite, ça, je pourrais en faire abstraction. Non, la vraie pression, je me la suis mise tout seule. Je suis donc inscrit pour la RAAM 2018, la traversée des États-Unis en vélo. Et à la différence d'un 6 jours, là-bas, on ne fait pas "ce qu'on peut". Il y a des temps limites. Il me faudra aller du Pacifique à l'Atlantique, soit 4 900 bornes, avec un dénivelé de fou (50 000 mètres) le tout en moins de 12 jours. Là, on change de catégorie, c'est de la performance sur commande, il faut passer la barrière, sinon on est éliminé et recraché, éjecté de la course comme une vulgaire chaussette.

Donc, au départ de ce 6 jours, je me dis que si je ne suis même pas capable de sortir un 800, sur ma discipline de prédilection, va falloir me remettre sacrément en question.

Il paraît qu'il va faire chaud. Ah ouais ? Chaud comment ? 30 degrés ? De la gnonotte au regard de ce qui m'attend dans le désert entre Los Angeles et les Rocheuses. Là on cause plutôt 40 ou 45. Je joue un peu quitte ou double, car c'est dangereux d'avoir une pression parasite comme celle-ci, normalement quand on fait une course, on fait... cette course, et pas la course d'après. Mais je ne peux pas m'en empêcher. Cette RAAM est en train d'étendre son empreinte sur moi, je sais qu'à partir de... très bientôt, voire maintenant, je dois me faire pousser des roues au bout des pieds, devenir la machine à rouler.

Ce 6 jours est un test, je n'ai pas trop le choix, il faut réussir et faire un truc beau, sinon, je vais - à juste titre - compromettre la confiance de mon équipe en ma capacité à finir cette traversée américaine. Y'a pas de petite porte de sortie, faut que ça marche, point.

À ce sujet, je suis à la recherche de sponsors (pour la RAAM), le dossier de sponsoring est en cours de finalisation, ne pas hésiter à me contacter.

Le Team

Mon épouse Valérie est inscrite aussi. L'année dernière elle avait eu des difficultés, et avait raté son objectif à cause de douleurs lancinantes aux pieds, entre autres. Elle revient sous entraînée - une année compliquée avec notre déménagement - mais motivée et j'espère qu'elle arrivera à améliorer sa marque et surtout garder une image positive de sa course.

Team Mauduit, côté face
De gauche à droite, Christian, Lise, Valérie, Garance, Anne, Adèle.

Souvent, Valérie s'occupe de mon assistance, mais là, étant sur la course, elle ne peut logiquement pas tenir ce rôle. Alors, qui s'en occupe ? Bon, déjà, les 6 jours de France sont particulièrement bien organisés et l'assistance n'est vraiment pas indispensable. En 2010 j'étais venu tout seul, et à ma connaissance Olivier Chaigne a signé toutes ses magnifiques performances en mode solo. Ensuite, mes 3 filles, Adèle, Lise et Garance (13, 12 et 10 ans), ainsi que ma belle-mère Anne, sont dans le secteur. Elles dorment dans une location près du centre ville de Privas. La journée elles se balladent, profitent de la région.

Team Mauduit, côté pile
Chacun son job.

Mais chaque matin elles m'amènent des viennoiseries, et le soir elles gèrent mon repas (faire la queue, aller chercher le plateau...) et font le minimum de rangement qui fait la différence entre une tente absolument bordélique et une tente où l'on trouve rapidement ce qu'on cherche. J'apprécie cette aide à sa juste valeur, je n'ai qu'à me concentrer sur une et une seule tâche : empiler les kilomètres, les uns après les autres.

Dashboards

Dashboard Datadog
Le tableau de bord sur mesure concocté par mes collègues (ils sont forts).

L'année dernière, mes collègues avaient déjà fait un tabac en mettant en place un tableau de bord ad hoc suivant ma progression pendant la course. Ça avait donné lieu a un petit article sur le blog ingéniérie de ma boîte. Cette année, belote, et rebelote.

Et la cerise sur le gâteau, c'est que je me suis arrangé avec Jean-Michel, qui s'occupe de l'informatique des 6 jours, pour mettre en place un petit tableau de bord par coureur (ou coureuse, ou marcheur, ou marcheuse) qui présente :

  • le kilométrage total
  • le nombre de tours
  • la progression en kilomètres sur la dernière semaine
  • la vitesse moyenne sur les 24 dernières heures, par tranche d'environ 30 minutes

C'est ce dernier graphique qui est tout particulièrement intéressant je pense, car il donne ce qu'on ne voit jamais avec la position instantanée : comment évolue ce coureur. Est-ce qu'il progresse en continu ou par à coup ? Fait-il des pauses ? J'ai eu pas mal de retours positifs, essentiellement de la part d'amis et autres coachs qui suivaient les coureurs à distance, et voulaient savoir où en était leur poulain.

Départ rapide ?

En route
Un tour. En puis un tour. Et encore un tour.

J'ai fait environ 195 bornes le premier jour. Certains se sont dit "ouah, il est parti vite !". Je n'en suis pas si sûr. J'ai marché/couru, comme prévu. Je me suis même arrêté 30 minutes la nuit. Simplement, en marchant vite et en trottant bien frais, on avance bon train, c'est tout. Jamais je ne me suis mis dans le rouge cette première journée, et je n'avais pas vraiment conscience du classement. J'ai juste empilé les km.

Et on pousse
Les kilomètres ne se font pas tous seuls.

Et aux 48h, je me rappelle très distinctement avoir été tout près des 336 km, qui sont qualificatifs pour le Spartathlon et j'ai décidé, délibérément avant 16h00, de prendre une douche puis d'aller dans la tente médicale faire une petite révision des 300 à mes pieds, qui avaient quelques ampoules, on va dire. Et j'ai ainsi raté cette marque à 336 (que j'aurai l'occasion de refaire à Royan au besoin) en toute connaissance de cause, préférant m'économiser que risquer de compromettre ma course en tentant de valider une marque intermédiaire symbolique.

Simplement, tant que je ne suis pas *au delà* d'un rythme "900 bornes" je considère que c'est raisonnable, et 195 le premier jour, c'est pas déconnant pour aller taper les 900. Il se trouve qu'ensuite je ralentis pour un tas de raisons diverses et variées, mais je le revendique, départ pas spécialement rapide.

Journée type

Monsieur Propre
Il y a de la poussière sur le circuit. C'est la faute de la poussière si je suis sale.

Bon, venons-en aux faits. Je me suis aperçu, au fil des ans, que beaucoup de personnes pensent que je prépare mes courses au millimètre. C'est faux. Au contraire. Je fais une esquisse, un croquis, je dessine les grandes lignes, et le reste je vois sur place. On m'a souvent demandé sur la course : "t'es dans tes objectifs ?" ... difficile pour moi de répondre. L'objectif il est variable, il change selon les conditions, s'il fait chaud je le révise à la baisse, si je me sens en grande forme je le revois à la hausse.

Mais dans tous les cas, j'ai un plan. Un plan simple. Un truc que même fatigué, on s'en rappelle facilement. Et ça se résume à :

  • 30 minutes de marche / 1h30 de course
  • dîner à 18h00 (10 minutes de pause)
  • couché à 00h30
  • réveil à 02h30

Et c'est tout.

Miam
Se ravitailler. À chaque tour. Important.

Après, sur place, j'ai ajusté. La première nuit, j'ai seulement "dormi" 30 minutes. En fait je me suis juste allongé et j'ai laissé la pression redescendre, sans dormir, impossible avec l'adrénaline de la course. La dernière nuit, j'avais prévu de ne pas dormir du tout, puis un orage nous est tombé dessus peu avant 1h30 du matin : j'ai décidé que je pouvais reprendre des forces, je devais de toutes façons changer mes chaussettes, refaire la NOK etc, donc quitte à s'arrêter sous la tente, autant dormir un peu, et je suis donc resté arrêté une heure. Au final ça fait :

  • 0h30 de "sommeil" la première nuit
  • 2h00 les 4 nuits qui suivent
  • 1h00 la dernière

Au total, 9h30 consacrées au sommeil, dont vraisemblablement seulement 8h00 de véritable sommeil effectif, et pas mal de temps perdu autour pour me déshabiller, et surtout dans l'autre sens renfiler les chaussettes, mettre la crème sur les pieds, etc. etc. Assez rapidement j'ai été en tête de course donc je pouvais choisir mon heure pour dormir. Mais je pense que même si j'avais été marqué à la culotte, j'aurais gardé le même timing. C'est seulement à partir du jeudi (4ème jour, 96h) que ça vaut le coup, selon moi, de se crêper le chignon et ajuster son sommeil en fonction de la position des autres. Avant, c'est trop tôt.

Bon bref, maintenant qu'on a parlé du sommeil, parlons de la journée. Elle commence à 3h00 (le temps que je sois réveillé, habillé, et que j'aie pu faire un tour de chauffe) et donc là, c'est 1h de course. Ensuite marche de 4h00 à 4h30. Puis course de 4h30 à 6h00. Et marche de 6h30 à 8h00. Et ainsi de suite. 1h30 de course c'est "facile" c'est ce que je fais en standard à l'entraînement, c'est vraiment une durée très accessible pour quelqu'un d'entraîné. Et surtout (c'est là que c'est important) je coupe l'effort *avant* d'être cuit. Si je sens que j'en ai sous la pédale : j'en garde pour la session d'après !

Chaleur

Profiter de la nuit
La fraîcheur de la nuit permet d'augmenter un peu le rythme.

De midi à 18h00, la course est neutralisée. Oh, on a bien du avoir une journée où il a fait un peu moins chaud mais dans l'ensemble, à partir de midi, le Grand Patron, c'était le soleil. Et vaut mieux le respecter. Le spectre de 2015 planait sur le circuit "en 2015, il faisait 38, c'était encore pire". Bon, en 2015, j'étais pas là (à cause de PBP ) mais apparemment donc, rien n'égalera cette canicule là. Ceci étant cette année elle est pas mal quand même. J'ai vu beaucoup de coureurs tenter le coup, essayer d'envoyer un peu du steak dans l'après-midi. Et le payer la nuit. Moi j'ai adopté un profil bas. La mort dans l'âme, j'ai marché au soleil pendant des heures et vu mes objectifs - en particulier la perspective de battre mon record personnel - partir en fumée, griller sous ce beau soleil du mois d'août. C'est dur, de voir ses rêves mourir comme ça en plein soleil. J'ai pris sur moi. C'était vraiment tentant de partir la fleur au fusil et tenter le tout pour le tout. Je ne l'ai pas fait. J'ai l'impression que c'était une sage décision. Sage ou lâche ? Difficile de trancher. Enfin, j'ai choisi.

En tout état de cause, la nuit, c'est assez facile de tourner rapidement, car la température baisse nettement, et c'est un peu le paradis des coureurs. Pour ceux qui sont encore en piste. Curieusement, nous n'étions pas si nombreux, je m'attendais à voir davantage de personnes tenter de tourner de nuit et se reposer le jour. Se reposer le jour, moi, je n'ai même pas essayé. À 40 degrés sous la tente, faut pas compter sur moi pour tenter un roupillon, c'est mission impossible.

Musique

Et l'avantage de tourner la nuit, aussi, c'est qu'on peut le faire en musique. Je n'utilise mes écouteurs que pour lutter contre l'endormissement et me motiver quand les coureurs se raréfient sur la piste. Par ailleurs mes écouteurs me tiennent chaud à la tête, donc de jour en plein soleil : c'est mort.

Musique Maestro
Dans ma bulle.

Cette année j'avais mes playlists habituelles, certaines assez anciennes, des vieux pots dans lesquels je fais de bonnes soupes. Et aussi, j'avais approvisionné quelques nouveaux tubes. En particulier un peu de Shaka Ponk, plus précisément leur album The Geeks and the Jerkin' Socks. Pour être tout à fait honnête, les deux tiers du temps, j'ai écouté cet album. 4h le soir, 2h le matin, ça fait 6h par jour, donc mettons 30h d'écoute (le premier jour, je n'écoute rien) ce qui nous fait, deux tiers de 30h -> 20h de Shaka Ponk. Et pour être encore plus terre à terre, j'ai une ou deux fois fait une tranche complète de 1h30 sur le même tube Sex Ball. 1h30 à se passer les même 4 minutes en boucle, au moins deux fois par tour. Ouais, quand la musique est bonne, on n'a pas besoin de la changer. C'est comme le rythme de course. Une fois que c'est bien réglé, on n'a plus besoin de toucher les boutons, on laisse filer la mécanique bien rôdée, et on observe. Et même en observant, des fois on rate des trucs. Par exemple dans le morceau de musique évoqué précédemment, on peut entendre, à 1m05s "il chie dans l'église". Et ça, même en l'ayant écouté peut-être une centaine de fois, je ne l'avais pas remarqué. Merci les Internets de nous apprendre ces petits détails qui font croustiller la vie.

Quand je pense que le grand John Lennon a dit que "le rock français, c'est comme le vin anglais", ça me donnerait presque envie de goûter du vin anglais. Nan, j'déconne.

Orientation

Je crois que sur la fin de course, j'avais nommé l'extrémité nord du parcours le "carrefour Posado". En hommage au dossard 33 José Luis Posado Perez. Parce que - et c'est un coureur remarquable - il allait tellement loin dans l'effort, et donc dans la fatigue, qu'il semblait avoir un mal fou à... trouver son chemin. Pourtant, normalement, y'a quand même des grosses barrières en métal, assez balèzes, et on ne les traverse pas par hasard. Mais la fatigue fait des ravages. Et plus d'un coureur a du rappeler à ce brave José Luis "hé non mec, c'est pas par là !". Un coureur rapide et tenace - il finit en 5ème position - mais que je ne recommande pas en équipier pour le Raid 28.

Gérer sa course

Mr Slip qui court
On notera le bras gauche légèrement écarté car j'ai les dessous de bras ruinés par les frottements.

J'ai pas mal entendu, sur cette course "bon maintenant, c'est bon Christian, tu gères". C'est vrai que je ne m'attendais pas à prendre la tête de course si vite. En gros au bout d'une douzaine d'heures c'était fait je crois. Les espagnols ont un peu continué l'animation au début, mais bon, dans l'ensemble, assez vite, j'étais premier.

Mais je vais vous dire un truc, je n'ai pas "géré, tranquille". J'ai appuyé, tant que ça pouvait donner, tout au long des 6 jours. Je prenais 10 à 20 km au groupe des 2-3-4, chaque jour. Gérer, c'est pas ça. Gérer, c'est prendre 40 bornes d'avance et se reposer pour mieux contrôler la course. Là, j'ai pris du risque jusqu'au bout. J'étais en chasse derrière le Christian Mauduit de 2014 qui a fait 871 km. Et surtout j'appliquais les consignes de Guy Rossi (qui faisait des ultras quand j'étais encore au biberon) qui, de ce que je m'en rappelle, recommande de toujours donner le meilleur de soi-même. C'est une petite prise de risque car je risquais d'exploser et laisser un boulevard à Olivier Chaigne pour monter sur la 1ère marche du podium. D'un autre côté, à partir du moment où mon objectif est "faire au mieux" ... je suis certain de l'atteindre à condition de montrer un peu de bonne volonté sur le terrain.

À côté de mes pompes

Niveau chaussures, je crois que j'ai déconné. Je suis parti avec une paire achetée en promo à Décathlon alors que j'étais parti acheter autre chose. Pas des mauvaises pompes, mais pas assez de contrôle / stabilité pour le prônateur que je suis. Au bout d'une journée et demi, je change. Pour des chaussures, pas mal, mais d'une marque qui m'avait déçu au Luc en 2013. J'avais à cette époque accusé le circuit, un peu dur pour les semelles. Mais là encore -> badaboum, après 2 jours, elles sont rincées. Bon OK elles avaient quelques kilos dans les pattes déjà, mais bon, tout de même, on ne m'y reprendra plus, ce sont certainement de bonnes pompes pour des coureurs légers, mais pour une masse comme moi de 84kg, on repassera. Or donc je finis la course avec une bonne vieille paire de trails, des Trabucco de chez Asics. C'est costaud ces machins là en revanche ça n'amorti pas aussi bien que des routes, donc sur la fin, j'ai vraiment pris très cher au niveau de la plante des pieds.

La prochaine fois, j'arrête le bricolage et viens avec des vraies pompes adaptées. Comme quoi, même avec de l'expérience on peut faire de belles conneries. Pourtant, je le sais qu'il suffit d'aller au Marathonien à Sartrouville pour faire le plein de bonnes chaussures adaptées. Incorrigible le Christian, incorrigible.

Les amis

On va dire que sur 6 jours, c'est moit'-moit' entre habitués et nouveaux. Chaque année de vieux baroudeurs (et baroudeuses) reviennent. Et chaque année apporte son lot de nouvelles têtes. Et c'est juste génial, parce qu'on a une semaine pour faire connaissance. C"est un peu comme un énorme village de vacances. Avec une grosse activité chaque jour, un peu répétitive certes, mais indémodable et qui peut se résumer à "aujourd'hui, on fait des tours de circuit !".

Amoureux
C'est qui les plus mignons ?

Pendant ces 6 jours, j'ai retrouvé Sarah Barnett, une australienne qui a peut-être bien couru tous les 6 jours de la planète, j'ai taillé une bavette avec - et vu partir à regrets - Denis Orsini, vainqueur des 6 jours de Pantano avec 732 km cette année, j'ai croisé la bible française ambulante de l'ultra sur route en général et des courses horaires en particulier, j'ai nommé Christophe Antoine, j'ai vu évoluer Jean-Patrick Lely et discuté avec sa compagne qui est par ailleurs une excellente nageuse (pas tout à fait retenu comment leur méga village de vacances sportif fonctionnera, mais ça a l'air top), Martine Renaux m'a rappelé mes années triathlon avec sa combinaison bleue, je me suis rappelé in-extrémis que Jacques Beck ne boit pas d'alcool (ce qui, pour un belge, et tout de même une sacré contradiction...), j'ai embrassé Valérie Mauduit (et pourtant, je n'ai récupéré ma brosse à dents qu'au 3ème jour, c'est vous dire si elle m'aime), j'ai écouté la formidable histoire de la rencontre entre Léa et Denis Jarriault, j'ai pris une leçon de foulée par Cristina Gonzalez Garcia la gazelle, j'ai tenté d'améliorer mon espagnol au-delà de "una cervesa por favor" avec Alberto Melendez Perez, j'ai résisté à l'envie de balancer "ça va Lise ?" à chaque tour à Lise Borel (indice : Lise, c'est le prénom d'une de mes filles), j'ai vu le grand Richard Mc Chesnay osciller entre 8 km/h et 2 km/h, suivi avec intérêt la progression de ce petit bâton de dynamite qui s'appelle "Maria Pierre", j'ai longuement causé progrès social et République En Marche (aïe, pas taper !) avec Jean-Michel Dréan, j'ai vu la progression de Jérôme Chevrieux qui passe désormais davantage de temps en mouvement sur le circuit, j'ai admiré la belle casquette sud-africaine de Mireille Cormier (j'ai la même à la maison, pas Mireille, la casquette), j'ai causé marche et athlétisme avec le flegmatique (si si) Dominique Eche, j'ai cotoyé - c'étaient nos voisins de tente - Elisabeth et Berbard Lescure-Thanron, j'ai admiré le style élégant de Sabrina Freyburger à la marche, j'ai fait coucou à l'indémodable Jaroslav Prückner, j'ai méchamment (grrr !) menacé Delphine et Olivier Wepierre de représailles s'ils osaient s'attaquer à nous concernant le prix du couple le plus mignon du circuit, j'ai (comme chaque année) fait remarquer à Patrick Pierre qu'il traînait un peu la patte, côté gauche, je me suis lâchement servi de Guy Guibert comme d'un lièvre lorsque je perdais un peu de rythme, j'ai écoute l'accent chantant - directement importé des Pyrénées - d'Aurelien Olivant, j'ai tenté d'encourager Maria José Tomaz de Aquino mais c'était pas facile car nous ne pouvions communiquer en anglais et la seule chose que je faire en espagnol, rappelons-le, c'est commander une bière, et en portugais je suis encore plus nul, j'ai admiré l'effort incroyable fourni par José-Luis Posado Perez, j'ai eu la chance de croiser Cécile Schmidt qui, fûtée, évite de courir en plein cagnard au soleil de 14h00, j'ai causé trail avec Fredy Rachafka, qui a fait cette course en observateur mais pourrait bien faire un très gros kilométrage, j'ai (enfin !) compris pourquoi Jean-Michel Fremery est si peu bavard, promis la prochaine fois, j'envoie des signaux plus clairs, j'ai comme chaque année surpris Vérone Vincent sans ses chaussures sur le circuit - et quand on connaît le Stade du Lac, on comprend pourquoi c'est surprenant - et pourant ce n'est pas Dominique Vincent qui les lui avait piquées, j'ai revu Gérard Cartier, toujours aussi dynamique quand il court, j'ai eu la chance de découvrir Nicolas Poissant, qui a manqué de réussite cette fois-ci mais pourrait créer la surprise à la marche, j'ai vu Francine Hervier courir du début à la fin, toujours digne et belle à voir, j'ai suivi avec intérêt les aventures du Petit Poucet François-Xavier Dubois qui a laissé au hasard du circuit divers articles électroniques, mais toujours avec le sourire, j'ai écouté avec intérêt les impressionnants projets de Marc Djistera Ternier, j'ai taillé le bout de gras avec Guillaume Sautai, toujours dans les bons coups. j'ai découvert le très souriant Gilles Lemaire, j'ai échangé quelques mots avec Vincent Lauvergne (tiens, j'aurais juré qu'il avait fait davantage de distance), j'ai admiré le mouvement de balancier (attention, cette phrase ne contient ni les termes "battoirs" ni "grand con" ni "tu l'as bien cherché Domi" ni "Rô Minet") des bras de Dominique Odouard, j'ai suivi de près le métronome (ou bulldozer, je sais pas trop, mais il avance bien le bougre) Christophe Biet, j'ai attendu avec impatience la mise en costume de Philippe Vidal, qui a mis le feu au circuit, j'ai admiré Philippe Clément et son style de marche, j'ai vu Jean-Louis Valderrama tenter le 336km en 48h, sans oser lui dire que le secret c'est de mettre des chaussettes et des chaussures avec des lacets (mais chuuut c'est un secret !), j'ai causé édition avec Jacques Flament, je me suis rappelé mes bons moments avec Patricia Bouème en 2014, lorsqu'elle m'avait accompagné la dernière nuit à la marche, j'ai retenu mon admiration devant Jean Thielbault, qui si j'ai bien suivi a fait *toutes* (toutes, les 12) éditions des 6 jours de France, depuis Antibes 2006, j'ai tenté de monter un club des Christians Coureurs avec Christian Velly, je me suis régulièrement fait dépasser et j'ai tenter d'accrocher Roger Luccioni, qui court invariablement assez fort en fin de course, j'ai piqué quelques fous rires avec Patrick Joassard, j'ai bu comme du petit lait les conseils de Jean-Claude Beaumel, j'ai profité de l'organisation sans faille de Gérard Segui (qui a fait quelques tours avec nous les 2 premiers jours), j'ai admiré les couvre-chefs improbables de José-Luis De Santos Hernandez (c'était bien lui hein les parasols magiques ? ERRATA: l'homme aux chapeaux mystérieux, c'était en fait Alberto Costilla Garcia), j'ai salué en passant - malheureusement il n'a pas pu prendre le départ - le très sympathique Philippe Herbert, j'ai attendu patiemment 6 jours les bonbons de Sylvie Couturon, j'ai noté le style très énergique de Fabien Schlegel, j'ai bien évidemment remarqué l'incontournable Alain Burger, j'ai remarqué que Patrica Vandeprotal et Éric Vandeportal nous venaient de Jarnac (j'avais de la famille pas loin de là), j'ai salué Martina Hausmann, à qui je dois bien 50% de ce que connais en tactique sur 6 jours, j'ai tenté de motiver Frédéric Pettaros pour améliorer un peu son tatouage sur le mollet droit, sans succès pour l'instant, j'ai croisé avec respect Jacques Moutier, qui m'a tant impressionné sur l'Ultrathlétic Ardèche, j'ai encouragé chaleureusement Toni Perusic, très, trop modeste, j'ai souffert avec Lucille Leclercq qui avait les pieds en charpie à la fin de la course, j'ai encouragé Alain Casper "comme d'habitude", j'ai inversement profité à chauqe fois que je le croisait des chaleureux encouragements de Philippe Bousquie, j'ai passé quelques belles matinées à tourner au frais avec Bernd Schmidt, grâce à qui je ne voyais plus le temps passer, je n'ai pas pu ne pas remarquer Toshio Ohmori qui détient le record du t-shirt le plus léger du circuit, j'ai retrouvé avec plaisir Bernard Bouliteau Rapetou, j'ai croisé notre camarade de location Ariel Anselmo Gorga, j'ai vu Saïd Bourjila battre le record national marocain sur 6 jours (hé, un record national marocain en course à pied, ça claque, je trouve), je n'ai pu que m'incliner devant l'élégance indémodable du bob de Daniel Mazeau, j'ai admiré l'incroyable constance de Seïgi Arita, j'ai retrouvé Bénédicte Salomez (que j'ai croisé il y a un an, de manière très improbable, au Bois de Vincennes lors d'un challenge courses d'obstacles qui n'avait rien à voir avec l'ultra), j'ai admiré Philippe Rosset qui a lentement mais sûrement creusé son sillon et dépassé les 700 km, j'ai eu le plaisir de croiser et recroiser Alain Duverne, toujours sourire, j'ai eu le plaisir de faire un brin de causette avec Peter Kluka, on apprend toujours quelque chose, je me suis demandé si oui ou non le sourire de Pascale Bourdel la quittait parfois, où s'il était définitivement imprimé, là, pour toujours, j'ai eu la chance, encore une fois, de croiser Joëlle et Michel Debaisieux, eux aussi de sacré concurrents au challenge du couple le plus migon, j'ai été épaté par Claudie Bizard et son style de marche énergique, professionnel, avec à la clé une victoire bien méritée, j'ai admiré la famille Payet, Didier, Claude et Lucie, en me disant bien que ce serait chouette si, un jour, une de mes filles s'alignait sur le départ, mais elles décideront, je n'ai pas à intervenir là-dedans, j'ai vu Roger Ben tourner encore et encore, j'ai donné une bonne tape dans le dos à Fernando Soriano Rubio un certain samedi matin où il avait, comme qui dirait, "un coup de moins bien", j'ai remarqué Christelle Vincent, toujours égale, très stable, j'ai souhaité qu'Olvier Chaigne récupère sa gniaque des grands jours histoire qu'il vienne me chatouiller un peu plus fort - ce sera pour une prochaine fois, aucun doute là-dessus - j'ai outrageusement profité de l'agréable compagnie de Cathy Muller pour adoucir la canicule de certaines après-midi brûlantes, j'ai été ravi de voir que Mimi Chevillon est toujours et plus que jamais dans la course, j'ai noté le style très propre de Suzanne Beardsmore, j'ai découvert Françoise Lodomez, j'ai retrouvé Philippe Kieffer et suivi, parfois avec inquiétude, ses sautes d'humeur, mais cela fait partie du personnage, et c'est pour ça qu'on l'aime.

Voilà, en 6 jours, j'ai fait tout ça. Et j'en ai sûrement oublié, je demande à ceux que j'aurais oublié de me pardonner, parfois, ma mémoire flanche un peu.

Je n'oublie pas, non plus, tous ceux qui m'ont envoyé des messages par le site, ces fameux messages qu'on nous imprime sur place et qu'on reçoit par le courrier dans nos boîtes aux lettres en plastique, sur le bord du circuit. Merci. Merci à tous.

Et pour terminer sur le chapitre des amis, deux types formidables, l'ancien Gégé (Cain) et le nouveau (Ségui) qui se passent la main sur l'organisation de ces 6 jours. Merci les gars, pour tout ce qui vous avez fait, et pour tout ce que vous allez faire. Et transmettez de ma part un énorme merci à tous les bénévoles.

Essaye encore

Remise des prix
Partager un podium avec Olivier, c'est un plaisir.

Le dernier jour, j'ai passé un samedi formidable. En gros, j'avais gagné la course, et à partir de 10h00 du matin, je n'ai fait que "rajouter des km au delà de 800" ce qui est un exercice assez gratifiant. En gros on a tout à gagner et pas grand chose à perdre.

Fake
Attendez, ce serait pas ma fille en train de se bidonner pendant que je me suis très légèrement assoupi lors de la cérémonie de remise des prix ?

Ceci étant, j'ai raté mon record personnel. J'ai su que c'était cuit lorsque 3 jours de canicule se sont enchaînés. Impossible pour moi dans ces conditions d'avancer fort l'après-midi, or pour taquiner les 870, j'en avais besoin. Je ré-essaierai. Je ré-essaierai jusqu'à ce que ça passe. Et quand ça sera passé, bah j'aurai un nouveau record à battre. C'est ça le truc, c'est que ça ne s'arrête jamais. Et quand je serai vraiment trop vieux et cramé pour battre les records de mon jeune temps, je pourrai toujours prendre exemple sur le très sage Jean-Claude Beaumel (73 ans) qui ne s'autorise "que" 5km de moins chaque année.

En attendant, je garde un très bon souvenir de ces 6 jours, et je suis surtout très content pour Valérie qui a réussi à battre son record personnel (elle termine sur un très joli 471 km) et surtout gérer sa course de manière homogène.

Prochaine étape: Revolve 24, un 24h vélo au circuit de Brands Hatch en Angleterre, en prépa pour la RAAM. Il serait de bon goût que j'arrive à faire 560 bornes. En soi c'est pas tellement un problème, c'est surtout les 9 000 mètres de dénivelé qui risquent de piquer. On verra bien. C'est au pied du mur qu'on voit le mieux le mur.

PS: CR aussi disponible en anglais (English) et en espagnol (español) grâce à Valérie qui a tout traduit.

PPS: vous pouvez aussi lire son compte-rendu.

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Mis à jour le lundi 18 septembre 2017.